—du XIIIe jour d'octobre 1569.—
(Envoyée exprès par Jehan Valet jusques à Calais.)
Vives plaintes de l'ambassadeur au sujet du paquet de dépêches qui lui a été enlevé.—Commission délivrée par Élisabeth pour faire punir les coupables.—Semblable saisie est faite par violence d'un paquet de dépêches envoyé à l'ambassadeur d'Espagne.—Les affaires du duc de Norfolk servent de prétexte à la reine pour refuser audience à l'ambassadeur.—Le duc est mis à la Tour.—Arrestation d'un grand nombre d'étrangers.—Rigueurs exercées contre les évêques catholiques.—Renforts de troupes envoyés en Irlande.—Effet produit en Écosse par la nouvelle du projet de mariage entre le duc de Norfolk et Marie Stuart, et des événements qui ont suivi.—Divisions dans le parti du comte de Murray.—Impossibilité pour l'ambassadeur, de faire des démarches auprès d'Élisabeth en faveur de la reine d'Écosse.—Départ d'un grand nombre de navires marchands pour faire le commerce de la Rochelle et de Bordeaux.—Instances de l'ambassadeur pour que le roi et la reine-mère se plaignent vivement à l'ambassadeur d'Angleterre à raison du paquet de dépêches qui a été volé, et de l'indigne traitement qui est fait à la reine d'Écosse.—Arrivée de la comtesse de Montgommery à l'île de Jersey.—Départ du vicomte de Rohan et d'autres Français sur les navires qui se rendent à la Rochelle.—Lettre de recommandation de l'ambassadeur en faveur du capitaine Muer, Écossais.—Lettre de créance pour le sieur Thomas Flemy, envoyé par la reine d'Écosse.—Nouvelles instances pour que le château de Dumbarton soit secouru.
Au Roy.
Sire, pour cuyder la Royne d'Angleterre aulcunement me contanter sur la perte de mon pacquet, elle a envoyé commission aulx officiers de Rochestre d'enquérir dilligemment du faict, et punir ceulx qui en seroient coulpables, et Mr. le comte de Lestre m'a mandé qu'elle s'en estoit asprement prinse au secrétaire Cecille, et à d'aultres de son conseil, qu'elle souspeçonnoit y avoir tenu la main. Néantmoins je n'ay poinct recoupvert mon pacquet, et est advenu despuys, que retournant le mestre d'hostel de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne de Flandres avec ung pacquet du duc d'Alve, il luy a esté pareillement prins en chemyn, et ne faict on semblant de le vouloir randre non plus que le mien.
J'avoys, jeudy de la sepmaine passée, envoyé demander audience pour me plaindre de ce tort à la dicte Dame et pour tretter avec elle des affaires de la Royne d'Escoce et d'aulcunes particularitez de voz dernières dépesches; mais elle me fit prier, par le Sr. comte de Lestre et par milor Chamberlan, que je volusse avoir pacience pour cinq ou six jours, à cause qu'elle se trouvoit ung peu mal, et qu'elle estoit si empeschée ez affaires de ces seigneurs, qui estoient en arrest, qu'elle ne pourroit bonnement entendre en aulcuns aultres jusques à ce qu'elle eust pourveu à ceulx là. En quoy a esté desjà tant procédé que, de ce que le duc de Norfolc estoit arresté, il à esté à bon escient faict prisonnier et mené par eau, sur la barque de la dicte Dame, despuys Vuyndesor jusques dans la Tour de Londres, le xȷe de ce moys, à deux heures après midy, où il y a heu ung grand concours de peuple pour le veoir, qui ont toutz faict démonstration d'en estre très desplaysantz. Les aultres seigneurs sont encores arrestez à Vuyndezor, et plusieurs aultres particuliers, tant du pays que Italliens, et quelques Espaignolz faictz prisonniers; et dict on qu'on a mandé de toutes partz resserrer les évesques catholiques, qui avoient quelque liberté de se promener ou de parler avec leurs amys et parans, se doubtans d'une sublévation dans le pays; et l'on a, ces jours passez, envoyé renfort d'argent et d'hommes en Irlande, où semble que les affaires se monstrent encores assés doubteux; et sont venues nouvelles complainctes à ceste Royne et aulx seigneurs de son conseil du comte d'Ormont, qui a envoyé son mestre d'hostel pour s'en purger.
Sur le commancement de ce moys, est arrivé ung corrier d'Escoce qui raporte que ces affaires de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc sont desjà cogneuz par tout le pays, et que, d'aultant qu'aulcuns des grandz en sont marrys, le peuple en est bien fort joyeulx, souhaytant plus que jamais d'avoir leur Royne, ce qui accroyt le débat parmy eulx; et que mesmes aulcuns du party du comte de Mora s'estoient despartys de luy, et que deux de ses principaulx adhérans, le comte de Morthon et le Sr. de Humes, estoient en grand différant l'ung contre l'aultre, et que le secrétaire Ledinthon avoit esté en grand dangier de sa vie par l'ordonnance des estatz du pays, comme coulpable du murtre du feu Roy, n'eust esté que milord Granges, capitaine du chateau de l'Islebourg, qui l'avoit prins en garde quant il fut constitué prisonnier à Esterlin, ne l'a vollu randre.
Les frontières d'entre l'Angleterre et l'Escoce sont si estroictement gardées, qu'il n'y passe homme qui ne soit prins, ou par ceulx de Baruich, ou par ceulx du party de la Royne d'Escoce, ou par ceulx du cousté du comte de Mora; et y a desjà comme une guerre commancée en icelluy endroict. Je ne sçay si ceste Royne a heu quelque souspeçon de milor Housdon, gouverneur de Baruich, tant y a qu'elle l'a faict venir icy, et a envoyé le maréchal Drury pour commander dans la place. Nous attandons toutjour quelque bonne pourvoyance sur les affaires de la Royne d'Escoce, mais parce qu'ilz sont enveloupez avec ceulx de ces principaulx seigneurs arrestez, il y fault ung peu de pacience; et je ne laysseray pourtant de les solliciter avec toute l'instance et dilligence qu'il me sera possible.
Il est desjà party envyron quarante cinq vaysseaulx des portz de deçà pour aller au vin, dont une partie tirera à la Rochelle et le reste passera oultre à Bourdeaulx, où, si l'on y est bien receu, ilz seront, se disent ilz, convyés d'y continuer puys après leur traffic et employte, comme ilz le souloient faire auparavant. Et sur ce, etc.
De Londres ce xııȷe d'octobre 1569.