Que le capitaine de Brest auroit prins ung fort, nommé d'Ingin, et une petite isle, non guières loing de là, en Yrlande.
CLVIIe DÉPESCHE
—du dernier jour de janvier 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer.)
Réjouissances faites à Londres pour célébrer la rentrée d'Élisabeth.—Conversation de la reine et de l'ambassadeur au sujet de cette fête.—Affaires d'Écosse.—État de la négociation des Pays-Bas.—Nouvelles d'Allemagne et d'Espagne.—Lettre secrète à la reine-mère. Négociation du mariage du duc d'Anjou.
Au Roy.
Sire, le jour que j'ay esté convyé, pour accompaigner la Royne d'Angleterre au festin de la Bource, n'a esté guières moins solemnel en Londres, que celluy du couronnement de la dicte Dame, car on l'y a receue avec concours de peuple, les rues tandues, et chacun en ordre et en son rang, comme si ce eust esté sa première entrée; et elle a heu grand playsir que j'y aye assisté, parce qu'il s'y est monstré plus de grandeur, ainsy soubdain, que si la chose eust esté préméditée de longtemps; et n'a obmiz la dicte Dame de me faire remarquer l'affection et dévotion qui s'est veue en ce grand peuple; lequel, despuys le matin jusques à l'heure qu'ayant donné le nouveau nom de Change Real à la Bource, elle s'est vollue retirer, envyron les huict heures de nuict, il ne s'est lassé d'estre par les rues, les ungs en leur rang, les aultres à la foule, avec force torches, pour l'honnorer, et luy faire mille acclamations de joye, chose qu'elle m'a demandée si, au petit pied, ne me faisoit pas souvenir des resjouyssances, qu'on faisoit à Paris, quant Vostre Majesté y arrivoit; et qu'elle me confessoit tout librement qu'il luy faisoit grand bien au cueur de se veoir ainsy aymée et desirée de ses subjectz, lesquelz elle sçavoit n'avoir nul plus grand regrect que, la cognoissant mortelle, ilz ne voyoient nul certain successeur, yssu d'elle, pour régner sur eulx, après sa mort; et que la France estoit très heureuse de cognoistre ses Roys, et ceulx qui, par ordre, debvoient, les ungs après les aultres, succéder à la couronne.
J'ay respondu, le plus au contentement et satisfaction de la dicte Dame, à toutz ses propos, qu'il m'a esté possible, louant beaucoup ce que je voyois de sa grandeur, qui estoit à priser, sans rabattre néantmoins rien de ce qu'on sçait assés estre de plus en la vostre; et qu'au reste, il me sembloit qu'elle auroit bien à faire à s'excuser envers Dieu et le monde, si elle frustroit ses subjectz de la belle postérité, qu'elle leur pouvoit bailler, et qu'ilz attandoient d'elle pour les gouverner; qui a esté ung article, sur lequel elle s'est prinse à discourir plusieurs aultres choses, avec playsir et avec modestie, lesquelles je vous puys asseurer, Sire, que ne se sont passées sans qu'elle ayt monstré, en plusieurs endroictz, de vouloir persévérer en grande amytié avec Vostre Majesté; et, le soir mesmes, la résolution du voyage de milord Boucard a esté du tout prinse, luy commandant la dicte Dame ne faillyr d'estre prest à partir demain, qui est le premier jour de febvrier, ainsy qu'il faict.
Or, Sire, nonobstant l'acclamation du peuple, la dicte Dame et ceulx de son conseil ne layssent de craindre la division et sublévation du pays: car ayans les filz du comte Dherby essayé d'obtenir leur congé pour retourner vers leur père, il leur a esté dict qu'ilz n'en parlassent poinct, s'ilz n'en vouloient estre du tout reffuzez, jusques à ce que les affaires de la Royne d'Escosse fussent accommodez, qui monstre que, par iceulx, ilz entendent acquiéter les leurs. Et le semblable a esté dict au duc de Norfolc, de ne presser sa plus ample liberté, jusques à ce qu'il ayt esté ordonné de celle de la Royne d'Escosse et de sa restitution, de laquelle l'on nous faict toutjour espérer de bien en mieulx; et qu'il n'y a retardement que de ces depputez de l'aultre party, desquelz le comte de Lenoz a, de rechef, escript qu'ilz estoient partys, et qu'il avoit surciz la tenue du parlement, ainsy que la Royne d'Angleterre le luy avoit mandé, pour remettre toutes choses à ce qui seroit ordonné par le tretté.
Hyer, on tenoit en ceste court la pratique des différans de Flandres pour toute désacordée, non sans beaucoup d'indignation contre le duc d'Alve et contre l'ambassadeur d'Espaigne; mais, ce matin, par aulcunes lettres d'Envers, s'est entendu que le dict duc avoit condescendu à la pluspart des choses, que le depputé de Londres avoit desirées; et que le Sr Thomas Fiesque seroit en brief par deçà pour entièrement les conclurre. Je ne sçay s'il est ainsy, ou si c'est artiffice: tant y a que cella ne pourra estre que pour le regard des merchandises; car, quant à l'entrecours et commerce, j'entendz qu'il n'en est, pour encores, faict aulcune mencion.