Sur ce dessus, de tant que le dict duc propose de se conduyre en cecy par le conseil du dict évesque de Roz et aulcunement par le mien, et qu'il semble que je pourray retenir ou lascher une partie de ses dellibérations, sellon que je pourray comprendre que Leurs Majestez Très Chrestiennes le vouldront, il leur plairra m'en mander bien expressément leur intention.
Et cependant, la personne de la Royne d'Escoce demeure asseurée en la garde du comte de Cherosbery, et, bien que le comte de Huntington y soit, il n'en a l'authorité, avec ce, que toutz ceulx de ce conseil se constituent pleiges pour luy qu'il ne fera rien qui ne soit digne d'homme d'honneur, pour respecter en toutes sortes, comme sera son debvoir, la dicte Dame; et mesmes la Royne d'Angleterre m'en a respondu comme de sa propre vie, comme aussi la dicte Royne d'Escoce, à présent, ne parle plus que de trop grand aguet qu'on a sur elle.
L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA MAJESTÉ DE LA ROYNE D'ANGLETERRE.
1.—Que le Roy Très Chrestien, par ses lettres du xxe de septembre, mande au dict ambassadeur d'accorder les choses qui furent proposées à Fernan Castel, le xvıȷe d'aoust dernier, touchant le commerce d'entre la France et d'Angleterre, et que, de sa part, il veult et desire que toute contractation, tant par mer que par terre, et pareillement la navigation aillent libres et bien asseurées entre les communs subjectz de Leurs Majestez.
2.—Et la prie le dict Roy, son frère, qu'elle ayt agréable de faire abstenir ses dicts subjectz du fréquent et ordinaire commerce qu'ilz mènent à la Rochelle, pour jouyr et user de celluy que très libérallement il luy offre en toutz les aultres endroictz de son royaulme, avecques promesse d'y faire favorablement recuillyr et bien tretter les dictz subjectz de la dicte Dame, et les faire pourvoir des choses qu'ilz desirent avoir de son royaulme, avec aultant de commodité qu'ilz les pourroient recouvrer au dict lieu de la Rochelle.
3.—Touchant la restriction de ne pourter par les Françoys aulcunes sortes de merchandises de Flandres en Angleterre, ny d'Angleterre en Flandres, durant la suspencion des deux pays, le dict Roy, Son Seigneur, estime qu'il n'y a lieu d'en faire article à part, attandu les bons termes où l'on est d'accorder du premier jour ces différendz, se réservant toutesfoys, au cas que la Majesté de la dicte Dame persévère de le desirer, qu'il advisera avec son conseil du moyen que, sans contrevenir aulx trettez, il l'en pourra satisfaire, ainsy qu'il desire la gratiffier en beaulcoup plus grand chose que cella.
4.—De tant que les sieurs commissaires, ordonnez sur la restitution des prinses, n'ont peu satisfaire à l'exécution d'icelle dans le jour de St. Michel, comme il avoit esté arresté, le dict ambassadeur suplie très humblement la Majesté de la dicte Dame que son bon playsir soit accorder d'ung aultre jour, pour à icelluy réallement et véritablement faire la restitution des prinses, qui se trouveront en essence apartenir aulx Françoys; ou qui, par les dicts commissaires, aura esté desjà ordonné leur estre payées, affin qu'en mesme temps la restitution et mainlevée se face en France des biens des Anglois.
5.—Et que, des aultres choses dont les dicts commissaires n'ont encores donné deuhe condempnation au proffict des Françoys, Sa dicte Majesté veuille promettre qu'il leur en sera faict prompte justice, sans figure ne longueur de procès, à la mesure qu'ilz la viendront requérir, et qu'ilz pourront sommairement vériffier qu'elles leur apartiennent.
6.—Au regard des affaires de la Royne d'Escoce, le dict ambassadeur, de la part du Roy, Son Seigneur, et par son exprès mandement requiert deux choses:—La première, touchant la liberté et bon trettement de sa personne, qu'il playse à la Majesté de la Royne d'Angleterre commander qu'elle ne soit commise ez mains de ceulx qu'elle repputte ses ennemys, et qu'il ne luy soit dict ny fait aulcune chose qui ne convienne à la dignité de ce que Dieu l'a faicte estre princesse souveraine en la chrestienté, parante et alliée des plus grands princes chrestiens, expéciallement du Roy, Son Seigneur, et de la Majesté mesmes de la dicte Dame.
7.—La seconde, qu'elle veuille résouldre le Roy, son bon frère, du secours et assistance que Sa dicte Majesté entend donner à la dicte Royne d'Escoce, pour estre remise en son estat, sans laysser passer plus avant les mauvais subjectz de la dicte Dame à establir leurs affaires, comme ilz font, contre elle dans son propre pays; lesquelz luy ont desjà ruyné, et se préparent de luy ruyner encores davantaige, et de tiranniser ses bons et fidelles subjectz, et de vouloir, à toute force, luy emporter son chasteau de Dombertran; à quoy sera son bon playsir d'obvier par quelque bon expédiant et prompt remède, sellon qu'elle a toutjour promiz que oportunément elle le feroit.