Sire, m'ayant la Royne d'Escoce despuys trois jours escript de ses nouvelles affin principallement que je luy fisse entendre des vostres, elle m'a, par mesme moyen, bien affectueusement prié de représanter à Vostre Majesté le desir et grande affection qu'elle a, puysque Dieu n'a layssé en sa main de quoy pouvoir monstrer aulcune recognoissance envers le Sr. Douglas, présent porteur, pour le notable service qu'elle en a receu, qu'il vous playse prendre en la vostre de le luy recognoistre et l'en recompencer eu luy donnant advancement d'honneur, de bien et quelque honeste charge près Vostre Majesté, de tant qu'elle estime tenir de luy le recouvrement de sa liberté et qu'il est le principal moyen de l'avoir tirée de l'estroicte prison où l'on la dettenoit en Escoce[6]. A quoy, Sire, m'asseurant que Vostre Majesté vouldra très volontiers avoir esgard, tant pour la satisfaction de la dicte Dame que pour la magnanimité de vostre cueur sur ung acte digne de vostre faveur et de celle de toutz vrays et légitimes princes, je n'entreprendray de vous en dire davantaige sinon que vous gratiffierez grandement la dicte Dame, si, par vostre libéralité envers ce gentilhomme, vous suplissés celle que par plusieurs bienfaictz, en récompence de son bon et fidelle service, elle luy vouldroit uzer; et je prieray Dieu, etc.

De Londres ce vııȷe de juillet 1569.


XLVIe DÉPESCHE

—du XIe de juillet 1569.—

(Envoyée par Jehan Valet jusques à Calais.)

Retour de la flotte de la Rochelle.—Armement et levée de troupes pour l'Irlande où l'insurrection fait des progrès.—Craintes de l'ambassadeur que ce ne soit un prétexte pour cacher les préparatifs d'une expédition contre la France.—Ses efforts pour maintenir la paix que les succès remportés par les protestants rendent très-douteuse.—Il rend compte à Élisabeth de l'état des affaires de France.—Il donne avis que le duc Casimir se prépare à entrer dans le royaume avec une armée allemande.—L'ambassadeur d'Espagne est délivré de ses gardes; mais il n'est pas encore permis à l'ambassadeur de France de lui rendre visite.—Plaintes d'Élisabeth contre la mauvaise réception faite à ses commissaires en France, et contre le retard apporté à la désignation des commissaires français qu'elle attend pour traiter de la restitution des prises.

Au Roy.

Sire, vous ayant, le ve de ce moys, escript toutes choses de deçà, ainsy que je les avois en cognoissance, il se offre meintennant de vous dire que le lendemain vȷe, je fuz adverty du retour de la flotte de la Rochelle, laquelle despuys est entrée en ceste rivière; et qu'on avoit commancé, le matin, de tirer des armes, de l'artillerye, des pouldres et aultres monitions de guerre, de la Tour de Londres pour les mettre sur mer, avecques commissions expédiées, le mesme jour, pour lever promptement cinq mille hommes, de quoy je donnay, sur l'heure, adviz à Mr. le maréchal de Cossé et à Mrs. de Piennes, de Gordan, de Caillac et de Sigoignes; et leur manday que je sçavois bien que ceulx cy estoient fort pressez du costé d'Irlande par ce qu'ilz y avoient naguières receu une estrette, et que pourtant cest aprest qu'ilz faisoient pourroit bien estre pour y envoyer du secours; tant y a que je les prioys de se tenir sur leurs gardes, et de donner ordre que toute la coste de dellà en fût advertye: car je ne pouvoys avoir que beaulcoup suspect de veoir faire la dicte levée sur le retour d'icelle flotte.