Au Roy.
Sire, après avoir esté deux jours seulement en ung villaige, hors d'icy, pour y prendre ung meilleur air que celluy de la ville, qui est suspect de peste, je suys allé, le xxȷe de ce moys, trouver la Royne d'Angleterre à Vuyndesor, laquelle m'a plus favorablement receu que ceulx, qui me cuydoient fort meslé ez affaires du duc de Norfolc, ne l'estimoient, et m'a bien monstré la dicte Dame qu'à la vérité elle estoit grandement courroucée contre le dict duc, et infinyement contre la Royne d'Escoce, mais bien fort délivrée de toute souspeçon de Voz Majestez.
Néantmoins pour m'essayer, en me faisant son excuse de ce que, ayant desiré la veoir plustost, elle ne me l'avoit peu ottroyer à cause des affaires qui luy estoient survenuz, elle me dict, en ryant, qu'elle croyoit que l'ambassadeur d'Espaigne et moy sçavions, de long temps, quelz affaires c'estoient.
A quoy je luy respondiz que au contraire je craignois estre en grande faulte de les avoir sceu trop tard, et de n'en avoir donné assés d'heure l'adviz que je debvois à Voz Majestez pour l'intérest que vous y aviez, à cause de la Royne d'Escoce; que [je] sçavois au reste combien curieusement l'on avoit cerché de vériffier que je fusse de la partie, sans regarder si en cella l'on offençoit la grandeur de Vostre Majesté, ny si l'on violloit la seurté de vostre ambassadeur, ny si l'on enfraignoit la protection, en laquelle elle m'avoit receu de vostre part avec ma légation; que, entre les aultres recerches, avoit esté trouvé bon de me faire voller mon pacquet, ce que sachant combien Vostre Majesté l'auroit à cueur, et m'en sentant infinyement oltragé, je ne cesserois de luy en demander réparation et justice jusques à ce qu'elle me l'auroit faicte; et que, pour tout cella, l'on n'avoit trouvé que j'eusse rien entreprins ny pratiqué en son royaulme, qui ne fût digne d'ung ambassadeur d'ung très vertueulx et magnanime prince son allié et confédéré, luy pouvant jurer, avecques vérité, que c'estoit elle mesmes qui, première, m'avoit faict prendre garde de cest affaire; dont luy remiz en mémoire aulcuns poinctz qu'elle m'en avoit touchez en mes précédantes audiences. De quoy elle se souvint incontinent, et comme personne très affectionnée à la matière, après aulcunes grandes excuses de mon pacquet, avec promesse de m'en faire justice contre quiconques s'en trouveroit coulpable, elle tourna à me discourir les mesmes propos qu'elle m'avoit auparavant tenuz du susdict affaire, et que ce que je n'en avois peu comprendre, lorsque par parolles couvertes elle m'en avoit parlé, c'estoit ce que j'en voyois meintennant; et qu'il estoit sans doubte qu'on avoit essayé de soubslever tout son estat contre elle, dont estoit bien ayse que je ne m'en fusse ainsy entremiz, comme avoit faict l'ambassadeur d'Espaigne,—«duquel, dict elle, j'ay sceu le mesmes propos qu'il en a tenu à l'évesque de Roz, bien qu'ilz ne fussent que eulx deux seulz, quant ilz en discoururent ensemble.»
Je ne laissay pour tout cella, Sire, de faire une très grande et vifve instance à la dicte Dame, pour la liberté et bon trettement de la personne de la Royne d'Escoce, à ce qu'elle ne la vollût commettre ez mains de ceulx que la dicte Dame estime estre ses ennemys, ny souffrir qu'il luy fût dict, faict, ny usé chose qui ne convînt à la dignité de ce que Dieu l'a faicte estre princesse Souveraine en la chrestienté, parante et alliée des plus grandz princes chrestiens, expéciallement de Vostre Majesté et d'elle mesmes; et qu'au reste, elle vous vollût résouldre du secours et assistance qu'elle entendoit luy bailler pour la remettre en son estat, sans laysser passer plus avant ses mauvais subjectz à establyr leurs affaires comme ilz faisoient contre elle dans son propre pays; lesquelz je sçavois qu'ilz s'aprestoient de nouveau pour aller achever de ruyner et tiranniser les bons subjectz et serviteurs de la dicte Dame, et d'essayer de luy prandre par force le chasteau de Dombertran; à quoy je la prioys pourvoir d'ung si bon expédiant et prompt remède, que cella peust estre empesché.
