Sur quoy, icelluy Cecille luy a demandé d'où estoit doncques advenu que, pendant qu'ilz estoient sur le lieu, elle leur eust mandé d'agraver les condicions à la dicte Royne d'Escoce, et les luy proposer plus dures, qu'elle ne leur avoit commandé de le fère, quant ilz partirent:—«Prenez vous en, respondit elle, à millord Quiper, vostre beau frère; car c'est luy qui m'y a contraincte.»
Et j'ay sceu, à la vérité, que, quant le Sr de Valsingan revint de France, la dicte Dame assembla ceulx de son conseil pour déterminer des affères de la dicte Royne d'Escoce, suyvant ce que le Roy luy en mandoit, et leur ayant elle mesmes proposé les choses en une façon, qui la monstroient incliner bien fort à la restitution de la dicte Dame, le dict Quiper luy respondit seulement:—«Qu'il la voyoit si disposée en cest affère, qu'il ne failloit que l'exécuter, sans plus le mettre en dellibération.»—«Ouy, dict elle, beaucoup d'ocasions, à la vérité, me meuvent de le desirer ainsy: mais je veux modérer mon desir par vostre adviz.» Il répliqua soubdain:—«Qu'il estoit là pour la conseiller et non pour la contredire, et que, voyant son conseil ne pouvoir avoir lieu, qu'il se déportoit de le bailler.» Sur quoy la dicte Dame, assés en collère, luy adressa ces parolles:—«Je vous ay creu, ces deux ans passez, de toutes choses, en mon royaulme, et je n'y ay veu que troubles, despenses et dangiers. Je veux, à ceste heure, user, aultant de temps, de mon propre conseil, pour voir si je m'en trouveray mieux.» Et, sur ce poinct, elle se retira dans son cabinet; mais le dict Quiper et ceulx du conseil ne layssèrent pour cella, d'altérer assez la besoigne, et s'esforcèrent, par plusieurs moyens, de randre, touchant ceste négociation, bien fort suspect Cecille à la dicte Dame.
Néantmoins, despuys le retour du dict Cecille, ayant de rechef esté le conseil rassemblé pour ouyr son raport et les responces de la dicte Royne d'Escoce, encor que le dict Quiper se soit opiniastré contre la restitution d'elle, et soubstenu qu'on debvoit délaysser ce tretté, il semble qu'il n'ayt peu rien gaigner; et qu'à ceste occasion, il soit party de court mal contant; et que la dicte Royne d'Angleterre se soit confirmée, de plus en plus, de vouloir tretter.
Dont despuys, ayant Mr l'évesque de Roz esté devers elle, elle luy a dict:—«Que ses deux depputez luy avoient raporté beaucoup de satisfaction de la dicte Royne d'Escoce, et qu'elle trouvoit ses responces fort honnorables; dont elles deux s'acorderoient fort ayséement des aultres choses, qui sembloient demeurer encores en différant; et qu'il ne restoit plus que l'arrivée des depputez d'Escoce, lesquelz elle vouloit attandre, premier que de passer plus oultre.» Et, comme le dict sieur évesque luy toucha ung mot de la difficulté, qu'il y avoit, de conclurre la ligue, de peur de préjudicier à celle de France, et qu'il la pryoit qu'il en peult communiquer avecques moi:—«Je veulx bien, dict elle, que vous en communiquiez à l'ambassadeur du Roy, mais il ne fault que luy, ny aultre, m'estiment si sotte, puysque la Royne d'Escoce est entre mes mains, que je ne veuille bien pourvoir, premier qu'elle en sorte, qu'elle n'aille estre ung instrument à ung aultre prince de me fère la guerre.»
Et ainsy le dict sieur évesque de Roz, et moy, sommes après à conférer ensemble les articles et condicions, qu'on propose à la dicte Royne d'Escosse; en quoy je incisteray fermement que l'intention du Roy soit suyvye, ou, au moins, qu'il ne soit faict préjudice à rien, qui touche son service; et semble qu'il est expédiant d'accommoder ces affères par le présent tretté, sans les remettre à une aultre fois, car aultrement la dicte Dame et son estat restent en ung très grand dangier; et de tant que les dicts depputez d'Escosse sont desjà acheminez, sçavoir: du party de la Royne, milord Herys, milord Bonet et le dict sieur évesque, qui est desjà icy; et, de la part du régent, le comte de Morthon, milord Clames et l'abbé de Domfermelin; et qu'on les attand toutz dans six ou sept jours, et que desjà il se parle de l'entrevue des deux Roynes, ung chacun espère que l'accord réuscyra.
