Et a l'on cependant escript, de la part des dictes deux Roynes, en Escoce, pour faire venir aulcuns députez de la noblesse et des estatz du pays, pour veoir si le restablissement de leur Royne se pourra faire par voye de paciffication.

En quoy semble que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil se disposent d'y mettre la main en bonne sorte, et desjà les plus grandz de ce royaulme se sont ouvertement déclairez pour le droict que la dicte Royne d'Escoce prétend à ce mesmes royaulme d'Angleterre, après leur présente Mestresse, disantz que toutz les aultres prétendans recherchoient leur droict de si loing, ou à tiltres mal fondez de bâtardise, ou aultres non aprouvez par les loix du royaulme, qu'ilz dellibèrent n'estre jamais contre celluy tant clair de la dicte Dame, fille du cousin germain de leur Royne, qui estoit propre nepveu, filz de la seur du Roy Henry VIIIe d'Angleterre[2], laquelle la plus part d'eulx ont veue et cogneue, laquelle chose les faict incliner et estre favorables à sa restitution en son propre royaulme.

Sur quoy, pour l'accommodement de la dicte Dame avec ses subjectz, semble qu'on veuille venir à une loy d'oblivyon des choses passées, ou que mesmes la dicte Dame imputera à bien à ses subjectz, et les remercyera de toute la démonstration qu'ilz ont faicte pour vanger et avoir réparation du murtre du feu Roy, son mary, et qu'ilz n'auroient fait que leur debvoir de la poursuyvre elle mesmes quant elle en eust été coulpable;—que le jugement contre le comte de Baudouel sera confirmé;—qu'il sera ottroyé une abolition généralle de toutes choses mal venues jusques icy;—et chacun restably en ses biens, honneurs, charges et offices;—que la religion aura cours en la forme qu'elle y est establye meintennant;—qu'ung conseil sera estably, par ordonnance des estats du pays, pour contenir les choses en ceste modération, desquelles le comte de Mora sera l'ung;—et que des choses susdictes la Royne d'Angleterre et la noblesse de son pays seront respondans.

J'entendz que, pour le regard des choses, que ceulx cy prétendent capituller sur la dicte restitution, il y en a quatre principalles:—la première, d'asseurer le tiltre de ceste coronne, et qu'il demeure cédé et remiz entièrement à la Royne d'Angleterre;—la seconde, que la nouvelle religion soit si bien establye en Escoce, que la dicte Dame ne la puisse changer;—la tierce, qu'il soit faict une si ferme et estroicte confédération entre ces deux royaulmes, que par nul prétexte ilz ne puissent estre jamais en armes l'ung contre l'aultre, et qu'ilz soyent obligez à ung mutuel secours;—la quatriesme, qu'il soit trouvé quelque expédiant d'authoriser si bien les promesses et capitullations que la Royne d'Escoce fera, estant en ce royaulme, qu'elle n'y puisse jamais contrevenir par allégation de force ny de peur, en quoy semble qu'ilz veulent avoir le prince d'Escoce pour gaiges de sa parolle.

Sur quoy leurs Majestez me commanderont ce que j'auray a dire et procurer là dessus, pour l'intérest de leur service, pour la réputation de leur grandeur, et pour la conservation des alliances de leur coronne.

LETTRE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A LA ROYNE D'ESCOCE.

—de Grenuich, le xxve de may 1569.—

Madame, à mon grand regrect, j'ay entendu le grand dangier en quoy estiez naguières, en quel je loue Dieu de n'en avoir rien ouy, jusques à ce que le pire fût passé; car, combien qu'en tout temps et lieu, telles nouvelles ne m'eussent peu contanter, si est ce que si tel mauvais accidant me fût mandé des cieulx que quelque mal vous advînt en ce pays, je croy vrayement que mes jours me sembleroient trop prolongés pour, devant mourir, recepvoir si grande playe. J'espère tant en la bonté d'icelluy, qui m'a toutjour gardée de malles advantures, qu'il ne permettra que je choppe en telz retz, et, pour me garder en ceste bonne opinion de bonne faveur en mon endroict, il m'a faict cognoistre par vostre commandement la dolleur qu'aultrement j'eusse senty, si le contraire m'eust advenu, et vous promectz de luy en avoir randu souvant grâces infinyes.

Quant à la responce, que vous recherchez recepvoir par mylord Boyt, de ma satisfaction en la cause, touchant monsieur d'Anjou, je ne dobte point ny de vostre honneur, ny de vostre foy, en ce que m'escripvez de n'en avoir onques pensé telle chose, mais pour ce que, peult estre, quelque parent ou bien quelque ambassadeur vostre, ayant authorité généralle, de vostre main, pour l'authoriser de faire toutes choses pour l'advancement de voz affaires, ayent adjousté telle promesse, comme venant de vous, et le pensant contenu en leur commission, comme telle chose qui plus servyst d'esperon pour chevaulx de haulte race. Car si nous voyons [que] souvant ung petit rameau sert à saulver la vye aulx noyans, [et] que ung petit droict anime le combattant, je ne sçay pourquoy ne penseroient ilz que la barque de vostre bonne fortune flotant en mer dangereux, à quoy tant de ventz contraires soufflent, ayent besoing de toutes aydes pour obvier telz maulx et vous conduyre à bon port; et si ainsy soit, qu'ilz se sont serviz de vous en telle chose, vous pouvez en honneur nyer l'intention, mais si est ce que le droict leur demeure, et à moy apartient le tort. Pour aultant, je vous suplie y avoir telle considération de moy, qu'apartient à telle [qui] n'eust onques mérité en vostre endroict que vray guerdon et honnorable opinion, avec telz faictz qui gardent le vray accord d'une telle armonye que la mienne, qui en toutes mes actions vers vous n'a onques failly la droicte mesure.