A la Royne.

Madame, affin qu'en devisant et discourant avec la Royne d'Angleterre je puisse toutjour prendre quelque adviz et conjecture des dellibérations qu'elle a sur les présens affaires de vostre royaulme, je la vays trouver aultant de foys qu'il me vient tant soit peu d'argument de parler à elle, et ainsy, despuys quatre jours, sur l'occasion d'une dépesche du xıııȷe du passé que j'ay naguières receue, je luy suys allé tenir le propos que Vostre Majesté verra en la lettre du Roy, lequel j'ay bien vollu réciter au long avec les propres termes de la responce de la dicte Dame, et y adjouxter ung peu du jugement que je fays de son intention, affin que Voz Majestez puyssent encores plus avant et au vray juger quelle elle est, qui, à mon adviz, n'est aultre que de tenir vaysseaulx armez et hommes prestz pour une occasion, si le temps la luy offre, non qu'elle ne me semble de soy toutjour bien disposée à la paix, mais les argumens qu'on luy administre pour me dire, et ceulx que les plus authorisés d'auprès d'elle allèguent ouvertement, joinct l'apareil de guerre qu'elle a en estat, monstrent que le seul bon succez de voz affaires la fera persévérer en la paix. Et cependant par les catholiques, qui sont icy, l'accord des différantz des Pays Bas est vifvement poursuyvy, de sorte que y correspondant le Roy d'Espaigne et le duc d'Alve comme ilz font, je tiens ceste guerre pour plustost finye qu'il n'y a heu espée desgaynée, ny ung seul coup de haquebute tiré, et, bien que les articles n'en soyent encores concludz, les exploictz néantmoins de guerre n'en passeront, à mon adviz, plus avant; ains restera toute la difficulté sur la restitution des prinses affin d'indempniser les merchans sur leurs merchandises seulement, lesquelz ne fault doubter que ne s'accordent ayséement d'en recouvrer une partie pour ne perdre le tout: car, quant aulx deniers du Roy Catholique, ilz sont entiers et se pourront randre du soir au matin, et, pour le regard de ceulx des particulliers, l'on n'en parle poinct, parce qu'ilz estoient tirez d'Espaigne sans congé. Les seulz troubles qui sont meintennant en Irlande rendent ceulx cy ung peu ombrageux et mesfians du Roy d'Espaigne, craignant qu'il tienne la main à ceulx qui s'y sont soublevez.

Je prendray toutjour garde à ce qui se trettera et qui s'entreprendra, pour vous en donner le plus prompt adviz que je pourray. Mr. le cardinal de Chastillon n'a veu ceste Royne, ny n'a esté en court, il y a tantost deux moys. J'entendz qu'à Mr. le vydame de Chartres a esté mandé de se mettre plus avant dans le pays, sans se tenir ainsy en la frontière, n'ayant, ce semble, ceste Royne bonne opinion de luy, et ne se parle poinct qu'il doibve encores venir en ceste court. Quelques nouveaulx depputez sont freschement arrivez d'Allemaigne, sur lesquelz j'auray l'œil le plus ouvert que je pourray, et prieray atant le Créateur, etc.

De Londres ce ve de juillet 1569.


XLVe. DÉPESCHE

—du VIIIe jour de juillet 1569.—

(Envoyée par le Sr. George Duglas, Escouçoys, jusques à la Court.)

Pressante recommandation de la reine d'Écosse auprès du roi de France, en faveur de sir Georges Douglas.

Au Roy.