Que nul ne debvoit pas trouver mauvais qu'elle y vollût bien penser, puisque Dieu luy avoit donné de quoy pouvoir eslire: car n'y avoit prince qui ne s'estimât bien heureux, si elle le vouloit choysir, et que aussi croyois je, à la vérité, qu'il fauldroit qu'elle en vînt là d'elle mesmes, parce que nul ne s'ingèreroit dorsenavant de s'y offrir, mais que je voulois bien dire qu'à faire une bonne et droicte eslection, je ne voyois qu'il y eust rien de meilleur, ny plus desirable en toute la chrestienté, pour les princesses à marier, que ces trois princes de France, filz du Roy Henry, dont l'aisné estoit très digne Roy, vray successeur de son père, le second tant royal en toutes sortes qu'il ne luy failloit qu'une coronne, et le troisiesme correspondroit sans doubte à ses deux aisnez.
Elle respondit que le Roy ne vouldroit poinct d'elle, et qu'il se tiendroit tout honteux de monstrer, à une entrée à Paris, une Royne pour sa femme, qui parût si vieille qu'elle feroit, et qu'elle n'estoit plus en eage pour sortir de son pays, comme avoit faict la Royne d'Escoce, quant on la porta bien jeune en France.
Je diz que, quant ung tel ou semblable mariage adviendroit, qu'il se commanceroit la plus illustre lignée qui eust esté, mille ans a, au monde de l'extraction des deux plus nobles et plus anciennes coronnes des chrestiens, et qu'il sembloit à son propoz qu'elle eust cy devant accusé les ans du Roy et que meintennant elle vollût accuser les siens;
Mais ainsy qu'elle s'estoit bien conservée contre ses ans, de sorte qu'ilz ne luy avoient rien emporté de sa beaulté, ainsy le Roy et Monsieur avoient si bien aproffité les leurs, qu'ilz avoient acquiz beaulté, force et taille, telle qu'ilz estoient hommes toutz parfaictz;
Et qu'il debvoit prandre envye à la dicte Dame de faire une entrée à Paris, car elle y seroit la plus honnorée, et bien venue, et bénye, de ce bon et grand peuple et de toute la noblesse de France, qu'en lieu où elle pourroit aller en tout le reste du monde; et, s'il luy estoit grief de passer la mer, possible, entreprendroit quelcun de faire ung si heureux voyage par deçà qu'elle en auroit très grand playsir et contantement.
«Je ne sçay, dict elle, si la Royne l'auroit agréable, car, possible, veult elle une belle fille si jeune qu'elle la puysse dresser à son playsir.»—«Je sçay, respondiz je, que la Royne est si bénigne, et d'une si humaine et gracieuse conversation, que toutes deux n'auriez rien plus agréable au monde que d'estre toutjour ensemble, et de complaire l'une à l'aultre, tesmoing l'honneur et respect qu'elle a toutjour porté à la Royne d'Escoce et qu'elle luy porte encores.»
Au partir de la dicte Dame, Me. Cecille me toucha ung mot des dictz mariages, sur lesquelz tant pour monstrer aulcune bonne affection envers la Royne, sa Mestresse, que pour ne luy laysser une opinion de tant d'alliance et d'intelligence de nostre part avec le Roy d'Espaigne, que cella la fît recourir à luy pour d'aultant se retirer de nous;
Je luy esloigniz assés le party de la seconde de l'Empereur, et luy diz que je voullois tretter avecques luy d'ung aultre mariage, qui seroit le plus à propos du monde, pour l'establissement de ces deux royaulmes et pour la paix universelle de la chrestienté;
Et est attandant que nous en trettions ung jour privéement ensemble, dont plairra à la Royne me mander si ce sera sellon le propos, que Sa Majesté m'en tint à mon partement, en quoy luy plairra considérer cest aultre discours qui s'en suyt.
TROISIÈME MÉMOIRE AU DICT Sr. DE VASSAL.