L'accord des prinses estoit venu à une manifeste ropture avec le depputé de ceste Royne, qui s'estoit desjà acheminé pour s'en retourner, sans avoir rien faict, quant le duc d'Alve l'a contremandé pour luy dire qu'il avoit receu nouvelles lettres d'Espaigne, par lesquelles il luy vouloit bien signiffier la bonne intention du Roy, son Maistre, envers la Royne d'Angleterre, sa bonne sœur, et comme il avoit desir d'accorder à toutes les choses raysonnables qu'elle vouloit; par ainsy que les difficultez seroient bientost vuydées, et qu'il envoyeroit un notable conseiller par deçà pour l'accommodement de toutes choses; dont s'attand, à ceste heure icy, l'arrivée du Sr Suenegheme de Bruges, qui vient avec le dict depputé d'Angleterre. Sur ce, etc. Ce xvıȷe jour de febvrier 1571.
CLXIe DÉPESCHE
—du XXIIIe jour de febvrier 1571.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par ung gentilhomme escouçoys.)
Audience.—Assurances d'amitié.—Maladie de la reine de France.—Désaveu du roi au sujet de la descente des Bretons en Irlande.—Satisfaction d'Élisabeth à raison du refus qu'aurait fait le duc d'Anjou de se mettre à la tête d'une entreprise sur l'Irlande.
Au Roy.
Sire, à la dellibération, que j'avois, d'aller trouver la Royne d'Angleterre sur ce que le Sr de Sabran m'avoit apporté, il m'y est encores venue nouvelle occasion, par la dépesche suyvante, que j'ay cependant receue de Vostre Majesté, du vııȷe de ce moys, de laquelle j'ay faict de tout ung avec la première; et n'ay séparé les poinctz de l'une ny de l'aultre, sinon par l'ordre que je les ay trouvez en icelles, qui y sont si bien et si distinctement comprins, qu'il n'a esté besoing d'y adjouxter du mien que seulement ce que j'ay estimé à propos pour les faire bien prandre à la dicte Dame.
Laquelle m'a respondu, quant au premier, qu'elle avoit ung singulier playsir que ses ambassadeurs vous eussent bien signiffié la droicte intention, qu'elle a, à la commune paix d'entre Voz Majestez, et à celle particulière de vostre royaulme; et qu'elle vous prie, Sire, de croyre que, quant au debvoir de persévérer en vostre amytié, et à desirer le bien et establissement de voz affaires, qu'elle y est si parfaictement disposée que nul du monde ne le sçauroit estre davantaige; et que vous cognoistrez qu'elle l'a desjà ainsy monstré par effectz, quant plusieurs choses, de celles qui ont passé despuys trois ans, vous seront mieulx cogneues qu'elles ne le sont à présent; et qu'elle vous promect, pour l'advenir, qu'il ne sortyra, de son costé, occasion aulcune, par où vostre dicte amytié puysse estre offancée, pourveu que vous ne veuillez poinct offancer la sienne; qu'elle avoit grande occasion de vous remercyer de ce qu'il vous avoit pleu fort favorablement licencier l'ung de ses ambassadeurs, et recepvoir avec mesme faveur l'aultre, et de ce, encores, qu'avez commancé de faire honorer grandement milord Boucart à Callais, à Bolloigne et à Montrueil; dont il luy avoit escript le bon trettement qu'on luy avoit faict en ces trois villes, et que Vostre Majesté aussi ne trouveroit en eulx, s'ilz ne veulent estre traystres à elle et désobéyssans à ses commandemens, que toute disposition de vous honorer et servyr, et vous complayre en tout ce qu'il leur sera possible; que la nouvelle que je luy apportois de la malladye de la Royne, à ceste heure qu'elle guérissoit et alloit en amandant, n'estoit si facheuse à ouyr, comme si je la luy eusse dicte, quant elle estoit en dangier, dont elle prioyt Dieu pour sa convalescence, comme pour la sienne propre; et que Dieu vous avoit vollu