LXIIIe DÉPESCHE
—du VIIe jour d'octobre 1569.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Olivyer Champernon.)
Arrestation du sieur de Sabran à son retour de France, et visite de ses papiers.—Notification est faite par la reine d'Angleterre que ses ports seront tenus fermés.—Protestation d'Élisabeth et des seigneurs de son conseil, que l'enlèvement de la dépêche de l'ambassadeur n'a pas été fait par leur ordre.—Vive assurance que toute satisfaction de cette insulte sera donnée.—Nouvelle du retour du duc de Norfolk, qui se décide à revenir à Londres, malgré les instances de l'ambassadeur.—Il est à redouter qu'il ne soit mis à la Tour, aussitôt qu'il se sera livré entre les mains de la reine.—Craintes que l'on doit concevoir pour Marie Stuart.—Assurance est donnée par l'ambassadeur que, dans toute la négociation relative au mariage du duc de Norfolk et de la reine d'Écosse, il a agi avec la plus grande prudence.—Le roi et la reine-mère donnent une vive approbation à ce projet de mariage.—Lettre de la reine d'Écosse à l'ambassadeur.—Supplications de Marie Stuart pour que la France ne l'abandonne pas dans le danger de mort où elle se trouve.
Au Roy.
Sire, se trouvans les choses ainsy troublées en ceste court pour le partement du duc de Norfolc et pour avoir, à cause de luy, les comtes d'Arondel, de Pembrot et millord Lomelley esté miz en arrest en leurs logis à Windesore, comme par mes précédantes Vostre Majesté l'aura peu comprendre, l'on n'a pas seulement attempté de surprendre mon pacquet pour cuyder descouvrir quelque chose de leur faict en mes lettres, mais a l'on arresté le Sr. de Sabran en venant de France, l'ont foillé, et ont visité aulcun sien mémoire de nouvelles qu'il avoit ramassées en chemin, sans toucher toutesfoys au pacquet de Vostre Majesté; et ont, sept jours durant, faict tenir les passaiges fermés, et envoyé un trompette le notiffier à Mr. de Gordan, et le prier de le faire ainsy entendre au Sr. Chapin Vitel et aultres députez de Flandres, lesquelz ilz estimoient estre desjà à Callais, affin qu'ilz ne prinsent la peyne de passer pour estre incontinent après arrestez.
Mais sur la lettre que j'avois escripte à la Royne d'Angleterre pour me plaindre amèrement de la vollerye de mon pacquet, après m'avoir faict respondre par milord Chambrelan qu'elle avoit tout aussitost faict appeller ceulx de son conseil pour les purger par sèrement s'ilz sçavoient rien de ce faict, lesquelz luy avoient toutz respondu que non, elle me prioit de croyre que cella n'estoit aulcunement procédé d'elle, ny de son dict conseil, et qu'elle en estoit extrêmement déplaysante; dont envoyeroit ung commissaire sur le lieu pour en enquérir, et m'en feroit avoir si bonne réparation que j'en serois contant, me priant cependant de surceoyr pour quelques jours mes dépesches, car ne vouloit q'homme vivant sortît de son royaulme qu'elle n'eust pourveu à ses troubles qui se présentoient.
Despuys, entendant la dicte Dame que le dict duc de Norfolc s'estoit achemyné pour retourner vers elle, elle m'a envoyé, le ııȷe de ce moys, le Sr. Randol, naguières revenu ambassadeur de Moscouvye, pour me continuer la mesmes excuse de desplaysir qu'elle avoit de la surprinse de mon dict pacquet, et qu'elle avoit envoyé commission à milord Coban pour en informer et punir rigoureusement ceulx qui s'en trouveroient coulpables; et qu'au reste les passaiges me seroient ouvertz quant je vouldrois envoyer quelcun en France, dont, sur l'heure, je dépeschay ung corrier avec mon pacquet du ııȷe du présent.