Sire, deux jours après ma précédante dépesche, laquelle est du xxvııe du passé, nous avons esté à Hamptoncourt devers la Royne d'Angleterre, à laquelle Mr de Montlouet a présenté voz lettres et reccomendations, et luy a d'une fort bonne et agréable façon récitté le contenu de sa charge, sans rien obmettre de ce qui a esté requis pour dignement luy porter la parolle, et la créance de Voz Majestez, et pour luy faire bien expressément entendre vostre intention sur le faict de la Royne d'Escoce: en quoy la dicte Dame a monstré que la matière luy estoit de bien grande conséquence, mais qu'elle n'estoit encores en guières de disposition d'y entendre pour des occasions, qu'elle a faict semblant d'avoir descouvertes de nouveau contre la Royne d'Escoce et contre l'évesque de Roz, d'aulcunes leurs menées avec le comte de Northomberland sur les derniers troubles du North; et n'a toutesfoys layssé de donner des responses pleynes à la vérité d'indignation envers la dicte Royne d'Escoce, mais de quelque respect envers Voz Majestez Très Chrestiennes, et s'est réservée d'en bailler, dans trois ou quatre jours, de plus amples après qu'elle aura heu le loysir d'y penser.

Le dict sieur de Montlouet luy a faict des remonstrances et réplicques, fort convenables à ce propos, avec instance de luy permettre de visiter la dicte Dame de vostre part, et de passer, puys après, jusques à ses subjectz, pour aulcunes bonnes occasions que Voz Majestez le dépeschent devers elle et devers eulx. A quoy j'ay adjouté ce que j'ay estimé convenir à ceste négociation, sellon celle que j'ay assés continuée jusques icy de ce faict, et sellon les advertissemens du dict Sr évesque de Roz; mais la dicte Dame a remis de respondre au tout, après qu'elle y aura pensé.

Cependant elle a couppé assés court le dict propos, comme si elle s'en trouvoit pressée, pour demander curieusement des nouvelles de Voz Majestez et de celles de la paix. A quoy le dict Sr de Montlouet luy a amplement satisfaict; dont, des propos qu'elle luy a tenuz et de ses responses, et pareillement de ce qu'elle luy a dict sur le faict de la fille de Made de Mouy et sur ce que Mr de La Meilleraye vous avoit escript des désordres qui continuent encores en la mer, je laisse au dict Sr de Montlouet de le vous fère bientost entendre par luy mesmes, s'il ne va plus avant; ainsy qu'il semble qu'à grand difficulté le luy vouldra l'on permettre, ou bien de le vous escripre, si, d'advanture, il accomplit son voyage.

Et seulement adjouxteray icy, Sire, ce que la dicte Dame nous a dict de la mort du comte de Mora, comme en passant par une rue, en la ville de Lithquo, il a esté tué d'ung coup de pistollé, avec quatre balles au travers du corps, par le fils du chérif du dict lieu, lequel est des Amelthons, qui s'est despuys saulvé[2]. Duquel coup la dicte Dame n'a peu dissimuler le regrect qu'elle y avoit, ce qui la nous a (sellon mon adviz) randue moins bien disposée en ceste première audience, sentant possible debvoir advenir beaulcoup de mutation de ceste mort ez choses d'Escoce, et, possible, beaucoup en celles de toute l'isle; dont a dépesché en dilligence le Sr Randol par dellà pour deux occasions principallement; l'une, affin de solliciter l'eslection d'ung aultre régent, qui soit de mesmes disposition envers elle qu'estoit le dict de Mora; et l'aultre, pour empescher que le comte de Northomberland ne soit mis en liberté sur ce changement, et fère beaulcoup d'offres et promesses là dessus.

Ung certain capitaine alleman, nommé Oulfan d'Arnac, est despuys naguières arrivé de la Rochelle; par la venue duquel le jeune comte de Mensfelt haste son partement; et toutz deux sont pretz de s'embarquer pour passer en Allemaigne, affin de se trouver bientost avec le Cazimir; lequel ilz cuydent se debvoir, dans peu de jours, mettre en campaigne; et cependant la subvention des esglizes protestantes de ce royaulme commence à se lever ainsy que je l'avois desjà préveu, et possible que par mes premières, je vous pourray mander combien elle se montera. Sur ce, etc.

Ce ııe jour de febvrier 1570.

A la Royne.

Madame, ayant la Royne d'Angleterre remiz à fère, d'icy à quatre jours, responce à Mr de Montlouet et à moy sur les choses qu'il luy a proposées de la part de Voz Majestez, il n'y auroit guières lieu de vous dépescher ce pacquet jusques alors, n'estoit la nouvelle qui cependant est survenue de la mort du comte de Mora; laquelle je ne vous veulx aulcunement retarder, pour l'aparance qu'il y a que d'icelle ayt à naistre bientost beaulcoup de nouvelletez en Escoce, et possible assés de mutation ez choses de ce royaulme, où ce coup se faict desjà tant sentyr, qu'il semble qu'en la court, et par tout le pays, ung chacun en soit bien fort esmeu; et n'a la dicte Royne d'Angleterre, après l'avoir sceu, différé que bien peu d'heures de dépescher Randolf en Escoce, pour fère en toutes sortes qu'on y substitue ung aultre régent, qui soit pour persévérer aulx mesmes trettez qu'elle avoit avecques le deffunct, avec offres d'argent et de forces pour meintenir l'authorité de celluy qui le sera, et pour empescher que aulcuns estrangiers puissent estre appellez contre luy dans le pays; dont aulcuns estiment que le frère du dict de Mora tiendra meintenant ce lieu. En quoy Vostre Majesté considèrera, au cas que Mr de Montlouet n'ayt permission de passer jusques en Escosse par terre, s'il sera expédiant d'y dépescher ung aultre par mer, qui y puisse arriver avant que les choses y soient establyes à la dévotion des adversaires de la dicte Royne d'Escoce. L'on a adviz icy que Dombertrand a esté avitaillé par deux navyres françoys, dont ne fault doubter que le party de la dicte Dame ne s'en trouve grandement confirmé dans le pays, et je sçay qu'il en faict grand mal au cueur à plusieurs en ceste court. Sur ce, etc.

Ce ııe jour de febvrier 1570.

LXXXVIIe DÉPESCHE