Je pense avoir desjà tant rabattu de courroux de la Royne d'Angleterre que, si elle n'envoye le comte de Lestre en France, que au moins y dépeschera elle ung aultre milord de bonne qualité.
CXLIXe DÉPESCHE
—du XIIIe jour de décembre 1570.—
(Envoyée jusques à la court par Antoine Jaquet, chevaulcheur.)
Maladie de Marie Stuart.—État de la négociation qui la concerne.—Incertitude sur la négociation des Pays-Bas.—Nouvelles d'Allemagne.—Réclamations relatives aux plaintes des négocians de Rouen et de la Bretagne.—Résolution de la reine d'Angleterre d'envoyer un ambassadeur en France, à l'occasion du mariage du roi.
Au Roy.
Sire, il n'est venu aulcunes nouvelles de la Royne d'Escosse despuys mes aultres lettres, de devant celles icy, lesquelles sont du septième de ce mois, qui est signe, Sire, qu'elle se trouve mieulx, ou au moins qu'elle ne va en empyrant; car son mal est assés tost publié en ce royaulme. J'espère que, par mes premières, je vous pourray mander quelque chose de particullier de sa convalescence, sellon que les bons mèdecins, qu'on lui a admené d'icy, et les bons remèdes qu'on luy a envoyez, luy auront, avec l'ayde de Dieu, peu servir. Cependant l'abbé de Domfermelin a fort négocié en ceste court, pour interrompre le tretté, mais il ne l'a peu fère; dont, voyant que la Royne d'Angleterre incistoit toutjour que les depputez de son party vinssent, il s'est résolu de les attandre icy, et a dépesché ser Guilhaume Stuart en poste pour les aller quéryr, et pour apporter une dépesche et responce de la dicte Dame au comte de Lenos. Il estime que les comtes de Morthon et de Glames viendront. L'on a opinion que les depputez de l'aultre party sont desjà à Cheffil avec la Royne d'Escosse, leur Mestresse, et que l'évesque de Roz, qui l'est allée trouver, les admènera bientost par deçà. Je vays, en son absence, entretenant, la plus vifve que je puys, la pratique du dict tretté et, par toutes les sondes que je y fays, je trouve que la résolution demeure ferme de passer oultre; non que pour cella, Sire, il ne s'y voye beaucoup de difficultez, semblables à celles du passé, et mesmes que le comte de Sussex, à son arrivée, y en a semé plusieurs de celles qui tesmoignent le regrect, qu'il a, d'estre depposé de sa charge, et de ce que son armée luy a esté cassée, magniffiant ces derniers exploictz d'Escosse, et monstrant combien il seroit facille, et hors de dangier, d'y en exécuter de plus grandz, veu les ordinaires empeschemens, que Vostre Majesté et les princes de dellà la mer ont en leurs affères. Néantmoins l'on pourra juger plus à clair du succez de cest affère, quant toutz les depputez seront achevez d'arriver, ce que je n'espère devant le huictiesme de janvier.
Il est, coup sur coup, arrivé trois courriers de Flandres, qui sont allez descendre au logis du secrétaire Cecille en ceste ville, où il est encores mallade; qui les a examinez à part, et les a assés tost expédiez vers la Royne sa Mestresse, sans permettre qu'ilz ayent rien publié de leur dépesche. Tant y a que j'ay ung adviz d'assez bon lieu, que le duc d'Alve, en baillant sa responce au depputté de la dicte Dame, ne luy a accepté son offre, ny aussy ne la luy a reffuzée; mais il luy a miz en avant d'aultres gracieulx expédientz, par lesquelz il faict espérer à ceste princesse, et aulx siens, que non seulement le faict de ces prinses, mais aussi celluy du commerce et de l'entrecours, et pareillement toutz aultres différans, d'entre le Roy Catholique et elle, et d'entre leurs pays et subjectz, se pourront facillement accommoder, avant la fin de febvrier, ou au moins, dans tout le mois de mars. Je ne sçay si elle s'y endormyra, mais ceulx de son conseil monstrent qu'il y a une extrême nécessité de trafiquer en ce royaulme, et pressent bien fort l'ambassadeur d'Espaigne de leur ottroyer des passeportz, pour envoyer des navyres et merchandises en Biscaye et Andelouzie.
Le jeune Coban est arrivé, despuys trois jours, en ceste court, lequel n'a passé en ceste ville; dont n'ay encores rien aprins de certain de ce qu'il a raporté de sa légation. Il est vray que quelques lettres sont venues d'Allemaigne, par lesquelles l'on escript que l'Empereur luy a notiffié le mariage de l'archiduc Charles, son frère, avec la fille de Bavière, et que cella, avec quelques bonnes parolles d'amytié, ont esté toute la substance de la responce qu'il luy a faicte.
Il a esté procédé si gracieusement ez choses de Lenclastre, que les sires Thomas et Edouart Stanlays et le sire Thomas Gerard, soubz parolles de seureté, se sont enfin venuz représanter en ceste court, où le comte de Lestre et le secrétaire Cecille leur ont, d'entrée, monstré grand faveur. Je ne sçay quelle sera l'yssue de leur faict. Le dict secrétaire Cecille m'a envoyé, par le Sr de Quillegray, son beau frère, la responce, que les maire et eschevins de Londres font aulx remonstrances de voz subjectz de Roan, et m'a mandé que, si les dicts de Roan ne s'en contentent, qu'ilz les apostillent, ou bien qu'ilz depputent deux d'entre eulx pour en conférer avec deux aultres de Londres, affin de s'en accommoder ensemble. Car sa Mestresse; desire que, pour l'honneur de Vostre Majesté, ilz soyent contantés, et le commerce continué. Et m'a dict aussi le dict Cecille que, pour remédier aulx désordres d'entre la Bretaigne et l'Angleterre, il vous playse, Sire, ordonner à Mr de Montpensier de fère une recerche des prinses et déprédations faictes aux Anglois par dellà, et y depputer des commissaires pour en juger sommairement; et sa dicte Mestresse pourvoyra de fère le semblable par deçà, pour la restitution des biens des Bretons, et qu'aultrement le commerce d'entre les deux pays va estre de tout interrompu.