Ce xvııe jour de febvrier 1570.

Instruction au Sr de Jos de ce qu'il aura à dire à Leurs Majestez, oultre le contenu de la dépesche.

Ainsy que la Royne d'Angleterre estoit après à esteindre les troubles du North, et à pourvoir qu'ilz ne se peussent plus rallumer; et qu'elle faisoit estat, que d'Escoce, d'où elle heut heu le plus à se doubter, ne luy viendroit que toute faveur et assistance, tant que le comte de Mora y commanderoit, mesmes qu'il tenoit le comte de Northumberland en ses mains; et ne cerchoit sinon comme elle et luy pourroient concourre en ung mesme intérest contre la restitution de la Royne d'Escoce; il n'est pas à croire combien la dicte Dame a vifvement senty la mort du dict de Mora.

Pour laquelle, s'estant enfermée dans sa chambre, elle a escryé, avecques larmes, qu'elle avoit perdu le meilleur et le plus utille amy, qu'elle eut au monde, pour l'ayder à se meintenir et conserver en repos, et en a prins ung si grand ennuy que le comte de Lestre a esté contrainct de luy dire, qu'elle faisoit tort à sa grandeur de monstrer que sa seurté et celle de son estat eussent à dépendre d'ung homme seul.

Et parce que l'avitaillement de Dombertran, la venue de Mr de Montlouet, quelque course du comte de Vuesmerland sur la frontière, et la retrette d'aulcuns Anglois en Escoce, sont advenues en mesme temps, la dicte Dame et ceulx de son conseil sont entrez en grand opinion que les Catholiques de ce pays, avec l'intelligence des estrangiers, ayent mené ceste practique, et qu'il y ayt bien d'aultres entreprinses en campaigne.

Et mesme l'on s'esforce de randre suspect à la dicte Dame le propos de la paix de France, comme si, la faisant, l'on debvoit incontinent luy déclairer la guerre; ce que toutesfoys elle ne se veult ayséement persuader, et pourtant ne peult laysser de la desirer, pourveu qu'il ne s'y conclue rien contre elle, ny trop au désadvantaige de sa religion; affin qu'elle demeure deschargée de tant de demandes et importunités qu'on luy faict pour l'entretennement de ceste guerre.

Mais parce qu'aulcuns luy remonstrent que des exploicts de ceste année a de résulter l'establissement ou la ruine de sa dicte religion, et pareillement le repos ou l'altération de son estat, car ilz conjoignent l'ung avecques l'aultre, j'entendz que la dicte Dame et ceulx de son conseil ont desjà résolu la plus part des choses qu'ilz estiment estre besoing d'y pourvoir, desquelles j'ay sceu en premier lieu:

Qu'ilz ordonnent de continuer la description des forces, que j'ay cy devant mandées, de quatre vingtz dix mil hommes de pied et trente mil chevaux, en trois endroictz de ce royaulme; et que la charge en sera principallement commise aulx Protestans, et qu'on regardera de si près aux Catholiques, qu'on ne leur permettra de se trouver plus de six ensemble, sur peyne de pryson: que les seigneurs, qui sont dettenuz, seront resserrez davantaige, et sera continué d'enquérir contre eulx, mesme a esté parlé de convoquer ung parlement pour trois occasions seulement; l'une, pour avoir deniers; et l'aultre, pour déclairer criminels de lèze majesté ceulx qui se sont ellevez, et leurs adhérans, affin de procéder à leur confiscation; et la troisième, pour confirmer les décrectz de leur religion. Mais de peur que le dict parlement ne veuille toucher à d'aultres choses, il n'est encores résolu de le convoquer; et est, en toutes sortes, si rigoureusement procédé contre les dicts Catholiques, qu'ilz vivent en grand frayeur, dont les Protestans, qui ont toute l'auctorité, pensent que par ce moyen ilz les pourront contenir.

Pour le regard des choses d'Escoce, ayantz faict passer le mareschal de Barvich, et ung capitaine de la mesme garnyson, au dict pays, incontinent qu'on a entendu l'inconvéniant du dict de Mora, affin de relever le party qu'il tenoit, ilz y ont despuys envoyé Randof, et sont après à y dépescher encores Raf Sadeller qui est du conseil, avec lettres à huict principaulx du pays et créance de leur offrir hommes et argent au nom de ceste Royne; et ont donné charge au comte de Sussex de doubler la garnyson de Barvich, dont il emporte commission d'y mettre promptement cinq centz hommes, et trois centz chevaulx de renfort; et, à cest effect, luy a esté baillé douze capitaines de la suyte de ceste court, estimans que la dicte garnyson de Barvich, ainsy renforcée, laquelle sera de mil harquebouziers et six centz chevaulx, avec l'ayde du gardien de la frontière, suffira contre les courses de Vuesmerland, jusques à ce que cest esté, ou plus tost, ils auront dressé armée pour aller courre l'Escoce, affin d'y establyr les choses à leur dévotion, estant l'opinion d'aulcuns qu'ilz se saysiront, s'ilz peuvent, du petit prince du pays; et qu'ayantz la mère et le filz en leurs mains, il leur sera aysé de annuller le tiltre que la mayson d'Escoce prétend à la succession de ce royaulme.

Et ne deffault qui persuade à ceste princesse qu'affin qu'elle ne soit, ny par le costé de France, ny de Flandres, empeschée en ses affères de deçà, qu'elle doibt accommoder les princes protestans en leurs entreprinses de dellà, et leur donner moyen qu'ilz se puissent prévaloir d'aulcuns deniers de ce royaulme, pourveu qu'elle n'en desbource rien; dont j'entens qu'après s'en être quelque temps fort excusée, enfin elle a condescendu de dire à ceulx de son conseil qu'ilz advisent comment cella se pourra fère; dont desjà ont résolu que la dicte Dame payera, dans le moys d'apvril, une partie de ses debtes en Allemaigne, laquelle iceulx princes prendront des mains de ses créditeurs; et encor que les deniers reviegnent toutz à son acquit, ilz luy seront néantmoins remboursez, la moictié des prinses, et l'aultre moictié par les esglizes protestantes de ce royaulme; lesquelles, à ce qu'on dict, ont accordé de bailler quatre vingtz mil escuz dans huict moys, ainsy que de mesmes les aultres esglizes protestantes de France, de Flandres, d'Allemaigne, des Suisses, d'Itallie, et mesmes disent d'Espaigne, contribuent à ceste guerre: dont l'on faict compte que la contribution de toutes ensemble, comprins les dix mil escuz de ceste cy, monte envyron trente mil escuz toutz les moys.