Madame, par le contenu de la lettre que j'escriptz au Roy, et par l'instruction que j'ay baillée au Sr de La Croix, je fays entendre à Vostre Majesté les principalles choses, qui me semblent regarder meintenant icy l'intérest des vostres; et ne vous diray davantaige, Madame, si n'est que le comte de Huntington, pendant qu'il a esté à la garde de la Royne d'Escosse, l'a si souvant sollicitée de se départir du propos du duc de Norfolc, pour entendre à celluy du comte de Lestre son beau frère, que, pour ne se pouvoir la dicte Dame excuser de quelque responce, elle luy a dict que, pour ceste heure, elle n'avoit rien moins à penser qu'à se marier, et qu'aussi le comte de Lestre avoit bien toute aultre prétencion, avec ce que, si elle contradisoit meintennant au desir de ces seigneurs, qui luy avoient si expressément escript en faveur du duc, elle craignoit fort de les irriter et offancer, et que le comte de Lestre mesmes, qui en estoit l'ung, prendroit une fort mauvaise opinion d'elle. De quoy l'aultre ne se contantant, et la pressant de luy fère une plus particullière responce, elle, enfin, luy a dict tout rondement, que, si la Royne d'Angleterre et les siens, lesquelz luy avoient proposé le duc, ne trouvoient bon que le propos passât en avant, qu'elle estoit toute résolue de n'espouser jamais Anglois. Sur ce il s'est advancé de dire qu'elle faisoit fort bien, car aussi tout ce royaulme inclinoyt à ce desir, et qu'il voyoit que, nonobstant toutz empeschemens, avant ne fût deux ans, elle et le duc seroient maryés ensemble. Puys luy a parlé fort expressément de quatre choses; la première, de tretter conjoinctement, entre l'Angleterre et l'Escosse, de l'establissement de la nouvelle religion; la segonde, de fère une bien seure et perpétuelle ligue entre les deux royaulmes; la troisiesme, de consentyr que, par décrect de parlement, ce royaulme soit, après elle, toutjour transféré aulx mâles plus prochains de la couronne, parce que le dict de Huntington vient de l'estoc d'iceulx; et la quatriesme, que Voz Majestez Très Chrestiennes veuillez depputter aulcuns pour assister, de vostre part, icy, aulx choses qui seront proposées, entre la dicte Dame et ses subjectz, sur la restitution d'elle, et sur le faict du feu Roy d'Escoce son mary. Et a adjouxté que monsieur le cardinal de Lorrayne feroit bien, comme prochain parant, d'intervenir au jugement d'une si grande cause.
Nous sommes après pour sçavoir d'où sont parvenus ces propos, et semble que le dict comte de Lestre ne les advouhe, et que mesmes il pense que la Royne d'Angleterre sera fort courroucée contre le dict Huntington, quant elle les saura, et que tout cella est party de l'invention du secrétaire Cecille. La dicte Royne d'Escoce a tiré ung adviz du dict de Huntington, que le prince d'Orange praticque de fère descendre dix mil Anglois en Flandres, et qu'avec cella, et ce qu'il prépare en Allemaigne, joinct l'intelligence du pays, il espère d'en chasser le duc d'Alve et les Espaignols, ce qui a esté notiffié à l'ambassadeur d'Espaigne. Sur ce, etc.
Ce xxıe jour de janvier 1570.
Aultre lettre a la Royne
(du dict jour, écrite en chiffres).
Madame, parce qu'on publie, icy, à mon grand regrect, qu'il n'y a bon accord entre le Roy et Monsieur, son frère, voz enfantz, et que douze des principalles citez de France s'opposent à ce que Voz Majestez ne puissent aulcunement accommoder, par voye de paciffication, les guerres de vostre royaulme; qui sont deux choses dont Vostre Majesté auroit, de la première, le plus extrême desplaisir, et nous, le plus notable dommaige qui nous pourroit onques advenir; et la segonde seroit pour torner à une fort pernicieuse conséquence contre l'auctorité du Roy, et droictement contre la vostre; mesmes qu'on m'a dict qu'en quelques endroictz du monde l'on faict desjà des desseings là dessus, et que ceste Royne m'en pourra possible toucher quelque mot, je vous suplie très humblement, Madame, me commander ce que j'auray à luy en respondre, ensemble à plusieurs seigneurs de ce royaulme, et mesmement aulx Catholiques, qui envoyent souvant m'en interroger, lesquelz demeurent toutz esbahys et desconfortez de ce que, sept sepmaines a, je n'ay nulles nouvelles de Voz Majestez; ausquelz toutesfoys j'ay bien desjà desnyé l'une et l'aultre de ces nouvelles, comme les tenant toutes deux fort faulces, et sur ce, etc.
MÉMOIRE ET INSTRUCTION de ce que le Sr de La Croix a à dire à Leurs Majestez, oultre le contenu de la dépesche.
De ces troubles du North, qu'encor qu'ilz ayent esté bientost apaysez, néantmoins, parce que, en mesme temps, s'est descouvert qu'en Norfolc l'on avoit entreprins de se saysir des armes, qui estoient ez maysons du duc de Norfolc, et de contraindre le sire Henry Hemart, son frère, d'estre chef d'une troupe de douze mil hommes qui se tenoient prestz pour marcher droict à la Tour de Londres, affin de tirer icelluy duc de pryson; et que, en Galles, les choses ne se monstroient guières plus paysibles, ceste Royne est demeurée en plusieurs doubtes et deffiances de ses subjectz.
Ce qui luy est augmenté par l'opinion, qu'elle a, que l'intelligence du duc d'Alve y soit bien avant meslée, sellon que, par l'examen d'aulcuns du North, qui ont esté exécutez, et de la depposition du comte de Northomberland, laquelle celluy de Mora a envoyée, il semble que cella luy ayt esté confirmé.