Madame, le faict du mariage de la Royne d'Escoce est venu à tel poinct que, incistant fort fermement la Royne d'Angleterre que le duc de Norfolc se déporte d'y entendre, et s'opiniastrant luy de ne le vouloir faire, ains d'y persévérer jusques à la mort, elle luy a faict de telles démonstrations de malcontantement qu'il s'en est allé de la court sans prendre congé; de quoy la dicte Dame est fort mal contante. Et semble que cella pourra bientost produyre je ne sçay quoy de trouble en ce royaulme, mesmes que la Royne d'Escosse, se voyant resserrée davantaige, vouldra pourvoir à sa liberté, sans temporiser plus la bonne grâce de sa cousine. Sur quoy et aultres faictz, qui se présentent, je vous dépescheray ung des miens aussi tost que celluy que j'ay par dellà sera de retour; et je prieray Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Votre Majesté qu'il vous doinct, etc.

De Londres ce xxııȷe de septembre 1569.


LXIe DÉPESCHE

—du XXVIIe de septembre 1569.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan de Bouloigne.)

A esté intercepté par les chemins le dict Bouloigne, destroussé et renvoyé devers l'ambassadeur.

Départ de plusieurs navires qui se rendent isolément à la Rochelle pour y faire le commerce.—La flotte du bâtard de Briderode et du prince d'Orange est chassée des côtes de Hollande et de Zélande.—On doit craindre qu'elle ne se porte sur les côtes de France.—Hésitation des Anglais à recevoir les députés du roi d'Espagne, qui leur inspirent une grande défiance.—Élisabeth témoigne à Marie Stuart tout le mécontentement qu'elle éprouve de son projet de mariage avec le duc de Norfolk.—Instances de l'ambassadeur pour avoir ses instructions sur divers points relatifs au commerce.—Sursis au départ de navires destinés pour la Rochelle et pour Bordeaux.—Lettre secrète pour la reine-mère, dans laquelle l'ambassadeur signale que l'on est prêt à en venir aux armes en Angleterre.—Envoi d'un paquet de lettres de la reine d'Écosse.—Lettre de Marie Stuart à l'ambassadeur.—Elle le conjure de s'opposer à ce qu'elle soit livrée au comte de Huntingdon et au vicomte de Hertford, ses ennemis.

Au Roy.