Néantmoins, ayant le dict duc esté trop facille à retourner, il a esté incontinent miz en arrest dans son logis soubz estroicte garde, où toutesfoys j'ay trouvé moyen, par Mr. l'évesque de Roz, de luy faire entendre la bonne intention de Leurs Majestez Très Chrestiennes sur le faict du mariage, ce qui l'a tellement confirmé qu'il s'est résolu d'y persévérer jusques à la mort, et qu'après la Royne, sa Mestresse, il demeurera à jamais fidelle serviteur de Leurs dictes Très Chrestiennes Majestez;
Et n'a layssé pour cella de respondre bien fort sagement aulx interrogatoires, qui luy ont esté faictz par les commissaires, de sorte que, raportant iceulx commissaires ses bonnes responces à la dicte Dame, elle a monstré n'estre contante de ce qu'ilz le vouloient excuser, et leur dict plusieurs choses qui procédoient d'ung cueur fort offancé; mesmes, ainsy que l'ung d'eulx s'advança de dire que sellon les loix du pays ils ne le trouvoient coulpable de rien:—«Allez, dict elle, ce que les loix ne pourront sur sa teste, mon authorité le pourra.»—Et entra en si grand collère qu'elle esvanouyt, et courut l'on au vinaigre et aultres remèdes pour la faire revenir.
Ainsy fut le dict duc envoyé le lendemain à la Tour, et aussi tost ordonné de visiter ses maysons, ouvrir ses coffres, saysir ses papiers, mandé les gentishommes de Norfolc pour venir déposer et tesmoigner contre luy; dont aulcuns se sont présentez, aultres ont reffuzé de le faire, et fut envoyé en plusieurs endroictz de ce royaulme pour informer de sa vie et de ses faictz.
Tant y a qu'aulcuns principaulx du conseil luy ont mandé qu'il ne fût en peyne de rien pour cella, car n'y avoit vériffication aulcune qui fût pour préjudicier à sa vie, et qu'il n'y avoit de proposé contre luy que trois faictz:
Le premier, d'une sienne lettre qu'il avoit escripte au comte de Mora, touchant le dict mariage, laquelle le dict comte a envoyée à la Royne d'Angleterre non sans qu'on le luy imputte à ung très mauvais tour;—l'aultre, est ung souspeçon seulement d'avoir praticqué avec les princes de dellà la mer;—et le troisiesme, ce sien partement de court sans congé.
Et quant au comte d'Arondel et millord de Lomelley, il leur estoit principallement imposé d'avoir persuadé le duc qu'il se deubt saysir de la Tour, ce que ne se pouvant vériffier parce que le millor de Havar, qui l'avoit raporté, allégoit ung autheur, et cest autheur ung aultre autheur, et en fin se trouvant que cella provenoit d'ung ouy dire, ilz n'ont esté miz en la Tour; néantmoins ilz demeurent encores, et aussi le comte de Pembrot, en arrest, bien qu'il s'estime que le dict [comte de] Pembrot, de tant qu'il n'est chargé que d'avoir conseillé le dict mariage, comme le cuydant aultant agréable à la Royne sa Mestresse, comme il a toutjours estimé qu'il luy estoit utille et à tout son royaulme, s'il en veult demander ung bien peu de pardon à la dicte Dame, qu'il sera miz incontinent en liberté.
Et le comte de Lestre monstre encores favoriser en plusieurs sortes, soubz main, le dict duc, et estre infinyement irrité et offancé contre le dict Cecille, qui va aigrissant la matière, lequel néantmoins excuse les extrêmes poursuytes qu'il y faict sur l'extrême courroux de sa Mestresse, et met en avant ung seul moyen pour remédier aulx affaires de la Royne d'Escoce et à ceulx du dict duc tout ensemble, qui est de quicter et renoncer entièrement par l'ung et l'aultre au dict mariage.
A quoy ayant respondu l'évesque de Roz, quant il le luy a dict, que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, en seroit très contante, parce qu'elle n'y avoit jamais prétandu que pour cuyder complaire à la Royne d'Angleterre sa sœur, et à la noblesse du pays, car c'estoit ung personnaige qu'elle n'avoit jamais veu que le duc; et que grâces à Dieu, il luy avoit esté proposé de plus grandz partys, le dict Cecille répliqua qu'il ne suffiroit de se quicter de parolle, ains le fauldroit faire par effect, dont luy feroit entendre plus clairement, une aultre foys, comme cella s'entendoit.
Et j'ay aprins despuys, que c'est de contraindre le dict duc d'espouser, avant sortir de la Tour, madame Obey, veufve du feu dernier ambassadeur d'Angleterre, qui estoit en France, laquelle est sœur de la femme du secrétaire Cecille.
Dont, affin d'admener les choses à ce poinct par longueur de prison du dict duc, et par une plus estroicte garde de la Royne d'Escoce et prolongation de ses affaires, iceulx commissaires, qui président à ceste heure seulz en ce conseil, ont dict au dict évesque de Roz, que la Royne d'Angleterre se trouvoit meintennant si pressée d'aulcuns siens grandz affaires, qu'encor que l'abbé de Donfermelin, depputté du comte de Mora, fût arrivé, elle ne pourroit entendre en façon du monde, de quelques jours, à l'expédition des affaires de la Royne d'Escoce; dont le prioyent se retirer à Londres jusques à ce que l'on le manderoit, qui seroit le plustost que la dicte Dame se trouveroit en disposition d'y vacquer.