Et l'aultre, qu'il vous playse envoyer cinq ou six cens harquebouziers françoys seulement, qui soyent avitaillez et amonitionnez pour ung temps, à Dombertran, avant la fin d'octobre prochain; car cella, avec l'assistance qu'il y fera d'icy, relèvera grandement la part de la dicte Dame dans le pays, ce qu'il estime n'estre que bon de le dire au dict ambassadeur, et comme c'est pour la garde seulement de la place, et pour recepvoir plus grandz forces, si voyés qu'il soit besoing d'y en envoyer, faignant d'avoir desjà donné charge à Mr. de Martigues ou à Mr. de Bouillé d'aprester ung armement en Bretaigne pour cest effect; et que Vostre Majesté ne craigne, pour ceste démonstration de Dombertran, d'irriter davantaige les Anglois, car dict qu'il y pourvoirra de tout son pouvoir.
J'ay donné charge à ce gentilhomme, présent porteur, qui est confidant, de vous dire aulcunes particullaritez, touchant le dict secours, et aussi, comme il n'est possible de consommer encores de quelques jours le dict mariage, et que je suys après à vous faire envoyer des messagiers de l'une et l'aultre partie, affin de les engaiger et obliger toutz deux à Vostre Majesté, et, me remettant à luy, je n'adjouxteray pour le surplus à la présente, qu'une très dévote prière à Dieu, etc.
De Londres ce 1er de septembre 1569.
Le duc d'Alve a envoyé lettre en ceste ville pour dellivrer dix mil escuz à la dicte Dame, ce que je pense estre en erres de l'aultre party; mais j'espère les faire bailler au duc de Norfolc pour erres du sien. Je vous suplie très humblement faire brusler la présente.
MÉMOIRE BAILLÉ AU Sr. DE SABRAN.
LE DICT Sr. DE SABRAN DIRA A LEURS MAJESTEZ, oultre le contenu de la Dépesche:
Que la Royne d'Angleterre, continuant son progrez, est à présent à Bazin, esloigné xlv mil d'icy, et les choses de son royaulme demeurent en ung certain estat de paix, qui monstre néantmoins qu'elles sont disposées à la guerre, que la plus part de ceulx du pays s'atandent de l'avoir, et qu'il ne reste pour la commancer sinon qu'ilz voyent les affaires de France réduictz à ung poinct, qui face le jeu plus seur aulx leurs.
Oultre les aprestz et armemens dont j'ay faict mencion en mes aultres dépesches, l'on m'a donné adviz que le duc de Lunebourg, qui est pensionnaire de ceste Royne, et deux aultres coronnelz, tiennent une levée de trois mille reytres et de huict mille Allemans preste pour elle.
Et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, m'a mandé avoir naguières receu lettres bien fresches de Mr. de Chantone, par lesquelles il luy mande que le duc de Cazimir a ses gens prestz; et que, oultre ceux là, le duc Auguste en a arresté d'aultres, de pied et de cheval, mais que pour encores ny les ungs ny les aultres ne marchent.
J'ay faict bien fort soigneusement enquérir du faict du dict de Lunebourg à ceulx, qui sont naguyères revenuz de Hembourg, qui disent qu'il ne haste sa dicte levée, et seulement qu'il tient ses hommes advertys et préparez, auxquelz il a distribué quelque peu d'argent venu d'icy, qui faict que, en leurs festins et compaignies, ilz boyvent, de là en hors, à la bonne grâce de la Royne d'Angleterre.