De Londres ce 1er d'aoust 1569.

A la Royne.

Madame, sur la pluspart des choses que je vous ay naguières mandées par le Sr. de Vassal, je continue meintennant en la lettre du Roy dire à Voz Majestez ce que j'ay dict et faict en icelles, pour davantaige les descouvrir, et quelz propoz j'en ay tenuz à la Royne d'Angleterre et aulx seigneurs de son conseil; dont me semble, Madame, que ny de leurs bonnes parolles ny d'une partie de leurs démonstrations, lesquelz je ne veulx dire que ne soyent bonnes, je ne puys toutesfoys juger que leur intention soit tant à la paix, comme ce que je veoy qu'ilz font soubz main et à couvert monstre qu'ilz l'ont à la guerre; et ne puys cognoistre encores si mes remonstrances produyront aulcun fruict: tant y a qu'on a tenu sur icelles ung bien estroict conseil, mais je loue bien fort ceste vostre bonne et prudente résolution de vouloir avoir l'œil tout aussi ouvert à prendre garde ez lieux, où il est vraysemblable que ceulx cy pourroient dresser leurs premières entreprinses, comme si vous estiez en guerre ouverte avec eulx, et ne laysser pourtant de leur donner de vostre costé, et prendre du leur, toute l'asseurance que vous pourrez. De ma part, Madame, à la mezure que je verray, jour par jour, que leurs affaires se formeront, je ne fauldray d'uzer de toute la dilligence qu'il me sera possible pour incontinent le vous mander.

Je suys allé prandre congé de ceste Royne quand elle s'est achemynée de Grenuich, et l'ay priée de trouver bon que je la peusse aller trouver en son progrez, s'il se offroit occasion de négocier aulcune chose d'importance avecques elle, ce qu'elle m'a fort libérallement accordé, et que je seray le bien venu en quelle part qu'elle sera, bien qu'on dict qu'elle n'avoit accoustumé de tretter d'affaires en ses voyages, et qu'elle ne donne volontiers audience aulx ambassadeurs oultre Windezor, parce que la plus part de ceulx de son conseil ne sont plus lors avecques elle. L'on faict compte que sur la fin de ce moys elle pourra estre à Hamptonne, et puys passera en l'isle d'Ouic, et que son dict voyage durera envyron deux moys; bien me vient on de dire, despuys une heure, qu'il se parle aulcunement de rompre son dict progrez. Elle m'a parlé et faict parler si souvant de Mr Norrys, son ambassadeur, et de madame sa femme, pour leur faire avoir bon trettement en France, que je suplie très humblement Vostre Majesté, de tant que telles personnes doibvent par droict estre exemptes et préservées de toute injure, les vouloir emparer pour l'honneur de leur Mestresse soubz vostre bonne faveur et protection; et je suplieray le Créateur, après avoir très humblement baysé les mains de Votre Majesté, qu'il vous doinct, Madame, en parfaite santé, très heureuse et très longue vie, et toute la grandeur et prospérité que vous desire.

De Londres ce 1er d'aoust 1569.

Déclaration et promesse de la Royne d'Angleterre, touchant la restitution des biens des Françoys en son royaulme.

La Royne, en considération de semblable promesse et accord faict par le Roy Très Chrestien, son bon frère, pour le bien de ses subjectz, promect et accorde au dict Seigneur Roy Très Chrestien que les biens apartenant aulx Françoys, qui ont esté miz et demeurent soubz arrest, en quelque lieu ou port que ce soit d'Angleterre, estant en leur espèce, ou, s'ilz ne le sont, la vraye valleur d'iceulx, leur seront réallement randuz et dellivrez dans ung certain jour du moys d'aoust prochain, qui sera advizé, nommé et accordé entre Monsieur le Mareschal de Cossé et Richard Patric et Hugues Offley, merchans de Londres, commis et envoyés par Sa Majesté pour conférer avec le dict sieur Mareschal sur la dicte restitution; et que des dicts biens ainsy arrestez, si le tout ou partie a esté miz hors d'arrest au proffict d'aultre que de ceulx à qui ilz apartiennent, ensemble des aultres biens, qu'iceulx Françoys monstreront et vériffieront sommairement leur apartenir par deçà, Sa Majesté promect leur en faire administrer prompte justice, sommairement et de plain, sans figure ny longueur de procès, contre ceulx qui les ont prins et les détiennent, ou en sont coulpables, en faisant le Roy, son bon frère, tant sur la dicte restitution au dict jour qu'administration de justice, procéder de mesmes pour les Anglois en son royaulme.

A Richemond le xxvııȷ de juillet 1569.