Sur quoy je luy ay dict que Voz Majestez Très Chrestiennes avoient esté très ayses d'entendre l'acheminement du dict marquis par deçà, et que ces différendz allassent prendre ce bon trein d'accord que ung chacun y espéroit, et que m'aviez commandé luy offrir tout le service à quoy elle trouveroit bon de m'employer en cest endroict, au nom de Voz Majestez, ainsy que je luy voulois bien dire que j'avois desjà offert le semblable au dict sieur marquis et à monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, lesquelz j'avoys veuz en passant à Colbronc, où nous [nous] estions rencontrez; ce que la dicte Dame a heu bien fort agréable.

Et à ce propos, Sire, j'ay à vous dire que, jusques à vendredy dernier, je n'ay jamais peu obtenir que la dicte Dame m'ayt vollu permettre de visiter le dict ambassadeur, lequel aussi elle n'a encores aulcunement souffert venir en sa présence, mesmes y a heu beaulcoup à faire à la persuader qu'elle le layssât estre ung des depputtez de la conférance, mais enfin elle l'a consenty; et ainsy,—luy et le dict sieur marquis, et le sieur de Latour, secrétaire des Estatz de Flandres, et le Sr. de Fonges, homme bien lettré, toutz quatre pour le Roy d'Espaigne, et le milord Quiper, le marquis de Norampton, le comte de Lestre et le secrétaire Cécille, pour la Royne d'Angleterre,—conviendront, certains jours de la sepmaine, en la maison du parc de Vuyndesor pour tretter de ces différandz; mais, pour encores, la matière est si crue qu'on ne peult cognoistre quel boult elle fera, tant y a que, des deux costez, l'on monstre avoir grande espérance de l'accord; et ceulx d'icy semblent préparer le Sr. Piquelin comme pour l'envoyer, incontinent après le dict accord, ambassadeur en Espaigne. Néantmoins, de tant que les premiers articles, qu'on a proposez pour le Roy Catholique, semblent estre d'une si grande demande qu'on me l'a dicte monter à six millions d'or, j'ay opinion, joinct ce que j'ay compris du parler de la dicte Dame, que le pouvoir des dictz depputez d'Espaigne sera trouvé deffaillant, et non assés ample; et que, là dessus, la matière pourra estre acrochée. Et si, semble qu'on ayt aulcunement suspecte la venue du dict marquis par deçà, et qu'on crainct qu'il ne se suscite quelque nouvelleté dans le pays pendant qu'il y est, dont se tient ung grand aguet sur luy, et sur le dict ambassadeur d'Espaigne, et sur les dépesches qu'ilz font en Flandres; et en font, eulx aussi, plusieurs de leur part pour contenir et réprimer ce qu'ilz sentent, et qu'on dict assés ouvertement qui s'esmeut en divers endroictz de ce royaulme.

Au surplus, Sire, j'ay faict entendre à ceste princesse que Vostre Majesté avoit commandé au Sr. d'Amour de porter voz lettres de conjouissance à la Royne d'Escoce, sur la victoire que Dieu vous a donnée, avec ung semblable discours de ce qui y a succédé, comme vous le luy avez envoyé à elle; dont l'ay priée de luy octroyer ung passeport pour y aller, et que puysque l'abbé de Donfermelin a esté icy de la part du comte de Mora, et qu'elle l'a desjà renvoyé, qu'il luy playse meintennant satisfaire aulx choses, que je luy ay dernièrement requises pour la liberté et bon trettement de la personne de la Royne d'Escoce et pour le secours qu'elle luy veult bailler, affin de la restablir à sa couronne, et résister aux entreprinses que le comte de Mora va exécutant, de jour en jour, contre elle.

A quoy elle m'a respondu que, quant à l'abbé de Donfermelin, il avoit porté des commissions si estranges et mauvaises contre la Royne d'Escoce, que, si elle ne fût poinct offancée meintennant, elle mettroit peyne de les faire réparer au comte de Mora, quoy qu'il costât, mais qu'elle n'estoit aulcunement convyée de ce faire; et, quant aulx aultres choses que je luy avois requises pour elle, qu'elle avoit envoyé ung discours des tortz qu'elle luy avoit faictz à son ambassadeur Mr. Norrys, pour les faire au vray entendre à Voz Majestez, et qu'elle espéroit que vous les cognoistriez telz que dorsenavant vous seriez plus pour sa cause que pour celle de la Royne d'Escoce; et qu'elle vouldroit en toutes sortes honnorer voz messaiges et messaigiers, mais vous suplioyt ne trouver mauvais si elle ne permettoit, durant ce sien juste courroux, que ses subjectz vissent recepvoir une si grand visite, comme seroit celle de la part de Vostre Majesté à la dicte Royne d'Escoce; mais que si je luy voulois bailler voz lettres, que pour l'honneur d'icelles elle les luy feroit seurement tenir.

