Ce que ayant l'une des dames raporté au comte de Lestre, il s'esforcea, le lendemain, affin de luy complayre, de luy remettre si bien le dict archiduc en termes, que le voyage de Coban en fut incontinent dressé; et, de là en avant, elle monstra, de plus en plus, estre résolue de se maryer, et de parler d'affection de l'archiduc, de sorte que le dict comte se repentyt assés d'en avoir meu le propos.
Sur quoy arrivant le vydame de Chartres pour prandre congé d'elle, il luy parla de Monsieur, frère du Roy, et en parla aussi à plusieurs de son conseil, qui en furent les ungs bien ayses pour traverser l'aultre propos, et les aultres marrys, qui ne vouloient qu'on mit, en façon du monde, cestuy cy en avant.
Dont, après que le dict Coban fût de retour avec la responce de reffuz, elle commança lors d'ouyr, avec plus d'affection, ceulx qui luy proposoient Monsieur; et arrivant là dessus quelque responce du vydame, et survenant, peu après, Mr le cardinal de Chatillon, la matière s'est si bien eschauffée que la dicte Dame ne parle plus que de luy, et a dict, tout hault, «que les siens l'avoient souvant pressée de se maryer, mais puys après ilz y avoient adjouxté tant de dures condicions qu'ilz l'en avoient engardée, et qu'elle cognoistroit meintenant qui seroient ses bons et fidelles subjectz, et les sauroit bien remarquer, et qu'elle tiendroit pour desloyaux ceulx qui luy traverseroient ce tant honnorable party».
Et comme l'une de ses dames regrettoit que Mon dict Seigneur n'eust quelques ans davantaige, elle respondit:—«Il a vingt ans qui en vallent vingt cinq, car il n'y a rien en son esprit, ny en sa personne, qui ne soit d'homme de valleur.»
Et à milord Chamberland qui luy faisoit ung compte, comme Mon dict Seigneur avoit faict une course jusques à Roan pour voir une jeune flamande fort belle, que le père, craignant qu'elle ne se derrobât pour le suyvre, l'avoit jettée en haste hors de la ville et conduicte à Dièpe, où n'attendoit que le vent pour la passer en Angleterre, l'une des dames respondit:—«Et bien c'est qu'il n'est point paresseux pour aller voir les dames, il ne craindra guières de passer la mer.»—«Ce ne seroit, respondit la Royne, à mon proffict qu'il fût si dilligent, mais il n'en est pourtant moins à priser.»
Et au baron de Vualfrind, lequel je luy présentay de la part du Roy, après qu'elle luy eust assés amplement parlé du mariage de l'archiduc, en une façon pleyne de jalouzie et de desdein, réprouvant bien fort les nopces d'entre si prochains, comme l'oncle et la niepce:—«Bien que le Roy d'Espaigne, disoit elle, comme grand prince, eust possible estimé que son exemple servyroit de loy au monde, mais c'estoit une loy contre le ciel;» luy dit:—«Que l'archiduc luy estoit grandement obligé de ce que, l'ayant reffusé, elle luy avoit faict trouver mieulx qu'elle, et où l'amytié ne deffauldroit, car, s'ilz ne s'aymoient comme espouzés, ilz s'aymeroient comme parans; et qu'elle espéroit aussi trouver mieulx que luy, dont le regrect cesseroit des deux costez.» Puys se corrigea que;—«A la vérité elle ne l'avoit pas reffuzé, mais elle avoit bien différé la responce, et il ne l'avoit vollue attandre; néantmoins elle ne lairroit d'aymer et honnorer toutjour l'Empereur, et toute sa mayson, sans aulcun excepter.»
Et, au retour de là, le dict sieur baron me demanda si je pensois qu'elle eust parlé d'affection et avec jalouzie du dict archiduc, ou bien par manière de deviz, et qu'il se repentoit de ne luy avoir proposé le prince Rodolfe, qui a desjà dix sept ans. Je luy respondiz que «le voyage, que le jeune Coban avoit dernièrement faict devers l'Empereur, monstroit que, si l'archiduc eust vollu, à ceste heure, entendre à ce party, qu'il eust esté accepté.»—Il répliqua «qu'il en auroit doncques beaucoup de regrect, et qu'il s'estoit trop hasté de s'obliger à celle de Bavière, bien qu'il me vouloit dire que les conditions, sur lesquelles on le vouloit maryer avec ceste Royne, estoient, à ce qu'il avoit ouy dire, si dures et iniques qu'il eust esté trop plus subject que Roy.»
L'on me vient d'advertyr que, sabmedy dernier, se plaignant la dicte Dame à l'admyralle Clinton et à milady Coban des difficultez, qu'aulcuns des siens trouvoient au party de Monsieur, comme trop jeune, elle les avoit conjuré de luy en dire librement leur opinion, et que, comme les deux plus loyales, et où elle se fyoit plus qu'en dames de ce monde, elles ne luy en vollussent rien dissimuler; et que la dicte Clinton, luy ayant fort loué ses perfections et confirmé grandement son opinion de se maryer, avoit aprouvé entièrement qu'elle deût espouser Monsieur; et que sa jeunesse ne luy debvoit faire peur, car il estoit vertueux, et elle, pour luy en donner, en toutes sortes, plus de satisfaction que nulle aultre princesse du monde ne sçauroit faire. Ce que la dicte Dame avoit accepté avec tant de démonstration de playsir, que milady Coban, n'y ozant rien contradire, avoit seulement dict que les mariages estoient toutjour mieulx faictz et plus plains de contantement, quant l'on espousoit personne de âge pareil, ou aprochant au sien, que quant il y avoit grande inégalité. A quoy elle avoit respondu:—«Qu'il n'y avoit que dix ans de différant entre deux, et qu'il eust esté fort à propos que ce eust esté luy qui les heût davantaige; mais, puysqu'il playsoit à Dieu qu'elle fût la plus vielle, elle espéroit qu'il se contenteroit des aultres advantaiges.»
Il semble que milord Boucard va par dellà fort pourveu de bonne intention en cest endroict, et qu'il desire infinyement d'y estre employé; et le secrétaire, qu'il mène, qui luy a esté ordonné par la dicte Dame, s'est venu offryr à moy de servyr, en tout ce qu'il pourra, jusques à la mort; et le Sr Cavalcanty y est plus ardant que nul, mais je ne sçay s'il a encores descouvert en quelle intention en est Cecille; tant y a que deppendant entièrement de luy, il sera bon d'aller ung peu réservé en son endroict, et néantmoins s'en servyr en ce que Leurs Majestez cognoistront qu'il leur y pourra estre ministre commode et opportun; car, oultre qu'il se dict très dévot à la France, et péculier serviteur de la Royne, il est fort bien entendu ez humeurs de deçà. Il n'a vollu partyr avec le dict Boucard pour n'estre veu aller aulcunement pour ce fait, et m'a dict qu'il n'est pas expressément commandé de faire le voyage, mais qu'on est bien fort ayse qu'il le face, et il part demain matin.