Chiffre.—[Et j'entendz que le duc de Norfolc arrivera aujourdhuy en ceste court, bien que j'aye faict, et faict faire par ses principaulx parans et amys, tout ce qu'il nous a esté possible pour le garder de venir, estimant ung chacun qu'aussi tost qu'on le tiendra l'on l'envoyera, et les aultres seigneurs qui sont en arrest, toutz prisonniers à la Tour; mesmes l'on dict qu'on leur y a desjà préparé le logis. Je ne sçay si c'est pour se confyer trop de leur cause, ou pour cuyder porter plus d'assistance, présens que absentz, au faict de la Royne d'Escoce, ou pour espérer trop de la faveur et de l'appuy qu'ilz se sentent avoir en ce royaulme, que ces seigneurs se sont ainsy facillement venuz commettre ez mains de la dicte Dame, ou bien qu'ilz soyent subjectz à avoir la teste trenchée et n'en puyssent évitter le mal, par ce qu'ilz en sont de race; tant y a qu'on les estime estre en grand dangier, ce que toutesfoys ne se pourroit exécuter sans esbranler grandement cest estat; au moins pourra estre que ce divertissement pour leurs propres affaires apportera quelque utillité aulx vostres; mais j'ay grand craincte de ceulx de la dicte Royne d'Escoce ausquelz toutesfoys l'on n'avoit si mal regardé qu'on les eust entièrement fondez sur la faveur du dict duc, car y a aparance que bientost il sera essayé de pourvoir à la liberté de la dicte Dame par aultre moyen;]—Dieu aydant, auquel je suplie, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce vıȷe d'octobre 1569.
A la Royne.
Madame, par le retour du Sr. de Sabran avec la dépesche de Voz Majestez, du xxe du passé, j'ay comprins quelle est vostre intention sur les affaires de deçà, lesquelz affaires sont néantmoins en aultre estat à ceste heure que vous ne les cuydiez, quant vous l'avez dépesché. Je m'y conduyray sellon le temps, dressant toutjours ma négociation à bien exactement accomplyr ce que me commandez, ou à faire ce qui plus tornera à vostre service, et à toutz les deux ensemble s'il m'est possible.
Chiffre.—[Et pour encores, je n'avois parlé de ce mariage de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc ung seul mot, au nom de Voz Majestez Très Chrestiennes, dont deussiez craindre que je me fusse trop advancé et que fussiez en peyne de me désadvouher, chose que je serois trop plus marry qui m'advînt que la propre mort; seulement j'avois trouvé moyen de me faire employer par les deux parties à requérir très humblement Voz Majestez de leur estre favorables; en quoy, à la vérité, je leur avois promiz de vous randre bien disposez envers eulx, et faire tout ce que je pourrois pour leur faire avoir vostre approbation, ce que vous pouviez puys après fort ayséement accorder ou reffuzer comme il vous eust pleu, sans venir à nul désadveu de vostre ambassadeur, dont ce qui s'en est passé jusques icy a esté sur ma seule parolle; et meintennant que vous m'avez donné et commandé de donner celle du Roy et la vostre en cella, je m'advanceray à quelque chose davantaige et essayeray de faire plus que, pour le présent, je ne me veulx ny me oze promettre du peu de cueur, inconstance et légéreté de ces seigneurs, à qui j'ay affaire par deçà. La dicte Royne d'Escoce a esté en grand frayeur, comme pourrez voir par la coppie de la lettre qu'elle m'a escripte, mais nous l'avons consollée et pense estre asseuré que sa personne n'aura point de mal.]—Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté et prie Dieu qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce vıȷe d'octobre 1569.
LETTRE DE LA ROYNE D'ESCOCE AU Sr. DE LA MOTHE FÉNÉLON.
—Escripte à Tutbery, le xxve de septembre, en chiffre.—
Chiffre. —[Je croys que vous sçavez bien comme je suys rudement traictée, mes serviteurs chassez et deffandu que je n'escripve, ni reçoipve lettre d'aulcune part, et que toutz mes gens soyent fouillez. Je suys icy à Tutbery, d'où l'on me dict que milor Hontington me recepvra en sa charge. Il prétend au droict que je prétendz, et le pence avoir; jugez si ma vie sera seurement. Je vous prie d'adviser avec ceulx que cognoistrez de mes amys, et parlez à la Royne d'Angleterre que s'il advient mal de moy, estant entre mains de personnes souspeçonnez de me vouloir mal, qu'elle sera réputée du Roy, mon beau frère, et toutz aultres princes, la cause de ma mort. Usez en à vostre discrétion et advertissez le duc de Norfolc qu'il se garde, car l'on le menasse de la Tour.