La flotte pour Hembourg est desjà chargée et parée pour le premier bon vent; l'on l'estime valloir plus d'un million d'or. Elle s'en va avec double équipaige d'hommes en toutz les vaysseaulx, soubz la conduicte de deux grandz navyres de guerre de ceste Royne. Il est revenu une aultre flotte bien chargée de merchandises des pays froidz, que ceulx cy avoient au commancement de l'esté envoyé à Narves; et avec icelle est arrivé ung ambassadeur du duc de Moscouvie, lequel n'a encores parlé à ceste Royne. Il est bien accompaigné, et, tant luy que toutz les siens portent des patenostres en leurs seintures, ce qui les faict estre plus mal veuz de ceulx de la nouvelle religion, qui les estiment estre catholiques. Et par ce, Sire, que je vous envoye le Sr. de Sabran instruict d'aultres plus importantes particullaritez, je ne feray la présente plus longue que pour vous suplier très humblement de luy donner foy, et prier dévottement le Créateur, etc.
De Londres ce 1er de septembre 1569.
A la Royne.
Madame, ce que j'adjouxteray meintennant icy, oultre le contenu en la lettre du Roy, et oultre ce que particullièrement j'ay donné charge au Sr. de Sabran de vous dire, auquel s'il vous playt, Madame, vous adjouxterez foy, est que les affaires de la Royne d'Escoce sont sur le poinct ou d'estre remédiez, si Voz Majestez les veulent ung peu ayder, ou bien de demeurer, possible, à jamais sans remède, s'ilz sont à ce coup habandonnez; dont ceulx, qui en sentent icy l'importance, estiment estre requiz qu'il vous playse faire deux choses: l'une, de parler là dessus vifvement à l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, conforme à ce que j'en ay desjà dict à elle de vostre part, affin que vostre affection et intention en cella luy soient davantaige cogneuz par les lettres de son ambassadeur; dont j'ay baillé au dict Sr. de Sabran ung mémoire de ce qui en a esté tretté entre elle et moy, avec toutes ses responces, affin de vous pouvoir servir de quelque adviz pour en mieulx discourir avec icelluy sieur ambassadeur;—l'aultre, d'envoyer, dans le mois d'octobre prochain, quelque secours d'ung petit nombre d'arquebouziers à Dombertran, si ceste Royne, entre cy et là, n'accommode les affaires de la dicte Dame, ainsy que j'ay donné charge au dict Sr. de Sabran de vous en représenter le besoing: qui vous monstrera aussi, Madame, deux lettres, que la Royne d'Escoce m'a escriptes, dont l'une est de sa main, laquelle, avecques la créance de celluy qui me l'a aportée, me font très humblement suplier Voz Majestez, ès quelles elle a, après Dieu, sa confiance, qu'il vous playse luy assister de ce peu qu'elle vous requiert, qui luy conservera à elle son estat, et à vous beaulcoup de réputation envers les aultres princes, voz alliez et confédérez, pour avoir Voz Majestez, au millieu de voz plus grandz affaires, heu le soing de secourir ceste vostre première et principalle alliée et confédérée. Et j'entendz, Madame, que la pouvre princesse n'a receu aulcune plus grande consolation, despuys sa fortune, que d'entendre, par le retour du Sr. Bortyc, que vous l'aviez avecques ses affaires en bonne souvenance et recordation: et atant je prie Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, en parfaite santé, très heureuse et très longue vie et toute la grandeur et prospérité que vous desire.
De Londres ce 1er de septembre 1569.
AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.
Madame, je n'ay plus tost entendu vostre desir sur le propoz d'entre la Royne d'Escoce et le duc de Norfolk, que je n'aye incontinent miz peyne de l'advancer par toutz les moyens que j'ay peu, et ay si bien conduict l'affaire que luy, en personne, et elle, par l'évesque de Roz, m'ont déclairé y avoir, soubz l'espérance de la restitution d'elle à sa coronne et promesse de luy qu'il l'y restituera, ung mutuel consentement de mariage entre eulx: de quoy luy s'est franchement commiz à moy, et m'a dict avoir lettre d'elle pour s'y commettre; et je l'ay mené à cella que, de luy mesme, il m'a recherché d'avoir là dessus l'approbation de Voz Majestez Très Chrestiennes, nomméement de Vous, Madame, dont je l'ay asseuré que je travailleray de vous disposer fort bien envers eulx, pourveu qu'ilz se veuillent toutz deux gouverner par vous, ce qu'il m'a promiz et donné la main qu'ilz feront; et que, de sa part, après la Royne sa Mestresse, il demeurera, tout oultre, bien asseuré serviteur du Roy et Vostre, tout le temps de sa vie.
C'est ung fort homme de bien, véritable et secrect, auquel sera besoing, Madame, que me permettiez de l'asseurer du consentement du Roy et Vostre, et que vous luy ferez encores, pour le regard des parans maternelz de la dicte Dame, avoir celluy de monsieur et madame de Lorrayne, et de monsieur le Cardinal; et, au reste, il vous requiert très humblement de deux choses:
L'une, de parler vifvement, à leur ambassadeur de dellà, de la restitution de la dicte Royne d'Escoce, affin que vostre desir et bonne affection en cella soyent clairement cogneues à la Royne d'Angleterre, leur Maistresse;