Madame, cest adviz que Vostre Majesté trouvera en la lettre du Roy m'a faict ainsy haster ceste dépesche, incontinent après celle de hyer matin, affin que ne demeuriez en doubte des aprestz d'Allemaigne, comme j'estime qu'en estiez bien advertye d'ailleurs, et affin aussi, Madame, qu'y puyssiez pourvoir de bonne heure; et cognoys meintennant que ceste Royne ne m'a trompé quant elle m'en a donné le premier advertissement, car les choses aparoissent à ceste heure telles comme elle me les a cy devant dictes. L'on m'a mandé de ceste court qu'on y ordonne beaulcoup de préparatifz de guerre et qu'on dict que c'est pour se deffandre.

Je mettray peyne de sçavoir à quoy tend proprement leur entreprinse, car, en général, je vous ay desjà assés advertye de leur intention, de laquelle, s'il y a moyen de rebattre quelque chose, croyés, Madame, qu'il sera essayé, aydant le Créateur, auquel je prie, etc.

De Londres ce vȷe de septembre 1569.


LVIIIe DÉPESCHE

—du XIIIIe de septembre 1569.—

(Envoyée jusques à Calais par Olivyer Champernon exprès.)

Retard apporté dans le voyage de la reine par une indisposition du comte de Leicester.—Notification officielle est faite à Élisabeth, par l'ambassadeur, des projets de mariage du Roi et de Madame.—La reine se montre surprise de ces alliances.—Elle affirme à l'ambassadeur qu'elle n'a rien voulu prêter sur les joyaux de la reine de Navarre.—Elle proteste de sa volonté d'empêcher ses sujets de porter aucun secours à la Rochelle.—Elle insiste vivement sur la nécessité de restreindre le commerce de France avec les Pays-Bas;—Et s'excuse du retard apporté à la solution des affaires de la reine d'Ecosse.—Départ définitif des navires armés sous le nom du prince d'Orange.—Lettre secrète de l'ambassadeur à la reine-mère.—Détails confidentiels sur les débats qui se sont élevés entre Élisabeth et le duc de Norfolk, au sujet de son mariage projeté avec Marie Stuart.

Au Roy.

Sire, je n'ay plus tost que hier au soir peu estre de retour d'Anthonne, où j'ay esté trouver la Royne d'Angleterre, laquelle n'y est arrivée de trois jours si tost qu'elle cuydoit, parce que une fiebvre aigue a surprins Mr. le comte de Lestre en une maison écartée, qui est au comte de Soubtanton, où il a esté contrainct de se séjourner, et toute la court pour l'amour de luy; mais au bout de trois jours il a suyvy en lityère et à présent se porte bien.