Pendant que les dicts depputez estoient avec la Royne d'Escosse, elle a dépesché ung sien tapissier, nommé Serve, en Flandres, devers milord de Sethon, luy apporter ung pouvoir et procuration d'elle, en forme, pour tretter avec le duc d'Alve; et luy communiquer les articles, que les dicts depputez luy ont proposez; et l'asseurer, qu'encor qu'elle soit en beaucoup de nécessitez, qu'elle toutesfoys ne conclurra rien sans l'adviz de ses amys. Néantmoins, elle a, d'elle mesmes, accordé, par une lettre de sa main, de bailler le Prince, son filz, à la Royne d'Angleterre; et l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, conseilloit néantmoins qu'elle luy accordât plustost les places de Dombertran, Lislebourg, et d'Esterlin, et force ostaiges, que non le dict Prince.
Les gracieulx propos et honnestes lettres, que la Royne d'Espaigne a mandez à la Royne d'Angleterre, sont cause que le dict sieur ambassadeur commance d'estre plus respecté et favorisé des Anglois qu'il ne souloit, et qu'il est recherché, soubz main, de vouloir demander audience de la dicte Dame, à laquelle il n'a parlé, xxıȷ moys a, et qu'elle la luy ottroyera fort vollontiers. Sur quoy il a respondu qu'en ayant esté plusieurs foys reffuzé, il importe beaucoup à l'honneur de son Maistre que la dicte Dame la luy veuille ottroyer d'elle mesmes; et, par ainsy, qu'il est dellibéré d'attandre qu'elle le luy mande, ou le luy face dire par quelcun des siens.
Et cependant, l'on a pareillement recerché le Sr Ridolfy de reprendre le propos de l'accord des différans des prinses, sellon ce qu'il en avoit quelquefoys miz en avant, dont desjà il en a escript une lettre à Mr le comte de Lestre, qui monstre d'y avoir quelque affection, et il a esté assés bien respondu. Je croy que cest affère se rendra de tant plus facille, que les Anglois trouveront de difficultez en nous; et semble que Mr Norrys se soit, puys peu de jours, pleinct de quelque deffaveur, qu'on luy a faicte en France, et que sa Mestresse en soit bien mal contante:
Comme aussi le Sr de Valsingan, parmy les propos, qu'il m'a tenuz, des honnestes faveurs, qu'il avoit receues de Leurs Majestez Très Chrestiennes, il y a meslé je ne sçay quoy de deffaveur, qu'il luy sembloit que le Roy luy ayt faict, en la seconde audience, de ne luy avoir monstré si bon visage, ny usé de si gracieuses parolles, que en la première; et d'avoir, luy présent, dict à Mr Norrys qu'il estoit marry qu'il s'en volust sitost retourner, l'ayant trouvé homme de bien en sa charge; et qu'il vouloit prier la Royne d'Angleterre, sa bonne sœur, de ne luy bailler poinct de successeur, qui fût turbulant, ny homme qui n'aymât la paix et le repos; comme si Sa Majesté entendoit de dresser ce propos à luy, car il estoit en termes de luy succéder; et qu'il croyoit que Mr de Glasco luy eust faict donner ceste attache, bien qu'il ne se soit, à ce qu'il dict, jamais ingéré ez affères de la Royne d'Escosse, sinon quant la Royne, sa Mestresse, le luy a commandé; et que je sçay bien qu'il fault obéyr à son naturel prince, quant il commande quelque chose.
Ce qui l'avoit fort descouragé d'accepter la légation en France, craignant de n'estre agréable à Sa Majesté; toutesfoys que la Royne, sa Mestresse, luy avoit commandé de s'aprester, me priant d'asseurer Leurs dictes Majestez Très Chrestiennes que nul jamais ne tiendra ce lieu, qui ayt plus droicte intention à meintenir la paix et la bonne amytié entre nos deux Maistres et leurs deux royaumes que luy; et que, s'en allant l'affère de la Royne d'Escoce composé, il luy sembloit qu'il ne restoit plus aulcune occasion de différant entre la France et l'Angleterre. A toutes lesquelles choses je luy ay respondu, sellon l'honneur et grandeur du Roy, et comme il debvoit prendre la franchise du parler de Sa Majesté en bonne part; et luy ay donné, au reste, toute bonne espérance de sa légation, voyant qu'aussi bien elle luy estoit desjà commise; et estime l'on qu'encor qu'il soit tenu pour homme fort affectionné à la religion nouvelle, et assés contraire de la Royne d'Escoce, que néantmoins il se rendra modéré.