Monsieur le vydame de Chartres s'estant miz plus avant dans le pays, comme ceste Royne le luy avoit faict commander, est enfin venu loger aulx faulxbourgs de ceste ville, et, dimenche dernier, il soupa avec ces seigneurs du conseil en la mayson du duc de Norfolc. Hier, il fut faire la révérance à la dicte Dame à Grenuich. Je ne sçay encores s'il mettra en avant quelques pratiques avecques elle. Monsieur le cardinal de Chastillon ne l'a veue despuys le commancement de may; possible qu'il la viendra trouver à Richemont qui n'est guières loing de Chin, où il est logé: auquel lieu elle va jeudy prochain pour y demeurer cinq ou six jours, et puys, elle s'acheminera à son progrez qu'on continue dire qui sera sans doubte vers l'Isle d'Ouyc.

Je vous requiers toutjour, Madame, de donner quelque satisfaction à la dicte Dame tant sur les saysies de Roan et de Calais que envers son ambassadeur; car voz bons déportemens envers elle m'aydent grandement à renverser les conseilz de ceulx qui l'instiguent à vous nuyre. Sur ce, etc.

De Londres ce xıxe de juillet 1569.


XLVIIIe DÉPESCHE

—du XXVIIe jour de juillet 1569.—

(Envoyée par le Sr. de Vassal jusques à la Court.)

Négociation des envoyés de la Rochelle pour obtenir un emprunt sur les joyaux de la reine de Navarre et la signature des principaux chefs protestants.—Continuation des préparatifs de guerre en Angleterre, où l'on tient une flotte armée toute prête à mettre à la voile.—Plaintes du traitement fait en France à l'ambassadeur Norrys au sujet de l'exercice de sa religion.—Menace d'user de représailles à Londres contre l'ambassadeur de France.—Déclaration du roi touchant la restitution des biens saisis à Rouen sur les Anglais.—Mémoire général sur les affaires de France et d'Angleterre.—Efforts de la reine pour anéantir entièrement le catholicisme dans ses états.—Divisions en Angleterre.—Violent désir qu'a la reine de recouvrer Calais.—Discussion entre sir Cécil et l'ambassadeur sur l'existence de la ligue formée par les princes catholiques.—Disposition des seigneurs anglais à entreprendre la guerre.—Craintes sérieuses que doivent faire naître l'expédition projetée par le duc Casimir, et les apprêts qui se continuent à Londres sans relâche.—Nécessité pour le roi de donner satisfaction à Élisabeth sur la restitution des prises, et d'éviter toute occasion de rupture ouverte.—Succès des rebelles en Irlande.—Réconciliation de l'ambassadeur d'Espagne avec la reine, qui a enfin ordonné sa mise en liberté.—Conditions de l'accord proposé pour terminer les différends des Pays-Bas.—Les affaires d'Écosse demeurent toujours en suspens.—Mémoire secret sur divers projets de mariage d'Élisabeth, notamment avec le duc d'Anjou.—Conversation entre la reine et l'ambassadeur sur ces mariages.—Autre mémoire secret.—Opinion de l'ambassadeur qu'Élisabeth ne se mariera jamais.—Raisons sur lesquelles cette opinion est fondée.—Détails sur la vie privée de la reine.—Familiarités entre elle et le comte de Leicester.—Représentations du duc de Norfolc à ce sujet.—Déclaration de la reine, qu'elle ne veut pas épouser le comte de Leicester.—Quels sont les divers aspirants au trône d'Angleterre comme présomptifs héritiers d'Élisabeth?—Les droits de Marie Stuart sont soutenus par toute la noblesse.—Remontrances du comte de Leicester à Élisabeth sur la conduite qu'elle doit tenir à l'égard de Marie Stuart.—Il insiste vivement pour qu'elle soit rétablie en Écosse.—Déclaration d'Élisabeth qu'il importe à sa sûreté de retenir Marie prisonnière.—Projet de mariage du duc de Norfolc avec Marie Stuart.—Détails sur les conséquences importantes d'un pareil événement qui assurerait le rétablissement de la reine d'Écosse.

Au Roy.