Mais la difficulté est en ce que, sans mettre la main aux deniers d'Espaigne, la dicte Dame ne peut, ny veult payer aulcune portion de ses debtes, ceste année, en Allemaigne, affin de ne se desfornyr d'argent; et ce qui a esté cause de quoy Espinola et Fiesque ont esté mieux ouys sur les offres qu'ilz ont faictes, au nom des merchans Espaignolz et Gènevoys, de laysser les dicts deniers à la dicte Dame, ainsy que je l'ay mandé par mes précédantes. Et j'ay advis qu'on tient cella pour si accommodé, que desjà est ordonné à Me Grassein d'en distribuer quarante cinq mil livres d'esterlin aulx merchans de ceste ville, c'est cent cinquante mil escuz, pour les fornyr, à ce prochain apvril, en Allemaigne, aux dits créditeurs de ceste Royne et vingt mil lt aussi d'esterlin, c'est soixante douze mil escuz, ordonnez pour les affères d'Escoce.
Reste seulement que la dicte Dame demande aus dicts Espinola et Fiesque ung mot de lettre du Roy d'Espaigne, par lequel il advouhe que les dicts deniers sont des merchans, et non siens; ce que l'ambassadeur d'Espaigne, qui est ici, me promect que son Mestre ne le fera jamais. Aultres estiment que, pour sortyr hors de l'obligation et du risque des dicts deniers envers les merchantz, qu'il ne reffusera de le fère; aultres disent que, ores qu'il ne le face, qu'on ne lairra pourtant d'accorder des dicts deniers avecques les merchans, et s'en ayder en Allemaigne; néantmoins, il sera toutjour bon d'incister au duc d'Alve qu'il empesche le dict accord:
Car il est desjà nouvelles que Quillegrey sera dépesché pour aller porter les lettres de police du dict payement, et pour aller faire semblables offices, ceste année, qu'il fit la précédente envers les princes protestans; dont s'estime, qu'à son arrivée par dellà, plus qu'à celle du jeune comte de Mensfelt, les dicts princes s'esmouveront et commenceront de marcher; et que le dict de Mensfelt n'a emporté que quelques lettres d'acquit, pour vingt mil livres d'esterlin, qui avoient esté desjà prinses sur les bagues de la Royne de Navarre. Par ainsy, il fault fère estat que l'armée de Cazimir yra au secours de ceulx de la Rochelle.
Il semble qu'on ayt vollu imprimer quelque peur à ceste princesse du duc de Olstein, luy donnant entendre qu'il a esté devers le duc d'Alve à Bruxelles pour tretter quelque entreprinse contre elle, et qu'il faict une levée de gens de pied et de cheval vers Hembourg et Osterelan, de quoy elle a certain adviz, et que le duc Ery de Bronzouye a aussi la sienne toute preste; dont, encor que le dict duc d'Alve monstre que son principal prétexte soit pour résister aulx entreprinses du prince d'Orange, néantmoins la jalousie qu'elle s'est donnée de cella, et possible le desir de favoriser les affères du dict prince d'Orange, et les choses advenues par la mort du comte de Mora sont cause dont elle se laysse ainsy aller à la forniture de deniers en Allemaigne; aulcuns estiment tout le contraire du duc d'Olstein, qu'il est pour le dict prince d'Orange, bien m'a l'on dict qu'il y a desjà trois ans que ceste Royne a osté de son estat le dict de Olstein lequel souloit être son pencionnaire.
XCe DÉPESCHE
—du XXIIe jour de febvrier 1570.—
(Envoyée par Hamberlin, chevaulcheur d'escuerye, jusques à la court.)
Audience accordée à l'ambassadeur; communication faite à Élisabeth de l'état des négociations en France pour arriver à la pacification.—Conditions proposées par le roi.—Offre faite par la reine d'Angleterre de sa médiation.—Nouvelle assurance qu'elle n'a donné aucun secours aux protestans de France.—Affaires de la reine d'Écosse.—Élisabeth propose d'accepter la médiation du roi pour ses différends avec Marie Stuart.
Au Roy.