Il ne se publie encores rien de la responce, que le jeune Coban a raportée de l'Empereur; pourra estre qu'avant mes premières j'en auray aprins quelque chose pour le vous mander, mais, quant à l'allemant, qui estoit arrivé ung peu devant luy, c'est ung capitaine qui s'appelle sire Mans Olsamer, d'Auxbourg, qui desire estre receu au service et à la pencion de la Royne d'Angleterre; et, pour tesmoignage de sa valleur, il a aporté des lettres de recommendation du duc Auguste, et quelque présent de coffres d'Allemaigne à la dicte Dame, et six belles pères de pistollés au comte de Lestre. L'on estime que luy et ung aultre ambassadeur, que le comte Pallatin et le comte de Mansfelt en mesmes temps envoyé icy, par prétexte de quelque reste de payement de reistres, poursuyvent ce que leurs aultres ambassadeurs, l'esté passé, avoient miz en avant d'une ligue avec ceste princesse, dont je mettray peyne d'en entendre ce qui en est.
L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict qu'on avoit icy adviz d'Irlande comme les sauvaiges ont surprins ung chasteau sur ung port de mer, appartenant au comte d'Esmont, prisonnier en la Tour de Londres, lequel la Royne d'Angleterre avoit commis en garde à quelque aultre gentilhomme du pays, et que les dicts sauvaiges y ont miz une garnyzon de Bretons, de quoy l'on ne m'a encores parlé, et je n'en ay poinct d'adviz d'ailleurs; ayant au reste, Sire, bien dilligement considéré ce que Vostre Majesté m'a escript, du premier de ce moys, touchant le dict pays, qui est une chose qui se raporte assés bien à ce que je vous en manday, dez le xȷe de juing dernier; et me semble, Sire, que ceulx cy ont meintennant fort oublyé la plus grand souspeçon qu'ilz eussent en cest endroict, car ilz n'ont nul appareil sur mer; et si, estiment que l'Espaigne n'est encores bien délivrée des Mores, et que le Roy Catholique a receu honte et perte en l'entreprinse du Levant, n'ayant son armée de rien servy au secours de Nicocye[21], ny rien exploicté de bien, en tout le voyage, que la perte de quatre ou cinq mil soldatz, et s'est retirée, sans bonne intelligence, d'avec celles des aultres allyez. Possible qu'ilz s'endorment ez belles parolles du duc d'Alve. J'essayeray de voir, ung peu de près, où en sont, à présent, les choses, affin de vous en escripre plus à certain par mes premières; mais il est requis, Sire, qu'on y ayt principallement l'œil ouvert du costé d'Espaigne et de Flandres; car c'est là, où desjà sont passez ceulx qui ont à conduyre l'entreprinse, si aulcune s'en faict. Sur ce etc. Ce xvııȷe jour de décembre 1570.
CLIe DÉPESCHE
—du XXIIIe jour de décembre 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais, par Jehan Monyer.)
Retour de sir Henri Coban de sa mission en Allemagne.—Rapport qu'il fait à la reine de ce qui s'est passé aux fiançailles du roi à Spire.—Conférence de l'ambassadeur et de lord Buchard.—Instructions qui ont été données à lord Buchard par la reine d'Angleterre.—Espoir de l'ambassadeur de ramener Élisabeth à une entière confiance dans le roi.—Convalescence de Marie Stuart.
Au Roy.
Sire, j'ay fort dilligemment cerché de sçavoir si ceulx cy avoient nul sentyment de l'aprest, que Vostre Majesté m'a mandé par sa lettre du premier de ce mois, mais je trouve qu'ilz ne se deffient à ceste heure, peu ny prou, de cest endroict, estans en termes de bien accorder leurs différans avec le duc d'Alve; et ayant la Royne d'Angleterre receu, par le retour du jeune Coban, qui a repassé par Flandres, une lettre du Roy Catholique et une aultre du dict duc, desquelles, à la vérité, je ne sçay encores la teneur; tant y a que le dict duc luy faict espérer beaucoup de l'amytié de son Maistre, et luy promect plusieurs bons offices de sa part; sur quoy elle et les siens sont à présent endormys. Il est vray qu'ayant la responce, que icelluy duc a faicte au depputé d'icy, (laquelle, du commancement, avoit semblé fort raysonnable), esté baillée à examiner aulx gens de lettre de ceste ville, ilz l'ont en quelque part trouvé captieuse, de sorte qu'on estime qu'il y aura encores bien à débattre. Le dict jeune Coban a faict ung honnorable rapport des fianceailles de Vostre Majesté, lesquelles il a veues cellébrer à Spire, et de la bonne grâce, vertu et débonaireté de la Royne, des vertueulx déportemens de Mr le comte de Retz aus dites fianceailles, avec honneur et dignité, et pareillement de monsieur le comte de Fiesque, et de toutz les Françoys, qui estoient en leur compaignie; et s'est loué des honnorables propos, que le dict Sr comte de Retz luy a tenuz de la Royne d'Angleterre, sa Mestresse, et de la faveur qu'il luy a faicte particulièrement à luy; mais quant aulx aultres contantemens, qu'il a raporté de la cour de l'Empereur, j'entendz que sa dicte Mestresse ne les a aulcunement goustez, ains qu'elle demeure offancée des responces, que l'Empereur luy a faictes; lesquelles j'espère que, par mes premières, je les vous pourray mander.
Lundy dernier, Mr de Valsingan me fit ung somptueulx festin, auquel il appella milord de Boucart, le comte de Rotheland, et une trouppe des plus habilles hommes de bonne qualité de ceste ville, qui me vinrent quérir fort honnorablement en mon logis; il me dict qu'il estoit du tout dépesché pour aller succéder à Mr Norrys, et qu'il me donnoit parolle, en homme de bien, de se comporter en telle sorte, en sa légation, que Vostre Majesté en auroit tout contentement; et me fit toute ceste compaignie une fort honneste démonstration de bienveuillance envers la France. Le dict Sr de Boucard me dict, à part, que sa Mestresse luy avoit commancé de bailler son instruction, et que, sans les choses que son ambassadeur luy avoit escriptes, elle eust faict fère le voyage par le comte de Lestre, lequel, à présent, ne pouvoit plus estre ainsy bien prest comme elle le desireroit; bien que je luy eusse, à ce qu'elle disoit, desjà interprété en si bonne sorte ce que Vostre Majesté avoit faict et dict, en l'endroict de son ambassadeur, qu'elle en demeuroit fort satisfaicte, mais qu'elle vouloit que le dict de Boucart accomplyst si honnorablement ceste légation au lieu du dict de Lestre, que Voz Majestez Très Chrestiennes, et toute la France, en puissiez recepvoir le contantement, qu'elle desireroit; et luy avoit parlé en une façon qu'elle monstroit ne vous porter moins bonne affection, que si elle vous estoit propre sœur germayne, et qu'elle fût vrayement fille de la Royne, vostre mère; et qu'il y en avoit, qui luy conseilloient de composer aultrement son langaige, quant il seroit en France, mais qu'il n'avoit garde, et qu'il vous représenteroit droictement les propos de sa Mestresse. Il est, à la vérité, ung bien modeste gentilhomme, et aussi bien intentionné que j'en cognoisse poinct en ceste court, il eust desiré que le terme de vostre entrée à Paris n'eust pas esté si court, affin d'avoir plus de loysir de se préparer; et luy ay donné quelque espérance qu'elle pourra estre prolongée jusques au vııȷe ou xe de janvier.