Monsieur le comte de Lecestre m'a envoyé dire, ce matin, par ung de ses gentishommes, qu'il a continué vers la Royne, sa Mestresse, la négociation que j'avois commancée avec luy, suyvant laquelle ayant priz en bonne part noz remonstrances, elle s'est résolue de persévérer en tous debvoirs de bonne amytié vers Vostre Majesté, et qu'elle envoyera une bien honnorable ambassade en France, pour fère la conjouyssance de voz nopces et de la venue de la Royne. J'entendz que ce sera milord Boucart, parant en mesme degré de la dicte dame qu'est milord d'Ousdon. Sur ce, etc. Ce xııȷe jour de décembre 1570.
CLe DÉPESCHE
—du XVIIIe jour de décembre 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Nouvelles de la santé de Marie Stuart.—Préparatifs de départ de lord Buchard et des seigneurs de sa suite pour assister aux fêtes du mariage du roi.—Négociation des Pays-Bas.—Nouvelles d'Allemagne.—Affaires d'Irlande.
Au Roy.
Sire, suyvant ce que, en mes précédantes du xııȷe de ce moys, j'avois espéré de vous pouvoir, par celles de ceste heure, mander de bonnes nouvelles de la Royne d'Escoce, il est advenu que Mr l'évesque de Roz m'a escript, du xȷe de ce moys, tout l'estat auquel il l'a trouvée, quant il est arrivé vers elle; qui est chose pitoyable à ouyr, mesmes que, oultre la complication de beaucoup de malladies, qui la pressent, elle est affligée d'ung extrême ennuy de ses affères, et d'un crèvecueur trop grand, qu'elle a d'aulcunes mauvaises parolles qu'on a aprins au Prince d'Escoce, son filz, de proférer d'elle. Néantmoins, par la bonne dilligence et les bons remèdes, qu'on luy a usé, les médecins jugent qu'elle est à présent hors de dangier; ce que je vous confirmeray, Sire, par mes subséquentes, sellon la certitude qui m'en viendra chacun jour. Les depputez de son party ne sont encores arrivez, et estime l'on qu'on a changé l'ellection, et que le comte d'Athil, ou celluy d'Arguil, avec milord Herys, seront envoyés. Leur longueur aporte beaucoup de retardement à leurs propres affères, et à ceulx de leur Mestresse.
Cependand milord Boucard se met au plus honneste équipage qu'il peult, pour aller trouver Vostre Majesté, et a commandé la Royne, sa Mestresse, au comte de Rotheland, et encores à vingt chevaliers ou gentishommes de sa court, de l'acompaigner, monstrant qu'elle veult honnorer, à son pouvoir, ce tant illustre mariage des deux personnes, qui sont les plus royalles et de la plus haute extraction de la Chrestienté, et d'honnorer encores particullièrement la venue de la Royne, comme d'une princesse, que, oultre les communes occasions de leur mutuelle bienveuillance, elle veult, pour l'honneur de l'Empereur, son père, contracter une fort estroicte et bien fort espécialle amytié avec elle. Et s'attand bien aussi la dicte Dame que Voz trois Majestez Très Chrestiennes et Messeigneurs voz frères, et Mesdames voz sœurs, et pareillement toute la France, luy gratiffierez ceste sienne bienveuillance et grande démonstration; laquelle je vous puys asseurer, Sire, qu'on me la tesmoigne icy pour une fort grande expression du desir, qu'elle a, de persévérer en toute bonne amytié avec Vostre Majesté, et d'accommoder encores, pour l'honneur de vous, les affères de la Royne d'Escoce; ce que je remets bien à le voir par les effectz. Tant y a que je vous suplie très humblement, Sire, de commander que les choses, qui conviennent à bien et favorablement recepvoir une si notable ambassade, soient ordonnées de bonne heure.
Au regard des différans de Flandres, j'entendz que le duc d'Alve a faict remonstrer, soubz main, au depputé de la Royne d'Angleterre qu'il ne pouvoit, en façon du monde, accepter son offre de prandre les merchandises d'Angleterre au pris qu'elles avoient esté vandues; car il y feroit, par trop, le dommaige de son Maistre, mais qu'il s'esforceroit bien de luy fère trouver bon que ce fût sellon qu'elles avoient vallu en Envers, ung mois auparavant les saysies, parce que l'empeschement, survenu despuys, sur le commun commerce des deux pays, les avoit faictes venir beaucoup plus chères; et que c'estoit ung expédiant, qui luy sembloit fort raysonnable, et par lequel il espéroit qu'on viendroit facillement au moyen d'accommoder les aultres affères du commerce, et de l'entrecours, et de toutz les différans qu'ilz pouvoient avoir ensemble; auquel expédiant, Sire, semble que ceulx cy condescendront, mais, de tant que le dict duc n'en a encores rien escript à l'ambassadeur, qui est icy, l'on estime que ce n'est matière bien preste.