Les affaires de la Royne d'Escoce demeurent en suspens, attandant la déclaration, que Monsieur, frère du Roy, envoyera sur la cession, qu'on dict qu'elle luy a faicte du tiltre de ce royaulme, et atandant aussi les depputez, que le comte de Mora doibt envoyer, lesquelz il n'a peu encores dépescher pour estre occupé ez parties du Nort, bien qu'il s'entend que les comtes d'Arguil et de Honteley se soyent accommodez avecques luy.
Et incontinent après le retour du dict Bourtic, et l'arrivée des dictz depputez, j'espère qu'on commancera de procéder, à bon escient, au restablissement et restitution de la dicte Dame, à quoy on a miz grand peyne de bien disposer la Royne d'Angleterre; et semble que la dilligence et vifve sollicitation, que les principaulx de ce royaulme luy en font, l'ayent réduicte à n'y pouvoir plus contradire ny dissimuler, et mesmes le secrétaire Cecille, qui sembloit y contrarier, porte meintennant le faict, et est à espérer que non seulement elle recouvrera son royaulme, mais qu'on l'asseurera du tiltre et succession de cestuy cy après le décès de sa cousine; et à cella se déclairent les principaulx du pays, et y concourt la faveur du peuple, et s'estime que la Royne mesmes d'Angleterre, encor qu'il luy en face, possible, bien mal au cueur, n'entreprendra pourtant de s'y opposer.
AULTRE MÉMOIRE AU DICT Sr. DE VASSAL.
Despuys deux moys, aulcuns seigneurs de ce conseil m'ont faict dire que, se trouvant la Royne d'Angleterre pressée par ses subjectz de prandre aulcun bon ordre sur les différantz des Pays Bas et sur la souspeçon de guerre où l'on vivoit avecques la France et l'Espaigne, et aussi sur les affaires de la Royne d'Escoce, pareillement à déclairer son successeur et à restablir le commerce de la mer à ses subjectz, finallement à réprimer ceste sublévation commancée en Irlande en dangier qu'elle la voye bien tost s'estendre plus avant si elle ne pourvoit promptement à tout ce dessus;
La dicte Dame, pour aulcunement se démesler de si grandes difficultez, avoit pensé qu'elle feroit mettre en avant aulcun propos de son mariage avecques le Roy, ou bien avecques le Roy d'Espaigne, dont, possible, j'en ouyrois bien tost parler, mais qu'il failloit que je demeurasse tout adverty de n'en croyre rien, car ce n'estoit que pour amuser le monde et gaigner le temps.
Et le xxvııȷe du passé, en une audience que je heuz de la dicte Dame, sur la fin des propoz elle me demanda si les nouvelles qu'on disoit de ces mariages du Roy avec la seconde de l'Empereur, et de l'aynée avec le Roy d'Espaigne, estoient véritables; à quoy je répondiz que je n'en sçavois du tout rien, et qu'il ne m'en avoit esté mandé ung seul mot de France;
Mais que, avant partir, j'avois bien sceu qu'il avoit esté quelque foys parlé de l'aynée avec le Roy, et que mal ayséement, s'il y avoit miz affection, vouldroit il meintennant entendre à changer; mais que j'estimois que là où il estoit à ceste heure, l'on y parloit bien d'aultre matière que de nopces. Ce que je luy vouluz dire ainsy, sentant la grande jalouzie qu'elle a, quant elle entend que leurs Majestez Très Chrestienne et Catholique s'allient ainsy plus estroictement entre eulx.
Elle me répliqua qu'on luy avoit dict que les choses en estoient si avant qu'elles valloient aultant que faictes, adjouxtant que le Roy et Monsieur estoient à ceste heure de taille et de force, et si parfaictement sains et en bonne disposition, qu'il n'y avoit plus dangier de les maryer, et que, à manyer armes et estre bien à cheval, le Roy ressembloit desjà le feu Roy, son père, qui avoit esté le plus adroict prince de son temps, et Monsieur avoit changé ses coustumes de court en aultres plus braves et difficiles entreprinses, qui faisoient merveilleusement bien parler de luy.
Je miz peyne de confirmer son honneste discours le plus à la louange de l'ung et de l'aultre, sellon la vérité, que je peuz, et après, elle suyvit à me dire que premièrement pour le Roy, et puys pour Monsieur l'on avoit quelque foys miz en avant le party de la princesse de Portugal, et qu'au regard de celluy là elle ne seroit encores estimée hors d'eage.
Je luy diz que ung chacun à la vérité s'esbahyssoit bien fort comme elle faisoit tant de tort aulx grandes qualitez, que Dieu avoit miz en elle, de beaulté, de sçavoir, de vertu et de grandeur d'estat, pour ne vouloir laysser aulcune belle postérité après elle pour y succéder;