Et se continua assés longtemps ce propos entre la dicte Dame et moy, au millieu duquel, me venant à toucher des différans, qu'elle accusoit le duc d'Alve luy avoir succité avec le Roy son Maistre, me dict que je serois tout esbahy si je sçavois quelles choses le dict duc, despuys ung mois, avait vollu tretter avec elle, au préjudice de ses voysins, ce qu'elle réservoit à une aultre foys, et que néantmoins c'estoit une parenthèse digne de noter.
Or, Sire, touchant les dicts différans, le depputé d'Angleterre, qui est aulx Pays Bas, a escript, ceste foys, à la dicte Dame qu'il avoit présenté à icelluy duc les derniers articles, qu'elle luy avoit envoyez; qui les avoit cognuz si raysonnables que, ne luy restant plus que contredire pourquoy il ne les deubt accepter, il avoit respondu qu'il y vouloit penser: et ainsy le faict en demeure là, qui se conforme assés à ce que Vostre Majesté m'en a mandé, en chiffre, par ses dernières du ııȷe du présent, que j'ay bien notté. Et sur ce, etc. Ce xxııȷe jour de janvier 1571.
A la Royne.
(Lettre à part.)
Madame, s'estant Mr le cardinal de Chatillon, jeudy dernier, convyé à disner en mon logis, il m'a compté la favorable expédition, qu'il a obtenue de Voz Majestez, sur le recouvrement de ses biens, et comme il s'en est venu conjouyr avec la Royne d'Angleterre; et puys m'a parlé du faict de la petite lettre en bien fort bonne sorte, et que ce dont je m'estois plainct au comte de Lestre, que le propos en estoit trop divulgué, n'estoit procédé d'ailleurs que du peu de discrétion, que le vydame y avoit tenu, qui en avoit parlé et escript icy et en France à trop de gens, et que, de sa part, il n'en avoit jamais faict rien sçavoir qu'à Voz Majestez; desquelles, après qu'il avoit heu responce, il y avoit procédé le plus secrectement qu'il avoit peu; et que les choses en estoient en assés bons termes, et ceux du conseil en beaucoup de diverses opinions là dessus entre eulx, mais qu'il n'y avoit encores rien de conclud. Sur quoy luy ayant aprouvé grandement son intention et les sages moyens, qu'il tenoit, pour la bien conduyre, je l'ay sondé de plusieurs endroictz pour voir s'il y avoit nulle aultre fin et prétention en luy que celle qu'il monstroit en aparance; mais toutz ses propos sont revenuz à la considération de la grandeur que ce seroit pour Monsieur, et combien elle accroistroit celle du Roy et de sa couronne, et ravalleroit d'aultant celle d'Espaigne; ne me touchant toutesfois tant de particullaritez de l'affaire comme j'en sçavois, et comme je vous en ay desjà escript; dont j'ai fait semblant d'en sçavoir encores moins, attendant si Vostre Majesté (pour y procéder avec plus de lumyère, par les adviz que pourrons avoir de divers lieux) trouvera bon que nous nous communiquons secrectement l'ung à l'aultre, car je croy bien que les Protestans reçoipvent mieulx ce propos, venant du dict sieur cardinal que ne feroient de moy. Et il y va, à mon opinion, d'une droicte et bien bonne vollonté.
Les Catholiques, qui sont la partie la plus grande, plus noble et plus forte, et où y a plus d'asseurance, le tiennent fort suspect, et vouldroient avoir quelque asseurance de Voz Majestez par mon moyen. La dicte Dame nous oyt fort bien, et avec grande affection, l'ung et l'aultre, dont Vostre Majesté me commandera comme j'en auray à uzer; et seulement vous suplie très humblement, Madame, de réserver, entre le Roy et Vous, et Monsieur, ce que je vous ay escript par ma petite lettre de devant ceste cy, et ce que, cy après, je vous pourray escripre ou mander des propos, que la dicte Dame tiendra en privé, ou avec ceulx de son conseil, sans qu'il se puysse jamais cognoistre qu'ilz vous viennent de moy. J'ay dict à Mr le cardinal que si le propos alloit en avant, qu'il estoit bien besoing de le conduyre à ce poinct qu'on ne s'advançât de le publier, ny de faire aulcune ouverte démonstration, du costé de Voz Majestez, d'y vouloir entendre, jusques à ce qu'on le vît tout conclud et bien arresté; car, puys après, l'on y adjouxteroit bien toutz les honnorables actes et respectz, qu'on vouldroit; et que surtout il n'y fût usé de longueur ny de remises. A quoy il m'a respondu que, le lendemain, il estoit convyé en court et qu'il verroit ce qu'il y pourroit advancer.
J'ay sceu, Madame, que, pendant que nous estions ensemble, la Royne d'Angleterre estoit enfermée avec ceulx de son conseil pour prandre résolution de ce qu'elle debvoit respondre au dict sieur cardinal, et qu'elle a la matière si à cueur qu'elle ne prend playsir de parler, ny ouyr parler, d'aultre chose; et, de ma part, Madame, tant plus je considère le party, plus il me semble estre grand, honnorable et advantageux pour le Roy, et pour Monsieur; dont je ne desire sinon qu'il soit exempt de tromperie, comme je prendray bien garde, du plus prez qu'il me sera possible, qu'il n'y en ayt point, et que Dieu le veuille bien achever. Et sur ce, etc. Ce xxııȷe jour de janvier 1571.
Millord de Boucard est bien fort affectionné à ce propos, et desire y estre employé. Sa Mestresse luy a dict qu'elle réserve de lui bailler son instruction à l'heure qu'il partyra. J'entendz que le comte de Lestre, si cella va en avant, est desjà désigné à passer en France pour l'aller conclurre. Je suys convyé aujourduy avecques la Royne; sur ceste bonne occasion, je notteray ce qu'elle me dira.
ADVIZ SUR LES CHOSES D'IRLANDE:
Que on auroit suborné certaines gens pour pratiquer et suciter une rébellion en Yrlande, dont ung d'eulx se nomme de La Roche, gouverneur de Morlays en la Basse Bretaigne, qui s'en est allé là, avecques quatre navyres, pour se randre en l'endroict où le comte de Desmond se tenoit, et qu'il s'en est retourné de là et a admené avecques luy ung gentilhomme, nommé Fitz Maurice, qui, pour le présent, se tient secrectement en la Basse Bretaigne, et sollicite d'avoir des forces pour les mener ce printemps en Yrlande.