Desquelz propos se trouvant la dicte Dame en quelque perplexité, me respondit diversement, tantost en une sorte, et puys en une aultre, et allégua plusieurs excuses, lesquelles, parce que je ne les luy voulois admettre, nous fusmes en assés longue contention; et enfin me pria estre contant d'emporter d'elle, pour ceste foys, qu'elle vous donroit compte, du premier jour, de toutes les choses qui avoient passé entre la Royne d'Escoce et elle, et ne reffuzeroit que Voz Majestez en fussiez les juges, espérant que vous luy garderiez une oreille pure pour en entendre la vérité, laquelle, possible, vous trouveriez estre bien fort aultre qu'on ne le vous avoit raporté, et qu'elle procèderoit, au reste, comme elle avoit toutjour faict, bien droictement, ez affaires de la Royne d'Escoce, mais non avec la mesme affection qu'auparavant, jusques à ce qu'elle eust mieulx esclarcy si ce qu'on luy avoit raporté d'elle estoit vray ou faulx.
Or est il intervenu, Sire, et interviennent en cecy plusieurs faictz, lesquelz je feray par ung des miens tout exprès entendre bientost à Vostre Majesté, et cependant j'estime, qu'en ce qui concerne la personne de la Royne d'Escoce, il est pourveu qu'elle n'ayt que tout bon trettement mais ung peu moins de liberté qu'elle ne souloit.
Le mesme jour de ceste audience, la Royne d'Angleterre avoit heu de son ambassadeur, Mr. Norrys, nouvelles certaines de la grande et notable victoire, qu'il a pleu à Dieu vous faire avoir sur voz ennemys par la vaillance et conduicte de Monseigneur vostre frère, soubz le bon heur de Vostre Majesté, de laquelle la dicte Dame me demanda les particullaritez, sachant que son mesmes courrier m'avoit apporté ung vostre pacquet; mais de tant que Mr. Brulart ne m'en avoit touché qu'ung mot en général, en une sienne lettre à part, je luy dictz que Vostre Majesté me commandoit seulement de luy annoncer la certitude et grandeur de la victoire, de laquelle vous luy aviez vollu faire la première part, mais que vous attandiez de vous en conjouyr plus amplement avec elle, quant Monseigneur vostre frère vous en auroit envoyé le vray récit de sa main.
Sur quoy elle me pria fort affectueusement vous escripre qu'elle se resjouyssoit de vostre prospérité et de voz victoires aultant et, possible, plus que nul de voz aultres alliez et confédérez, et ne regrectoit sinon qu'estant le gain de la bataille vostre, la perte n'en fût sur quelque aultre, car certainement elle estoit toute sur vous; dont s'estimeroit bien heureuse, au cas que volussiez prandre quelque bon expédiant avec voz subjectz, qu'elle vous en peust moyenner ung, qui vous fût aultant agréable comme elle le vous desireroit utille et honnorable, et très advantaigeux pour vostre grandeur, me conjurant bien fort ne faillyr de le vous faire ainsy entendre, ce que je luy promiz de faire, luy remonstrant qu'il n'avoit jamais tenu à Vostre Majesté que voz subjectz n'eussent jouy d'ung bien asseuré repos, soubz vostre obéyssance; ne voulant obmettre, Sire, de vous dire que ceste nouvelle a tant resjouy et relevé le cueur des catholiques en ce royaulme, qu'ilz n'en font moins de solemnité que si elle estoit proprement pour eulx, bien que ceulx de l'aultre party vont rabattant la grandeur de la victoire tant qu'ilz peuvent.
Le Sr. Chapin Vitel est arrivé par deçà, auquel on a arresté à Douvres toutz ceulx de sa compaignye, qui estoient cinquante ou soixante, et luy a l'on seulement permiz d'en mener cinq; qui, encores, pour le prétexte de la peste, l'on ne l'a layssé entrer en Londres, ains luy et Mr. l'ambassadeur d'Espaigne ont esté conduictz à Quinston et de là à Coulbronc, prez de Vuyndesor, par ung gentilhomme Angloys, qui ne les habandonne guyères, et sont attendans leur audience, laquelle je croy qu'ilz auront demain. Sur ce, etc.