—du XIIe jour de febvrier 1571.—
(Envoyée exprès par Jehan Volet jusques à Calais.)
Négociation de Walsingham, ambassadeur en France.—Affaires d'Irlande; crainte des Anglais qu'une entreprise ne soit tentée sur ce pays.—Affaires d'Écosse; retards apportés à la conclusion du traité.—Ligue contre les Turcs.—Nouvelles d'Allemagne.
Au Roy.
Sire, par la première dépesche, que le Sr de Vualsinguan a faict par deçà[26], il s'est si grandement loué à la Royne, sa Mestresse, de l'honorable réception et des vertueuses responces qu'il a eues de Vostre Majesté, et des bons propos et démonstrations que la Royne, vostre Mère, et Monseigneur, luy ont usé, que le comte de Lestre m'a mandé qu'elle m'en rendra ung bien fort grand mercys, la première fois que je l'yray trouver, affin que je le vous face puys après entendre de sa part; et que je vous représante le grand contantement qu'elle en a reçeu, qui ne la pourriez, à ce qu'il dict, en nulle chose du monde plus grandement gratiffier que de favoriser ses ambassadeurs. Et n'ay point sçeu, à la vérité, Sire, que, pour ce commancement, il ayt donné que une bien fort bonne satisfaction de Voz Majestez à sa dicte Mestresse. Il est vray qu'il a asseuré la dicte Dame, ainsy qu'on m'a dict, que la pratique, que le capitaine La Roche mène en Yrlande, n'est incogneue en vostre court; de quoy aulcuns de son conseil luy ont vollu persuader qu'elle devoit donc révoquer milord de Boucard qui, pour ceste occasion, a esté arresté ung jour à Canturbery; mais elle a vollu qu'il ayt passé oultre, espérant que, sur ce qu'elle m'a naguières proposé d'icelluy faict, Vostre Majesté l'en satisfera bientost.
La dicte Dame commance de tourner ses pensées aulx choses du dict pays d'Yrlande, car, oultre le faict du dict capitaine La Roche, elle a toutjours crainct que le Roy d'Espaigne se vouldroit revancher des prinses de mer par quelque entreprinse sur icelluy pays; et, encores, par le dernier courrier de Flandres, entendant que le duc d'Alve se monstroit si réfroydy en la composition des dictes prinses, que l'agent de la dicte Dame estoit sur le poinct de s'en revenir, sans avoir rien faict, elle en entroit en plus grande deffiance, mais ung aultre courrier extraordinaire en vient d'arriver, qui dict que icelluy agent a heu, despuys huict jours, une meilleure responce du dict duc. Néantmoins, estantz desjà aulcuns indices venuz à la dicte Dame de la dellibération du dict Roy d'Espaigne en cella, et luy en ayant Mr le cardinal de Chatillon, à ce qu'on m'a dict, mandé, despuys six jours, d'aultres certains adviz, elle monstre, à présent, de le croyre; dont a mandé à millord Sydney debitis d'Yrlande, qui estoit prest à s'en venir par deçà, de ne bouger de sa charge, et de pourvoir soigneusement à la garde du pays, et qu'elle donna promptement ordre qu'il luy soit envoyé tout ce qui luy sera besoing.
Les choses d'Escosse se brouillent de nouveau, car ceulx du party de la Royne commancent de se revancher par dellà sur ceulx qui suyvent le party du comte de Lenoz, et le comte de Morthon, faisant le long à venir, prolonge icy beaucoup le tretté, ce qui donne cependant loysir à la comtesse de Lenoz et aulx siens de remettre en l'opinion de la Royne d'Angleterre plusieurs malles impressions contre la Royne d'Escosse, luy persuadant qu'elle aspire à sa vie et à la déboutter de son estat, si bien qu'elle en est entrée en de grandes souspeçons, mesmes contre ses plus intimes conseillers; qui faict que toute ceste court s'en trouve divisée et en grand perplexité. Dont les depputez de la dicte Royne d'Escosse, craignans qu'enfin cella n'admène une ropture du dict traicté, suplient, de rechef, très humblement Vostre Majesté, de les vouloir, de bonne heure, et par secrectz moyens, secourir de ceste provision de quatre mil escuz par moys, qu'ilz vous demandent, durant quelque temps, affin d'exécuter promptement ce qu'ilz ont projecté pour le restablissement de l'auctorité de leur Mestresse, et pour la conservation de leur pays, et pour l'honneur et la gloire de Vostre Majesté et de l'alliance qu'ilz ont avec vostre couronne; s'asseurans que la guerre ne durera jamais ung ou deux tiers d'an. Et m'ont proposé, au cas que voz présens affaires ne permissent, Sire, que les puyssiez si tost ayder de ceste somme, qu'il soit vostre bon playsir de la leur faire recouvrer sur l'afferme du douaire de leur Mestresse, en la faisant délivrer à quelques merchans pour deux ou trois ans à venir, moyennant qu'ilz advanceront les deniers, desquelz, s'il en debvoit survenir cy après nul intérest à Vostre Majesté, ou quelque diminution à leur dicte Mestresse, ilz se offrent de le faire rembourser par les Estatz de leur pays; et ne vous auront, à ce qu'ilz disent, moindre obligation que si le secours estoit tout entièrement sorty de voz propres finances. A quoy vous playrra, Sire, me faire respondre par voz premières, car, sellon que j'en entendray vostre vollonté, je les laysseray, ou bien les divertiray d'en envoyer poursuyvre le moyen par dellà, comme ilz ont dellibéré de faire.
Il est nouvelles icy que l'Empereur a offert d'entrer en la ligue contre le Turq, et que, en propre personne, il luy commancera la guerre, pourveu que les confédérez luy veuillent souldoyer vingt mil hommes de pied, et luy donner douze mil escuz par moys, pour les aultres provisions de l'armée; et qu'il a esté de nouveau provoqué à cella, à l'ocasion de ce que le Turq luy a mandé qu'il ayt à luy remettre entièrement le tiltre du royaulme de Transilvanye, sans jamais plus le s'aproprier.
L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, a adviz que le comte de Sualsemberg, après avoir composé avec ceulx d'Embourg, pour quarante mil tallardz contants, et avec ceulx de Brème pour vingt cinq mil, a séparé ses gens; par ainsy, toute la peur de ceste guerre est estaincte. Sur ce, etc. Ce xıȷe jour de febvrier 1571.