Le Sr. de Quillegrey, à son retour d'Allemaigne, n'a faict que passer par ceste ville, dont n'ay peu encores guières rien aprendre du faict de sa commission, sinon qu'il monstre estre fort comptant de l'avoir bien acomplye par dellà, ainsy qu'il luy estoit commandé de le faire, et a dict en quelque lieu qu'il pourtoit la carte blanque des princes protestans à ceste Royne, qui la font chef et luy deffèrent la somme des affaires et la principalle détermination et conclusion de ce qui s'y entreprendra. Je m'attandz bien que là dessus elle et les siens seront à ceste heure poussez à plusieurs grandes persuasions, lesquelz je ne sçay si je les pourray avec le temps modérer et réfroydir; en quoy je feray bien tout ce qu'il me sera possible, mais il m'y fauldra conduyre sellon que je pourray aprendre de la négociation du dict Quillegrey plus que je n'en sçay à présent, qui, possible, se trouvera ne raporter tant de grandz promesses d'Allemaigne comme il le veult faire aparoir.
Il semble que Mr. de Lizy et le Sr. de Jumelles se trouveront à la prochaine diette de l'empyre à Augsbourg, à laquelle le Sr. de Trokmarthon n'a poinct esté pour ceste foys envoyé, mais j'entendz qu'on a mandé au docteur Christophe Du Mont d'y assister pour la Royne d'Angleterre; et espèrent ceulx de la nouvelle religion quelques grandes déterminations de la dicte assemblée, mettans en grand compte que les Suysses y ont esté appellez et qu'ilz ont promiz d'y convenir.
La commune opinion continue en ceste ville que le Sr. Chapin Vitel et le docteur Vargaz seront bientost devers ceste princesse, mais l'on m'a dict que le saufconduict, qu'elle a dépesché pour cella, n'est que pour ung messagier, qui doibt venir luy aporter des lettres du Roy d'Espaigne, sans aultrement expéciffier ny le nom ny la qualité d'icelluy; dont n'est vraysemblable que les dictz personnaiges se commettent soubz ung si simple saufconduict en ce voyage, sans qu'il y soit faict plus expresse mencion d'eulx.
La Royne d'Angleterre est entrée en plus grande jalouzie et deffiance qu'elle n'avoit encores esté de la Royne d'Escoce, et a vollu que, oultre le redoublement des gardes, le comte de Huntinton et le viscomte de Harifort, avec quelques ungs des leurs, soyent allez là où est la dicte Royne d'Escoce, bien que toutz deux luy soyent mal agréables et bien fortz suspectz. Je ne diffèreray pour cella de continuer, en temps et lieu, l'instance de sa restitution et de sa liberté, en la claire et ouverte façon que j'ay toutjour faict, au nom de Vostre Majesté; et prieray Dieu, etc.
De Londres ce xxııȷe de septembre 1569.
A la Royne.
Madame, je ne fays doubte, si le sieur de Quillegrey raporte tant de grandes promesses d'Allemaigne, comme il en a faict la démonstration, passant par ceste ville, et que s'estant en même temps le Roy d'Espaigne plyé de venir requérir d'accord la Royne d'Angleterre sur les différandz des Pays Bas, que je ne trouve dorsenavant la dicte Dame et les siens encores plus difficiles et mal aysez en voz affaires, que je n'ay faict jusques icy; et néantmoins je ne dellibère pour cella procéder moins vifvement envers eulx, ez choses qui se offriront pour vostre service, que j'ay toutjour faict; car cella mesmes qui se veoyt meintennant n'est que Voz Majestez n'eussent préveu debvoir de mesmes advenir, si la guerre de France alloit ainsy en longueur comme elle faict.
Il est vray que je n'obmettray rien de ce que je cognoistray pouvoir servir à conserver la paix et à contenir ceulx cy, le plus qu'il me sera possible, en l'observance d'icelle qui, possible, cognoistront ne leur estre moins utille de ne la rompre en vostre endroict que de la renouveller ailleurs; en quoy je vous suplye, Madame, me mander si je leur accorderay la seurté qu'ilz m'ont requise pour leurs flottes et vaysseaulx qu'ilz dellibèrent envoyer à Bourdeaulx, ainsy que monsieur l'Admyral d'Angleterre a vollu une mienne lettre de recommendation au gouverneur du dict Bourdeaulx pour ung sien navyre, qu'il y a desjà dépesché. Et n'ayant à vous dire meintennant rien davantaige que ce qui est contenu en la lettre du Roy, je prieray pour le surplus Nostre Seigneur, etc.
De Londres ce xxııȷe de septembre 1569.
AULTRE LETTRE A PART A LA ROYNE.