Or, Madame, je ne voys pas qu'il y ayt lieu de mettre, pour ceste heure, rien en avant de nostre costé, et, par ainsy, je m'en tayray du tout, ainsy qu'il vous playt me le commander, bien que je vous suplye de ne laysser de suyvre et escouter bénignement ce qu'on vous en pourra toucher, monstrant que les plus grandes difficultez vous semblent estre du costé de la dicte Dame; sans toutesfoys advancer parolle, de laquelle elle se puysse advantaiger. Et cependant je veilleray, plus que jamais, sur ce qui se pourra descouvrir ou venir en lumyère, propre à cest effect, vous voulant bien advertyr, au reste, Madame, que de France, l'on a naguières escript à la Royne d'Angleterre que Vostre Majesté ne desire aulcunement l'expédition des affères de la Royne d'Escoce, ains que vous auriez playsir qu'elle ne bougeât encores d'Angleterre; de quoy semble que l'évesque de Roz ayt heu un semblable adviz de ceste court, mais je luy ay faict cognoistre qu'il n'y a rien au monde plus faulx que cella. Sur ce, etc.

Ce ıxe jour de novembre 1570.

POURRA LE DICT SIEUR DE L'AUBESPINE, oultre le contenu de la dépesche, dire à Leurs Majestez:

Que quelques ungs du conseil d'Angleterre incistent fermement à la Royne, leur Mestresse, de ne debvoir, en façon du monde, tretter avec la Royne d'Escoce; et que, pour nulles menaces, ny effortz, qu'elle ayt à craindre du costé du Roy, elle né se doibt haster de la délivrer, car jugent que la paix ne sera de durée en France; et que, par aulcunes lettres et adviz, qu'ilz ont de dellà la mer, ilz ont descouvert que le Pape, le Roy d'Espaigne, et les Véniciens sont proprement ceulx qui ont conseillé de la fère ainsy qu'elle est, pour peur, qu'ilz avoient, que ceux de la nouvelle religion ne gaignassent tant d'advantaige, pendant que eulx seroient occupez en la guerre du Turc et en celle des Mores, qu'il ne fût, puys après, plus temps d'y remédier; et que néantmoins, ilz ont promiz au Roy, qu'aussitost qu'ils se verroient démeslez de ces deux guerres, qu'ilz luy fornyroient ung si notable secours qu'il pourroit fort ayséement purger son royaulme de toute ceste secte de Huguenotz;

Que cella se trouvoit ainsy confirmé par une dépesche de Mr le Nonce à l'aultre Nonce, qui est en Espaigne, laquelle avoit esté interceptée, et qu'on avoit trouvé dedans la coppie d'une lettre du Pape à Mr le cardinal de Lorrayne, qui en faisoit assés expresse mencion;

Que, nonobstant les bonnes démonstrations du Roy sur l'observance de la paix, que les aultres Princes et les principaulx de la court ozoient assés ouvertement déclairer qu'ilz l'avoient à contre cueur; et que, à Thoulouse et à Lyon, ne la vouloient encores bien recepvoir, ce qui estoit signe qu'elle s'en iroit plustost rompue que establye;

Et qu'ilz sçavoient que le Roy mesmes, accompaigné de Mrs les cardinaulx, et d'aulcuns princes, et aultres plus privez de son conseil, avoit, par acte fort secrect, dict et déclairé, en sa court de parlement de Paris, que son intention n'estoit d'entretenir aulcunement deux religions en son royaulme; et que ce, qu'il avoit instantment pourchassé la paix, avoit esté pour séparer l'armée des Huguenotz, et renvoyer les estrangiers; mais qu'après cella il mettroit aultre ordre et une meilleure forme aulx affères de la dicte religion; et que aulcuns des assistans avoient fort loué et magniffié son opinion, et avoient tout hault randu grâces à Dieu qu'il eust miz un si catholique desir dans le cueur de nostre Roy;

Que Messieurs les Princes et Admyral, estantz assez informez de cecy, se tenoient sur leurs gardes, et avoient desjà envoyé notiffier toutes ces particullaritez à leurs amys en Allemaigne; et que mesmes les cappitaines et colonnelz, qui estoient venuz vers Hembourg, pour s'asseurer de certaines levées de gens de guerre pour les princes protestans, en avoient parlé assés clair; par lesquelles remonstrances l'on a fort essayé de persuader la dicte Dame qu'elle devoit attandre l'événement de ces choses de France, premier que de rien remuer en celles d'Escoce.

Mais j'ay, à ceste heure, tout à propos, par la venue du dict Sr de L'Aubespine, notiffié à la dicte Dame, et assés publié en sa court, le bon ordre, que le Roy a prins, d'envoyer messieurs les mareschaulx et aultres seigneurs et cappitaines, avec des maistres de requestes et des commissaires, par toutz les lieux et provinces de son royaulme, pour y exécuter son éedict sans dilay, ni excuse; ce qui faict prendre à la dicte Dame et aulx siens meilleure opinion de nostre paix, et semble qu'elle se résould de passer oultre au tretté de la Royne d'Escoce.

Car voycy en quoy en sont meintennant les choses, que le secrétaire Cecille et maistre Mildmay, estans de retour vers elle, luy ont, d'entrée, protesté qu'encor qu'ilz eussent l'honneur d'estre toutz entièrement siens, ses conseillers et subjectz, qu'ilz avoient néantmoins juré à la Royne d'Escoce de luy rapporter aultant fidellement et à la vérité tout ce qu'ilz avoient veu, cogneu et ouy d'elle, comme s'ilz fussent ses propres messagiers; et ainsy ont faict leur raport si bon que la dicte Dame est demeurée fort satisfaicte de la dicte Royne, sa cousine, et en grande vollonté de conclurre ung bon tretté avec elle.