La dicte flotte pour Hembourg est desjà chargée de beaulcoup plus grand nombre de draps que n'estoit la première, et sera preste de sortir de ceste rivière le dernier de ce moys, soubz la conduicte de deux grandz navyres de guerre de ceste Royne. Le bruict continue qu'il s'en prépare une aultre pour la Rochelle; dont vous suplie me mander si je offriray, de vostre part, à ceulx cy que vous les ferez fornir de vins et sel, ez aultres endroictz de vostre royaulme, à pareilles condicions qu'ilz les ont à la Rochelle, affin de leur interrompre ce traffic. L'on a divulgué par tout ce royaulme que la Royne de Navarre et monsieur le prince son filz, et ceulx de leur party, vous ont envoyé offrir une soubzmission d'obéyssance par escript, de laquelle le secrétaire Cecille m'a envoyé une coppie; et de tant qu'aulcuns des grandz m'ont mandé qu'ilz ont opinion qu'elle a esté faicte par deçà, parce qu'on l'a traduicte d'anglois en françoys, je la vous envoye affin de veoir s'ilz la publient en aultre façon qu'ilz ne l'ont faicte.
Les affaires de la Royne d'Escoce sont traversés de beaulcoup de difficultez; mais je n'espère encores que bien de la fin d'iceulx, et, possible, que les mesmes difficultez les establyront. Ceulx des Pays Bas demeurent encores en suspens, et l'audience est différée à monsieur l'ambassadeur d'Espaigne; néantmoins le desir de les accorder ne se réfroydit aulcunement, ains s'eschauffe de plus en plus des deux costez; dont ne reste que le moyen de le tretter, lequel demeure sur la réputation à qui parlera le premier. Sur ce, etc.
De Londres ce xxvȷe d'aoust 1569.
Tout présentement, le Sr. de Vassal vient d'arriver avec les deux dépesches de Vostre Majesté, du xve et xvȷe du présent, aus quelles je feray responce par mes premières.
A la Royne.
Madame, vous verrez en la lettre que j'escriptz au Roy ce que, pour ceste foys, j'ay principallement à faire entendre à Voz Majestez des choses de deçà, sinon touchant le faict de la Royne d'Escoce, qu'il me reste encores vous dire, Madame, que ceulx, qui luy sont icy bien affectionnez, estiment luy importer grandement que le desir et bonne affection, que le Roy et Vous avez à son restablissement, soyent signiffiez et bien cogneuz à la Royne d'Angleterre; dont estiment estre fort requiz qu'il vous playse tenir à son ambassadeur, Mr. Norrys, un semblable langaige que, de la part du Roy et Vostre, je luy ay tenu icy à elle, pour l'admonester de ne plus prolonger ny reffuzer son secours à ceste princesse, ou bien remectre paysiblement l'entreprinse en vostre main; et ne trouver mauvais ny prendre aulcune deffiance de Voz Majestez, quant elle verra que, du premier jour, vous l'y mettrez à bon escient, avec d'aultres particullaritez que je vous manderay par ung des miens, aussitost que j'auray receu une responce que j'attandz demain de ceste court; qui pourtant, Madame, pourrez différer de parler au dict sieur ambassadeur jusques à ma première dépesche.
Or, le jour après que j'euz dernièrement parlé de cest affaire à la dicte Royne d'Angleterre, elle se fit lyre la déclaration du Roy et Vostre, celle de Monsieur filz de Vostre Majesté[12], de monsieur le Cardinal de Lorrayne et de Mr. l'Arsevesque de Glasco, touchant le tiltre de ce royaulme; lesquelles elle trouva en la forme qu'elle desiroit. Et ayant, avec loysir, pensé aulx choses que, le jour précédant, je luy avois dictes là dessus, et d'icelles conféré avec les seigneurs de son conseil, elle vollut parler, secrectement et à part, à Mr. l'évesque de Roz, pour entendre le fondz et la vérité de plusieurs raportz qu'on luy avoit faictz de la dicte Royne d'Escoce; lequel luy en dict franchement ce qui en estoit: de quoy elle demeura consolée, voyant qu'il n'y avoit rien qui tournât à son préjudice, ny qu'on eust pensé de rien entreprendre en ce faict, sans son sceu ny sans son expresse permission et volonté. Dont, considérant mon instante sollicitation au nom de Voz Majestez pour la liberté et restitution de la dicte Royne d'Escoce, elle luy a escript incontinent une bonne lettre, pleyne de consolation et de promesses, et en a escript d'aultres bien expresses au comte de Mora, telles, comme le dict sieur évesque de Roz les luy a vollu deviser; lesquelles luy ont esté desjà envoyées par ung gentilhomme escouçoys, nommé Me. Thomas Flemy. Et, dans quinze jours, nous espérons qu'il sera commancé de procéder en telle façon sur ceste matière, que nous pourrons clairement juger quelle en pourra estre la fin; et adjouxteray ce mot, que le dict affaire semble estre passé si avant que je croy que d'icelluy deppend ou le repoz, ou le grand trouble de ce royaulme. Sur ce, etc.
De Londres ce xxvȷe d'aoust 1569.
Copie d'une remonstrance, que ceulx de la Rochelle ont mandé avoyr envoyée au Roy, après l'arrivée du duc de Deux Pontz.
Au Roy.