J'ay présenté les lettres de Voz Majestez à la dicte Dame, laquelle a monstré du commancement estre ung peu troublée de la nouvelle qu'elles contenoient, dont m'a demandé si les choses estoient desjà conclues, sur quoy s'entend la jalouzie qu'elle a de la nouvelle confirmation d'alliance avec le Roy d'Espaigne. Je luy ay dict que vous aviez telle considération et respect à l'amytié d'elle que vous n'aviez vollu passer oultre en ce faict sans le luy communiquer, affin de faire veoir à tout le monde que, comme vous luy faisiés part d'ung propos, qui touche de si prez à la propre personne de Vostre Majesté, aussi vouliez vous qu'elle participât au bien, au proffict et à toutz les advantaiges qui proviendront de ceste alliance, laquelle ne seroit que pour confirmer davantaige celle que vous aviez avecques elle et la bonne paix, qui est entre vous et voz deux royaulmes, non moins fermement que avec ceulx mesmes, avec qui vous vous alliez.
De ce peu de motz ayant la dicte Dame prins aultre forme et aultre façon de parler, m'a prié de vous escripre qu'elle remercyoit très grandement Voz Majestez de la faveur que vous luy faiziés de luy communiquer ce privé et expécial propoz de vostre mariage et de celluy de Madame, lesquelz elle ne sçauroit que beaulcoup louer et aprouver, comme grandement convenables à la mutuelle grandeur de toutz les partys; et que, pour le regard de celluy de Vostre Majesté, il ne se pouvoit imaginer rien de plus grand ny de plus digne en la chrestienté que l'alliance d'ung Roy de France avec la fille d'ung Empereur. Il est vray qu'elle avoit ouy parler de l'aynée et non de la seconde, tant y a que pour son regard Vostre Majesté ne pouvoit guières prendre aultre alliance en la chrestienté, qui luy fût moins suspecte que ceste cy, parce qu'elle aymoit l'Empereur comme si elle estoit sa fille, et si se sentoit estre aymée de luy comme de son propre père, et ne fit mention du Roy d'Espaigne. Puis adjouxtant qu'elle se réjouyroit toutjour des choses qui reviendroient à vostre bien, grandeur et advantaige, aultant que si c'estoit pour elle mesmes, dont prioit Dieu de vous faire bien heureux cestuy vostre mariage, et le vous randre plain de tout playsir et de contantement, et qu'elle m'envoyeroit les lettres de sa responce pour les vous faire tenir.
Et quant à ce que je luy avois dict de ne prester, ny permettre d'estre presté, nulz deniers en son royaulme sur les bagues de la Royne de Navarre, parce que ce seroit contre le tretté de paix, sellon que vous la feziés advertyr qu'on les vouloit convertir à vous faire la guerre, elle me vouloit asseurer de n'avoir rien presté dessus les dictes bagues, ny ne pensoit qu'on les eust engaigées en ce royaulme; ains croyoit que Mr. de Lizy les eust emportées en Allemaigne, et que mesmes elle ne les avoit vollu veoir. Il est vray qu'elle avoit entendu d'ung sien orphèvre à qui elles avoient esté monstrées, qu'il y avoit ung beau vaze d'agatte, lequel elle eust volontiers retenu, mais saichant d'où il venoit, n'en avoit vollu aulcunement parler.
Et de faict, Sire, la pratique est menée de telle sorte par ceulx qui portent le faict de la nouvelle religion qu'il n'y court rien du propre de la dicte Dame, ains plus tost elle se décharge de quelques intérestz, et néantmoins j'entendz que les aultres sont accommodez en Allemaigne d'aulcuns deniers qui proviennent d'icy; de quoy je suys après à vériffier ce qui en est, affin de m'en plaindre et d'y remédier le mieulx qu'il me sera possible.
Et touchant le commerce que vous offriez à la dicte Dame en telz endroictz de vostre royaulme, que ses subjectz vouldroient choysir, pourveu qu'ilz n'allassent plus à la Rochelle, elle m'a dict qu'à la vérité elle m'avoit une foys promis d'y faire condescendre ses merchans, mais elle ne les avoit encores peu persuader, tant y a qu'elle communiqueroit de rechef là dessus avecques son conseil pour vous y satisfaire aultant qu'il seroit possible; et cependant elle me donnoit bien parolle avec sèrement que, quoy ce fût, nul de ses subjectz, sur peyne de mort, ne porteroit dorsenavant à la Rochelle armes, ny pouldres, ny artillerye, ny monitions, ny vivres, ny rien de quoy ceulx du dict lieu peussent estre secouruz contre Vostre Majesté; et parce que je ne me contantoys de cella, incistant qu'elle debvoit faire abstenir ses subjectz tout entièrement de ce traffic, elle m'a dict qu'elle en assembleroit son conseil et m'y feroit responce du premier jour;
Au surplus, qu'elle ne trouvoit poinct mauvais que j'eusse vollu attandre le commandement de Vostre Majesté sur la restriction de ne porter par les Françoys aulcunes sortes de merchandises des Pays Bas icy, ny d'icy aulx Pays Bas, veu ce que je luy allégois que cella touchoit les chappitres de la paix; toutes foys qu'elle vous prioyt, pour l'amytié qu'elle pansoit avoir mérité de Vostre Majesté, que vous luy vollussiez ottroyer la dicte restriction, veu qu'à présent le duc d'Alve luy estoit ennemy, et qu'il en avoit proclamé une semblable aulx Pays Bas contre l'Angleterre; de quoy je luy ay promiz vous escripre en si bonne sorte que j'espérois que vous ne l'en esconduyriez.
Et pour le regard de la Royne d'Escoce, m'a dict qu'elle ne voyoit que son affaire peult estre si promptement expédiée comme je l'en pressois, et que le mal qu'il sembloit que je luy voulois imputer de ce que le comte de Mora poursuyvoit de ruyner ceulx du party de la dicte Dame et de la déshériter du tout, pendant qu'elle estoit dettenue par deçà, ne provenoit de sa coulpe, ains des faultes du passé, et qu'il failloit attandre la responce du dict comte de Mora, ainsy qu'elle l'avoit remonstré à Mr. de Roz, qui ne l'avoit trouvé mauvais; auquel de Mora elle avoit cependant escript de se déporter de n'assiéger Dombertran, dont, aussitost que ses depputez seroient venuz, elle ne fauldroit de procéder incontinent à l'expédition de cest affaire en la bonne sorte qu'elle m'avoit toujour promiz.
«Il est vray, dict elle, qu'il se mène une pratique pour la dicte Dame avec ung certain personnaige de mon royaulme, lequel je me déporte de nommer à présent, et me veult on faire acroyre que c'est pour mon bien et advantaige; mais ne me veulent laysser juger s'il est ainsy, tant y a que je dellibère, comment que soit, d'en demeurer l'arbitre.»
Et je cognuz bien, Sire, que cest affaire mettoit une grande traverse en ceste court. Je prendray garde à ce qui en proviendra, et à toutes aultres choses qui toucheront icy vostre service, et remettray le surplus à mes prochaines, priant Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce xıve de septembre 1569.