En laquelle depposition, oultre que le dict de Northomberland charge les plus grandz de ce royaulme, l'on dict qu'il affirme, qu'ainsy que luy et le comte de Vuesmerland furent en campaigne, l'ambassadeur d'Espaigne et l'évesque de Roz envoyèrent devers eulx ung homme exprès, avec lettres, pour les conforter à leur entreprinse, et leur promettre un prochain secours du duc d'Alve, et pareillement de France, s'ilz se saysyssoient de quelque port.

Duquel acte de l'évesque de Roz la dicte Dame a prins argument que la Royne d'Escoce, sa Mestresse, a bien peu estre mellée en cella, et par conséquent moy à cause d'elle; car, aultrement, elle n'a aulcune conjecture que je m'en soys entremiz, ny que deçà ny dellà la mer il y ayt esté mené aulcune pratique au nom du Roy; et le dict acte n'est suffizant pour luy en fère prendre guières grande opinion, parce qu'il ne se trouve que j'aye rien escript, ny mesmes que j'aye dict une parolle, ny heu aulcune conférance, avec personne qu'elle ayt occasion de souspeçonner.

Elle reçoit assés souvant lettres d'aulcuns siens secrectz serviteurs, qui sont en Flandres, qui l'advertissent que le duc d'Alve prépare des entreprinses contre ce royaulme; et que la plus part de la noblesse d'Angleterre sont de son party; et que plusieurs d'icelle ont desjà receu force escuz au soleil de luy; dont j'entends que milord de Coban, depuys naguières, a envoyé quatre des dictes lettres tout à la foys en ceste court, les deux signées de noms supposez et les aultres non signées lesquelles estant leues; au conseil auquel s'est trouvé le comte de Pembrot, toutz les Protestantz ont incontinent jetté les yeux sur luy, et il a fort hardyment répondu que ceulx qui escripvoient telles lettres estoient toutz meschantz d'accuser ainsy en général la noblesse d'un royaulme, et, s'ilz avoient cueur ny valleur, ilz debvoient nommer ceulx qui ont prinz ces escuz et se nommer eulx mesmes pour le leur maintenir, mais que ce n'estoient que menteries, et que, quant la Royne, sa Mestresse, aura ses subjectz bien uniz, les effortz du duc d'Alve luy seront bien aysés à repousser.

Pour l'occasion de ces advertissements, l'on dict que la dicte Dame et ceulx de son conseil ont advisé de dresser une grand milice, d'envyron quatre vingtz dix mil hommes de pied et trente mil chevaulx en trois endroictz de ce royaulme; sçavoir: trente mil hommes de pied et dix mil chevaulx du costé de France vers le Ouest; aultant en Suffoc, Norfolc et Germue, qui regarde le pays de Flandres; et le tiers restant vers le costé du North contre l'Escoce; de quoy l'on asseure que les rolles et descriptions sont desjà bien avancez, et que surtout l'on s'esforce de dresser grand nombre de pistolliers, et mettre à cheval beaulcoup plus d'hommes qu'on n'a oncques faict de nul aultre règne.

Tout cest ordre est conduict par ceulx de la nouvelle religion, lesquelz, pour l'occasion des victoires du Roy et des batailles que Monsieur, son frère, a gaignées, et des préparatifs du duc d'Alve, et de ce qu'il leur semble qu'il se va trop establissant en Flandres, aussi pour la réduction du nouveau roy et du royaulme de Suède à la religion catholique, et pour le mouvement des Catholiques de ce pays, ilz sont entrez en grandes délibérations, et ont tenu plusieurs conseils comme ilz pourront conserver et maintenir leur nouvelle religion.

Et, bien que ceste Royne n'est d'elle mesme mal affectionnée à la partie des Catholiques, ains seroit pour requérir fort vollontiers la réunyon de l'esglize et ne s'opposer guières à ce qu'elle se fît par ung bon concille; néantmoins les Protestans la retiennent par une véhémente persuasion qu'ilz lui ont donné de la perte de son estat, si elle n'est toujours opposante à l'authorité de l'esglize romaine.

Ce que je conjecture par le propos qui s'ensuyt, lequel elle m'a naguières tenu, c'est qu'elle dict avoir deux grandes occasions de regarder de bien prez au faict de la Royne d'Escoce; l'une, parce que la dicte Dame ne s'est pas attribuée le tiltre de ce royaulme sans une bien profonde dellibération, et sans une fort grande opinion de son droict; l'autre, qu'elle voyt bien que la dicte Dame se veult prévaloir de la division de la religion, et cerche de s'insinuer par là ez cueurs de la noblesse d'Angleterre, et que desjà plusieurs briefz du Pape ont été interceuz, par lesquelz il déclare absoulz ceulx qui cy devant ont obéi à elle, bien que illégitime et scismatique, pourveu qu'ilz veuillent dorsenavant recevoir la Royne d'Escoce pour leur Dame et Princesse. Et a adjouxté qu'on se trompoit bien en cella; car, encor que le feu Roy, son père, eust espousé la Royne, sa mère, à la religion protestante, il a toutesfoys obtenu le rescript du Pape là dessus; par laquelle persuasion des dictz briefz, que je croy estre chose supposée, les Protestants retiennent bien fort le cueur de ceste princesse contre les Catholiques et contre la Royne d'Escosse, bien que j'ay miz peyne de luy en diminuer l'opinion tant que j'ay peu.

