(Envoyée exprès jusques à la Court par le Sr. de Vassal.)
Joie manifestée par les catholiques d'Angleterre à la nouvelle de la victoire remportée en France sur les protestants.—Bon accueil fait par Élisabeth au sieur Ciapino Vitelli.—Assemblée des consistoires protestants à l'effet de pourvoir aux mesures qu'il est nécessaire de prendre pour relever leur parti en France.—Négociations de l'ambassadeur, relatives à la demande qui a été faite pour le commerce des Pays-Bas.—Mémoire général sur les affaires d'Angleterre.—Mesures rigoureuses prises contre les catholiques, surtout vers le nord, où se montre une grande agitation.—Les projets d'expédition contre la France paraissent suspendus depuis que des craintes sérieuses se manifestent pour la tranquillité du royaume.—Vives sollicitations des protestants d'Angleterre pour que de prompts secours soient envoyés à la Rochelle.—Le conseil demande à Marie Stuart la remise de la lettre qui lui a été écrite par les seigneurs d'Angleterre pour l'engager à épouser le duc de Norfolk.—Déclaration lui est faite qu'il sera sursis à la décision qu'elle sollicite sur ses demandes, jusqu'à ce qu'elle ait livré cette pièce, qu'elle annonce avoir envoyée en Écosse.—Moyens qui ont été employés pour obtenir le retour du duc de Norfolk.—Détails confidentiels.—Effet produit sur les résolutions du duc par la certitude que le roi et la reine-mère donnent une entière approbation à son mariage.—La déclaration des commissaires lui est favorable.—Emportement d'Élisabeth contre les commissaires et contre le duc, poussé à une telle violence qu'elle tombe sans connaissance.—Chefs divers de l'accusation portée contre le duc de Norfolk.—Reproches qui sont faits aux comtes d'Arundel et de Pembroke, et à lord Lumley.—Sir William Cécil veut faire épouser sa belle-sœur au duc de Norfolk; c'est la condition qu'il met à sa sortie de la Tour.—Étroite surveillance à laquelle est soumise la reine d'Écosse.—Espoir qu'elle ne court aucun danger.—Protestation d'Élisabeth à l'ambassadeur, qu'elle répond de la vie de Marie Stuart comme de la sienne propre.—Remontrances de l'ambassadeur au conseil:—sur le commerce en général;—sur la demande qui lui a été faite au sujet des Pays-Bas;—sur l'interdiction absolue du commerce avec la Rochelle;—sur la restitution des prises,—et sur les affaires de la reine d'Écosse.—Instances de l'ambassadeur pour que Marie Stuart ne soit pas livrée à la garde de ses ennemis.
Au Roy.
Sire, j'yray vendredi prochain présenter les lettres de Voz Majestez et le Sr. d'Amour, pourteur d'icelles, à la Royne d'Angleterre, ainsy qu'elle m'a mandé que je l'aille trouver au dict jour; et cependant, pour ne vous retarder quelques adviz des choses, qui passent en ce royaulme, concernantz vostre service, je dépesche le Sr. de Vassal pour les vous aller raporter et pour vous en faire entendre aultant que j'en ay aprins sur le lieu, sellon que je l'ay bien instruict de tout; auquel, pour ceste occasion, je vous suplie très humblement, Sire, vouloir adjouxter foy.
Et vous ayant à faire la présente de tant plus briefve, je ne vous diray en icelle sinon que les protestans de ce royaulme ont faict tenir quelques jours la nouvelle de vostre victoire si secrecte, ou bien l'ont faicte aller si déguysée, que, n'en pouvant les catholiques avoir quasi aulcune notice, ilz ont envoyé devers moy bien fort secrectement, mais non sans ardeur et affection, pour sçavoir ce qui en estoit. Aus quelz ayant faict curieusement entendre et la certitude et la grandeur du combat, et comme il a pleu à Dieu vous en faire avoir le dessus par la valleur et bonne conduicte de Monseigneur vostre frère, non en forme de rencontre et par surprinse, mais de vifve force en aperte campaigne, où toutes les troupes ont combatu, et les aultres particullaritez du discours que Vostre Majesté m'en a envoyé, ilz en ont infinyement remercyé Dieu, et l'ont invoqué de grand dévotion sur l'entier succez du reste de voz affaires, bénissant en mille sortes vostre bon heur et le bon heur de Mon dict Seigneur vostre frère; et monstrent, Sire, qu'ilz ont esté en grand frayeur de leur propre faict, mais que meshuy, où que les choses aillent, soit à continuer la guerre ou bien à tretter quelque pacification, qu'elles ne pourront estre conclues qu'au grand advantaige de leur bonne cause que vous soubstenez, et bien fort à la gloyre et réputation de Vostre Majesté.
Le Sr. Chapin a esté plus favorablement receu à son arrivée en ceste court qu'il ne l'a esté en l'entrée de ce royaulme, luy ayant la Royne d'Angleterre faict fort gracieulx recueil, et a admiz les principaulx de sa compaignie à luy bayser la main. Elle s'est fort plaincte du duc d'Alve et de Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel ne s'est encores présenté à elle, bien qu'ilz soyent tous deux dans la mêmes commission. J'entendray plus avant de ce que le dict Sr. Chapin aura tretté, car c'est de devant hyer seulement qu'il a heu son audience, et par mes premières je vous en donray adviz, aydant le Créateur, auquel je prie, etc.
De Londres ce xxvııȷe d'octobre 1569.
A la Royne.
Madame, il vous plairra entendre par le Sr. de Vassal, présent pourteur, la suytte des choses dont je vous manday le commancement par le Sr. de La Croix, ès quelles j'avois de long temps prévu que Voz Majestez vouldroient enfin qu'il y fût procédé sellon que me l'avez escript par le Sr. de Sabran, ce que, de moy mesmes, je les avois ainsy disposées, de façon qu'il n'a tenu à moy que l'effect ne s'en soit ensuyvy comme l'eussiez peu desirer, mais il va encores assés bien sellon vostre propos, et je mettray peyne de le mesnager le mieulx qu'il me sera possible.