Les merchans qui estoient allez à Roan sont revenuz, qui font ung très bon rapport de Mr. le mareschal de Cossé et de ceulx avec qui ilz ont eu affaire. Il est venu deux aultres merchans françoys avecques eulx; je les ay toutz ouys parler et semble que les différans et difficultez qui se font, des deux costez, se pourront aulcunement accommoder. Il avoit esté respondu au secrétaire de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne que son maistre pourroit venir à l'audience quant il luy plairroit, et despuys estant renvoyé pour sçavoir l'heure d'icelle, l'on luy a opposé nouvelles difficultez qui mettent la matière en longueur. L'on n'attend que l'arrivée de ceulx qui, en l'assemblée de St Jehansthon le xxve du passé, ont esté depputez par le comte de Mora pour venir icy, affin de procéder incontinent après au faict du restablissement de la Royne d'Escoce. Sur ce, etc.
De Londres, ce xe d'aoust 1569.
L'on me vient d'advertir que ceste levée de reytres, dont ceste Royne m'a cy dessus parlé, se faict par des nepveuz du feu duc de Deux Pontz, oultre celle du duc de Cazimir, et que par lettres de Quillegrey, du xxıȷe du passé, l'on a adviz qu'ilz marcheront aussitost que xıııȷ mil livres esterlin, c'est envyron quarante sept mil escuz, restans de xl mil livres esterlin, dont souvant j'ay faict mencion, seront fornyes, lesquelles seront bientost prestes. Je mettray peyne de sçavoir plus au vray ce qui en est.
A la Royne.
Madame, ce que j'escriptz présentement en la lettre du Roy est pour vous représanter toutjour l'estat auquel me semble que continuent les choses de deçà, et le jugement qu'on peult faire à quoy elles deviendront, sellon les propos que la Royne d'Angleterre et les seigneurs de son conseil m'en ont tenu, qui certes monstrent, elle et eulx, d'estre en perplexité comment ilz pourront satisfaire aulx contraires promesses, qu'il semble qu'ilz ont faictes aulx deux parties; sçavoir, à Voz Majestez Très Chrestiennes de persévérer en la paix et aulx aultres d'estre avec eulx en ceste guerre, avec lesquelz on voyt bien desjà qu'ilz sont de volonté et de plusieurs secours, que soubz main ilz leur ont baillé et baillent encores toutz les jours; mais les aultres, ne se contantans de cella, les pressent de se déclairer davantaige ouvertement pour leur cause, estimans que cella portera grand faveur, et bien fort grand dommaige à la vostre; à quoy par leurs apprestz ilz monstrent certes se disposer, bien que leurs parolles, mesmement celles de la dicte Dame, ne sont rien moins qu'à la déclaration de guerre, dont est mal aysé de préveoir au vray ce qu'ilz feront; et croy que eulx mesmes ne l'ont encores plus expressément déterminé que de commettre leurs entreprinses à ce que le temps et l'occasion leur présentera. La dicte Dame a respondu résolument qu'elle ne prestera poinct d'argent sur les bagues de la Royne de Navarre, laquelle responce a esté pour satisfaire Vostre Majesté et contanter aulcuns de ce conseil; mais en effect le sieur Grassan faict secrectement toute la dilligence qu'il peult, pour trouver en ceste ville les xxx mil livres esterlin, dont en mes précédantes je vous ay faict mencion: et ainsi, la pluspart des choses qui s'obtiennent, icy et en Allemaigne, au proffict de ceulx de la Rochelle, sur le crédit et moyen de la dicte Dame, se mènent sans le sceu d'aulcuns principaulx de ce conseil, et quelque foys sans celluy mesmes de la Royne, et souvant contre l'intention d'elle et d'eulx, et si secrectement que je suys en grand peyne de les descouvrir. Il est freschement arrivé de la Rochelle ung Allemant, et en sa compaignie ung Françoys, de qui je ne sçay encores le nom, qui ont aporté toutz deux plusieurs lettres de leur camp à ceste Royne et aulx seigneurs de son dict conseil; je mettray peyne de sçavoir que c'est, et prieray atant le Créateur, etc.
De Londres ce xe d'aoust 1569.