Je luy ay répliqué plusieurs choses là dessus bien fort vifvement, sellon que monsieur l'évesque de Roz et moy les avions auparavant bien pensées, mais elle est demeurée fermement résolue de ne vouloir en rien procéder sur les affaires de la dicte Royne d'Escoce, qu'elle n'ayt responce de ce que son ambassadeur vous en aura proposé.

Chiffre.—[Sur quoy Vostre Majesté trouvera ez mains du Sr. de Flemy de quoy pouvoir bien respondre au dict ambassadeur, mais il fault que ce soit en sorte que le dict ambassadeur ne cognoisse qu'on ayt envoyé en France la coppie de la lettre que les seigneurs de ce conseil ont escripte à la Royne d'Escoce pour le mariage du duc de Norfolc. J'ay receu nouvelles de la dicte Dame qu'elle se porte bien, et qu'elle est infinyement marrye que les lettres, qu'elle vous escripvoit dernièrement, ayent esté perdues avecques mon pacquet, et qu'il vous playse l'excuser meintennant, si elle ne vous escript; car n'a la liberté de faire ung seul mot que fort secrectement par le chiffre que nous avons ensemble. Elle vous reccommande sur toutes choses le secours de son chasteau de Dombertran. Le comte de Lenoz est dépesché pour aller en Escoce pour faire partie au secrétaire Ledinthon, que le comte de Mora veult faire exécuter comme coulpable du murtre du feu Roy d'Escoce. Sur ce, etc.

De Londres ce 1er de novembre 1569.

A la Royne.

Madame, ceste dépesche est pour vous faire toutjour entendre la continuation des choses, que par le Sr. de Vassal je vous ay naguières mandées, lesquelles sont en l'estat que Vostre Majesté verra en la lettre que j'escriptz au Roy, à laquelle me remettant, et attandant de vous renvoyer le Sr. d'Amour, aussitost qu'aurons recouvert les lettres de la response que la Royne d'Angleterre veult faire aulx vostres, je vous diray seulement, Madame, que ceste princesse a merveilleusement loué la valleur de Monseigneur vostre filz sur le gain de ceste bataille, et m'a dict qu'elle lyra avec affection le discours d'icelle, pour y trouver les actes généreux de son hardiesse; et qu'elle a entendu que le Roy s'est acheminé en son camp pour avoir part à la gloire, que les exploictz des armes ont accoustumé de produire aulx grandz princes; et en toutes sortes elle a parlé fort honnorablement de l'ung et de l'aultre, et pareillement de la digne et vertueuse conduicte que Vostre Majesté donne à leurs affaires. Mais aulcuns des siens, qui sont fort protestans, affin d'opposer toutjour quelque chose à la grandeur de la victoire, ont desja semé que les Viscomtes, nonobstant Mr. Damville, ont repassé les rivières, et se sont joinctz à monsieur l'Admyral; et que le dict Admyral, pour n'avoir fait guières grand perte de gens de cheval en ceste bataille, se trouve à ceste heure plus fort que jamais en campaigne. Tant y a qu'on m'a asseuré qu'ilz ne le croyent ainsy, et qu'ilz sçavent que desjà plusieurs familles sont passées de la Rochelle par deçà pour craincte du siège.

Il est arrivé despuys trois jours ung homme que le comte Pallatin a dépesché après l'arrivée de Mr. de Lizy, mais je ne sçay encores ce qu'il a proposé, et me sera très difficile de le descouvrir, parce que toutz ceulx qui ont meintennant le manyement en ceste court sont très passionnez protestans. Il semble que l'ambassadeur d'Espaigne et le marquis de Chetona ayent contraires adviz des choses d'Allemaigne, car le dict ambassadeur dict que [le duc de] Cazimir a vi mil reytres arrestez et que le duc Auguste en peult mettre cinq mil aux champs quant il vouldra, ainsy que le Sr. de Chanthonay par ses dernières le luy a escript; et le dict marquis dict que le duc d'Alve a les plus seurs adviz du dict pays que nul aultre, et qu'il est asseuré que le dict [duc] de Cazimir, encor qu'il ayt ung nombre de capitaines arrestez, n'a toutesfoys baillé l'antiguelt aulx soldatz pour les avoir bien prestz quant il vouldra, et qu'il y courra du temps assés, avant que sa levée commance de marcher, ainsy que fit celle du duc de Deux Pontz; et que le duc Auguste employe la grand authorité qu'il a en Allemaigne à estre mesnagier et se faire riche; et que si ceulx là viennent en armes, que le dict duc d'Alve leur yra incontinent au devant avec six mil chevaulx et douze mil hommes de pied, les meilleurs gens de guerre qui soyent soubz le ciel; discourant plusieurs aultres choses là dessus qu'il a faict cadrer à la parfaicte intelligence et grand confiance, dont aujourduy les affaires d'entre ces deux grandz Roys de France et d'Espaigne se conduysent.