Ceulx cy ont commancé procéder de quelque modération sur les affères qu'ilz ont avec le Roy d'Espaigne, ayant le maire de ceste ville, despuys deux jours, miz en liberté envyron cent pouvres Espaignolz maryniers, qui estoient dettenuz prisonniers en ceste ville despuys le commancement de ces prinses, et bien qu'on ayt serché, du commancement, de les délivrer soubz caution de dix escuz pour teste, en cas que les choses passassent à quelque ouverture de guerre; néantmoins, après que monsieur l'ambassadeur d'Espaigne a eu remonstré que telle chose s'esloigneroit trop de la bonne paix d'entre Leurs Catholique et Sérenissime Majestez, qui ne debvoit estre mise en tel doubte, et que, mesmes, le duc d'Alve, naguières, luy estant admené plusieurs pouvres maryniers et pescheurs anglois, prins sur la coste de Zélande, les avoit toutz renvoyez sans en retenir ung seul, le dict maire a, par ordonnance de ce conseil, franchement dellivré les dictz Espaignolz, et les a desjà faictz embarquer pour les passer en Flandres. Qui est tout ce que, pour ceste foys, je diray à Vostre Majesté, à laquelle baysant en cest endroict très humblement les mains, je prieray atant le Créateur qu'il vous doinct, etc.

De Londres ce xe de juing 1569.

L'on me vient présentement d'advertyr qu'il a esté mandé à Me. Oynter de ramener les cinq grandz navyres dans la rivière de Rochestre; s'il est ainsy, c'est signe qu'on ne veult point encores rien entreprendre.

Monsieur le cardinal de Chatillon n'a point esté en ceste court despuys la nouvelle de la mort de son frère, de laquelle l'on dict qu'il porte un extrême regrect; il s'en est allé à quelques beings, qui sont par dellà Oxfort.

A la Royne.

Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les principaulx poinctz que, pour ceste heure, j'ay à fère entendre à Voz Majestez, mesmes de ce que, despuys dix ou douze jours, je me suys trouvé bien perplex pour les divers adviz que, coup sur coup, l'on m'a donné comme ceulx cy se préparoient à une déclaration de guerre ou à fère une ouverte entreprinse sur quelque endroict de vostre royaulme, qui n'a esté sans que j'aye miz peyne d'aprofondir le faict, et recercher, jusques dans les volontez et intentions de ceulx de ce conseil, ce que j'en debvois bien croyre, et puys le vous mander, premier que de vous mettre en plus de peyne que celle où je comprens bien que Vostre Majesté est meintennant pour rechasser le duc de Deux Pontz hors de la France.

Sur quoy Vostre Majesté considèrera ce que j'en mande au Roy; mais, oultre que desjà j'ay déposé une partie de la peur qu'on m'en donnoit, je vays encores ceste après diner m'en esclaircyr et confirmer davantaige avec ceste Royne, et avec les seigneurs de ce conseil, sur l'occasion de tretter avec eulx du contenu ez deux dernières dépesches que j'ay freschement receues de Voz Majestez, et, par mes premières, j'espère que je vous résouldray clairement du tout. Au moins espérè je avoir toutjour notice des aultres armemens que ceulx cy pourront fère de nouveau, oultre ceulx qu'ilz ont desjà en mer, premier qu'ilz puyssent estre en estat de les employer à quelque entreprinse. Au reste, je me doubte bien que j'auray à respondre à la dicte Dame sur ce que Mr. Norrys luy a mandé de la mort de Mr. Dandellot comme elle luy a esté avancée par poyson, et a escript que c'est ung Itallien Florentin, lequel en pourchasse inpudentment la récompense à Paris, qui se vante de l'avoir aussi donnée à Mr. l'Admyral et aultres, ce que l'on mect peyne de fère avoir en si grand horreur et exécration à ceste Royne, et aulx plus grandz de sa court, que j'entendz que, despuys cella, l'on a ordonné je ne sçay quoy de plus exprès en l'essay accoustumé de son boyre et de son manger, et a l'on osté aulcuns Italliens de son service, et est sorty du discours d'aulcuns des plus grandz qu'encor qu'il ne faille dire ny croyre que telle chose ayt esté faicte du vouloir ny du commandement de Voz Majestez, ny que mesmes vous le veuillez meintennant aprouver après estre faict, que néantmoins toutz princes debvoient dorsenavant avoir pour fort suspect tout ce qui viendra du lieu d'où telz actes procèdent, ou qui y sont tollérez; et s'esforce l'on, par ce moyen, de taxer et rendre, icy, odieuses les actions de la France; et croy qu'on en faict aultant ailleurs. Mais sur l'asseurance de ce que le Roy m'a escript, par sa lettre du xıııȷe du passé, de la mort du dict Sr. Dandellot, j'asseureray fort que ce qu'on dict du poyson est une calompnie, et que Voz Majestez ne serchent ceste façon de mort, mais bien l'obéyssance de voz subjectz, et de donner ung juste chastiement à ceulx qui présument de la vous dényer.

J'entendz que ung gentilhomme françoys, nommé le Sr. de Jumelles, est despuys hyer arrivé par deçà, vennant d'Allemaigne, par la voye d'Embourg, lequel dellibère passer en France et aller trouver le duc de Deux Pontz, pour luy porter quelque asseurance d'ung nouveau renfort et secours de la part du duc de Cazimir et aultres princes protestans. J'advertiray aulx passaiges de prendre garde à luy, et Vostre Majesté, s'il luy playt, commandera d'y avoir aussi l'œil dans le pays; et je prieray Dieu, etc.

De Londres ce xe de juing 1569.

La Royne d'Escoce se porte bien, et j'attandz, dans trois jours, ung des siens qu'elle dépesche devers Voz Majestez pour avoir la déclaration de Monseigneur vostre filz sur le tiltre qu'on luy objecte qu'elle luy a cédé du royaulme d'Angleterre.