Chiffre. [Le premier jour de ceste année 1570, et le xe ensuyvant, monsieur l'ambassadeur d'Espaigne et moy avons esté en conférance en mon logis sur l'estat des choses de ce royaulme, et avons considéré que, puysque les Catholiques n'ont heu le cueur de s'ozer prévaloir de la première prinse d'armes qu'ilz avoient faicte avec une assemblée de quinze mil hommes, où y en avoit bon nombre de pied et de cheval bien armez et en bon équipage, et avec ung assés heureux commancement, sans que les Protestans fussent préparez ny pourveus pour leur résister, qu'il sera bien mal aysé, qu'à ceste heure qu'ilz les ont comme advertys, ilz puissent rien plus entreprendre; et qu'estant, au reste, le duc de Norfolc prisonnier, le comte d'Arondel fort réfroydy, celluy de Pembrot retourné à la court pour servir à ses amys, et conserver ses estatz et les estatz de ses enfans, milor de Lomelé encores en arrest et toutz les Catholiques en général fort inthimidez, qu'il est dangier que les Protestans, qui sont seulz en authorité, viegnent à tumultuer plus que jamais, et mener leurs pratiques, icy et en Allemaigne, et pareillement leurs entreprinses par mer et par terre, plus ouvertement qu'ilz n'ont encores fayct. Dont le dict ambassadeur, après que nous avons heu accordé l'ung à l'aultre ce que chacun de nous avons peu sentir que les dictz Protestans menoient contre l'intérest de nos Mestres, il m'a dit que le sien et pareillement le duc d'Alve avoient une très grande affection que ce royaulme fust réduict à la religion catholique, parce qu'on ne peult espérer que oltraiges et indignitez d'icelluy, tant qu'il demeurera entaché de ceste nouvelle religion; et, de tant qu'il s'asseuroit que le Roy, Mon Seigneur, avoit le semblable desir, il me prioyt fort affectueusement de lui persuader qu'il voulût escripre promptement une lettre au Roy Catholique, son beau frère, par laquelle il luy mît en avant la commune entreprinse d'entre eulx deulx contre l'Angleterre pour la restitution de la Royne d'Escosse, seulement, comme pour cause juste et apartenant proprement à Sa Majesté Très Chrestienne, et en laquelle il le pryât d'y vouloir employer ses forces; ce que le dict ambassadeur asseuroit que le dict Roy, son Mestre, accorderoit de fère plus vollontiers qu'il n'en seroit requis, et qu'après cella, les deux ensemble tinsent leur armement prest pour l'heure que nous, qui sommes sur les lieux, leur manderons; car, si les choses d'Angleterre n'étoient prinses sur le poinct qu'elles se présentent, elles estoient si soubdaines qu'on les perdoit incontinent;

Et que j'advertisse aussi Leurs Majestez Très Chrestiennes d'envoyer promptement devers le comte de Mora, pour le garder de ne randre les comtes de Northomberland et Vuesmerland à la Royne d'Angleterre; et que, pour la confédération que la France a non tant avec la Royne d'Escosse que avec sa couronne et avec toutz les Escossoys, ilz le voloient bien admonester de son debvoir en ce qui se offre, affin qu'il ne face ce tort à l'honneur de ce royaulme, où les dictz comtes ont heu leur reffuge, que de les randre au mandement des Anglois; et que mesmes, pour estre les biens et estats de toutz deux en la terre débattable, ou en celle de la conqueste faicte sur l'Escosse, qu'il se présente occasion, par leur moyen, de la recouvrer.

Ces mesmes choses m'a il faict despuys remonstrer par l'évesque de Roz, lequel toutesfoys ne les a prinses, pour luy mesmes, en suffisant payement de ce que, au nom de sa Mestresse, il a pryé le dict Sr ambassadeur de fère meintenant descendre en Escosse le secours de quatre mil hommes, et cent mil escuz, que le duc d'Alve a mandé avoir toutz prestz pour envoyer aulx deux comtes, s'ilz eussent peu meintenir encores quinze jours les armes; et qu'à cest effect, elle fera passer quelques seigneurs d'Escosse devers le dict duc pour adviser avecques luy de leur descente et réception dans le pays, et, si besoing est, elle envoyera un gentilhomme jusques au Roy d'Espaigne pour avoir son commandement; en quoy le dict ambassadeur a seulement promiz d'en escripre, mais qu'il failloit que, de mon costé, je fisse en dilligence ce qu'il m'avoit dict, et que surtout l'on fût bien advisé de ne toucher entre Leurs Très Chrestienne et Catholique Majestez ung seul mot du faict de la nouvelle religion de peur de mouvoir les Allemans.]