L'on s'est resjoui en ceste court pour l'alliance que le Sr. de Quillegrey a conclue de la Royne, sa Mestresse, avec le comte Pallatin, le duc Auguste de Saxe et Lansgrave d'Essen, bien qu'il ne l'ayt peu, à ce qu'on dict, tretter avecques l'Empereur. Il a admené ung gentilhomme de la part du dict Lansgrave pour la venir ratiffier, lequel a esté favorablement receu de la dicte Dame, et, après avoir receu présent d'elle et du comte de Lestre, et quelques chiens de sang pour son maistre, il a esté expédié et est prest pour s'en retourner.

J'entendz que xl mil {lt} esterlin, qui se debvoient fornir en Allemaigne pour le priz du vin et du sel de la Rochelle, ont esté payez, et le dict Quillegrey en a rapporté les acquitz, mais l'on s'esbahyt que le duc de Cazimir ne soit desjà en campaigne, et estime l'on que Mr. de Lizy le hastera; et que, si son entreprinse a esté différée, qu'elle n'est pourtant interrompue, imputant le retardement à son mariage et non à faulte de volonté ny de moyens, dont s'espère que la conclusion s'en fera à Heldelberc, où le duc Auguste doibt bien tost venir avec douze centz chevaulx pour y admener sa fille, et que le prétexte d'entrer en France sera pour demander quelque somme que le Roy reste [devoir] au dict duc de Cazimir.

Chiffre.—[Du costé d'Irlande, l'on ne se peult tant asseurer des deux frères du comte d'Ormont, et de la troupe où ilz estoient, qu'on tiègne l'eslévation du tout apaysée de leur costé, et les aultres tiennent encores les armes, et continuent à les exécuter tout ouvertement; dont milord Sydeney a mené l'armée contre eulx, et parce qu'on doubte assés de l'évènement, l'on luy a freschement envoyé quatre centz homes d'icy.

Le depputé d'Escoce doibt bien tost arriver en ceste court, à qui a esté desjà envoyé son passeport pour douze chevaulx, et parce qu'il est envoyé de la part du comte de Mora, et qu'il arrive sur le courroux et malcontantement de la Royne d'Angleterre, je crains fort qu'il obtiègne plus qu'il ne vouldra requérir contre la Royne d'Escoce; tant y a qu'on dict que les affaires ne vont au dict pays d'Escoce, comme le dict comte de Mora desireroit.

L'on se prépare bien fort de respondre aulx propositions, que feront ceulx qui viendront de la part du Roy d'Espaigne; et j'entendz qu'on a adverty ceulx, qui peuvent estre le plus chargez du faict de ces prinses, de s'absenter, dont le visadmyral Chambrenant et Haquens, et aulcuns aultres des principaulx qui y ont miz la main, ont desjà faict voille à la Rochelle et en Irlande, et dict on que le dict Haquens se résoult de tenir encores ceste année la mer contre les Espaignolz.

Je ne sçay si ce qui aparoit de trouble en ce royaulme retardera la venue des dictz députez de Flandres, attandu mesmement qu'on a envoyé ung trompette à Gravelines advertir qu'ilz ne se hastent de passer, et cependant semble que ceulx cy veulent passer oultre à faire vandre les merchandises des Espaignolz.

Je desire que sellon l'estat de toutz ces affaires et d'aultres qui, possible, paroistront encores plus grandz, il playse à Leurs Majestez me commander toutjour comment j'auray à m'y conduyre, affin de suyvre droictement leur intention et faire, jour par jour, ce qu'ilz estimeront convenir plus à leur service.


LXVe DÉPESCHE