tempérer à toutz deux, par ce petit ennuy, le grand ayse de vostre mariage, affin de le vous randre meilleur et de plus de durée cy après; qu'encor que le sacre et couronnement d'elle, et son entrée fussent remiz à une aultre foys, et que ceulx, qu'elle a envoyez par dellà, ne puyssent voir toutz les triomphes qu'ilz s'attandoient, elle toutesfois ne vouldroit avoir différé davantaige la conjoyssance de voz nopces, ny de la venue de la Royne, pour ne deffaillir à ce que, non moins de son affection que de son debvoir, elle estimoit estre tenue en cella; au demeurant, qu'elle demeuroit très contante et bien satisfaicte de la responce, que vous luy faisiez sur les choses d'Yrlande, et encores plus de ce qu'elle s'asseuroit que Vostre Majesté l'accomplyroit ainsy par œuvre, comme elle avoit desjà entendu que, sur ce que Mr le cardinal de Lorrayne et Mr le Nunce et l'arsevesque de Glasco avoient naguières proposé à Monsieur, frère de Vostre Majesté, de faire une entreprinse au dict pays, il avoit esté si vertueulx et si sage, qu'il n'y avoit vollu entendre, ny Voz Majestez Très Chrestiennes y prester l'oreille, dont ne vouloit obmettre de vous en remercyer toutz trois de tout son cueur; mais pourtant elle n'avoit vollu ottroyer de saufconduict au dict arsevesque de Glasco, bien que la Royne d'Escosse le luy eust fort instantment faict demander par l'évesque de Ross; car avoit opinion que c'estoit plus pour venir interrompre le tretté que pour l'advancer; et que, estant le comte de Morthon prest à arriver dans peu d'heures, l'on procèderoit incontinent au dict tretté avec le plus d'expédition que faire se pourroit.
Je luy ay seulement répliqué, Sire, quant à l'entreprinse, qu'elle disoit avoir esté proposée à Monsieur, si elle sçavoit à la vérité que cella fût vray, et m'ayant soubdainement respondu que ouy, tant certainement que mesmes elle avoit par escript le mesmes propos, qui luy en avoit esté tenu, j'ay suyvy à luy dire qu'elle prînt bien garde que cella ne procédast de quelque mauvaise boutique pour cuyder luy en mettre la jalouzie dans le cueur, car Mr le cardinal estoit ung si prudent et si advisé seigneur en ses conseilz, qu'à peyne en avoit il miz ung tel en avant à Monsieur, en temps de si bonne paix; néantmoins, commant que la chose allât, elle voyoit que Vostre Majesté faisoit ung grand fondement de la parolle, que luy aviez donnée, de désister de toute entreprinse d'armes, jusques à ce que le traicté fût achevé, et que vous faisiez aussi pareil estat de celle que vous aviez d'elle, pour la liberté et restitution de la Royne d'Escosse; dont je la suplyois qu'elle y vollust meintenant mettre le desiré effect, que Vostre Majesté attandoit de sa bonté et de sa promesse.
Elle m'a respondu qu'elle voyoit bien que Vostre Majesté ne pourroit jamais oublyer cest affaire, parce qu'il y en avoit assés qui le vous recordoient, et qu'elle espéroit qu'il s'acommoderoit bientost, non sans qu'on se mouquast assés par tout le monde d'elle, d'estre si indulgente et facille envers celle qui l'a infinyement offancée; qu'au reste elle recepvoit ung singulier playsir d'entendre que Vostre Majesté eust une si vertueuse et si droicte intention à la réunyon de l'esglize, comme je le luy asseuroys, qui ne pourroit estre que cella n'admenast ung grand bien à la Chrestienté, et qu'elle vous y correspondroit de sa part, avec telle affection et promptitude, comme vous le pourriez desirer; qui pourtant vous prioyt de persévérer en ce sainct propos, et ne vous laysser persuader à ceulx qui vous y vouldroient proposer les armes.