Par lesquelles choses j'estimay, Sire, que les plus modérez d'auprès de ceste princesse eussent gaigné ung grand poinct envers elle, mesmes que je sceuz, avant que partir de là, que le comte d'Arondel avoit esté mandé en court pour le desir que la dicte Dame monstroit avoir de regarder, avec son conseil et avec sa noblesse, les moyens qu'il luy falloit tenir, tant envers les princes ses voysins que envers ses subjectz, pour maintenir la paix dehors et dedans son royaulme. De quoy les passionnez, qui ont le crédit, monstroient n'estre aulcunement contantz: et voycy, Sire, ce que, deux jours après, leur est venu en main pour divertir le bon cours de ces affères, et pour altérer les choses plus que jamais, c'est que, par les lettres de Mr Norrys et par celles du Sr Randolf, qui en mesme jour sont arrivées de France et d'Escoce, du xxııe du passé, ilz ont eu adviz que Vostre Majesté préparoit d'envoyer ung nombre de gens de guerre en Escoce, qui se doibvent embarquer en Bretaigne le ıııe jour de may prochain; ce qui leur a donné de quoy si bien irriter la dicte Dame et ceulx de son dict conseil que, toutes aultres choses délayssées, ilz se sont miz après à consulter et dellibérer comme ilz pourront empescher ou prévenir ceste vostre entreprinse; dont j'ay baillé une instruction au Sr de Sabran de tout ce que, pour ceste heure, j'ay peu descouvrir de leurs préparatifz et aprestz en cella, ensemble du présent estat des aultres choses de deçà, auquel me remectant, je prieray, etc.

Ce ıve jour de mars 1570.

A la Royne.

Madame, ce n'est de mon gré que je donne à Vostre Majesté des adviz, qui quelques foys sont bien contraires et divers à ceulx que auparavant je vous ay mandez; mais le changement et la contrariété, qui sont assés ordinaires en ceulx de ceste court, me contraignent d'en user ainsy; dont Vostre Majesté, s'il luy playt, m'en excusera sur le soing que j'ay de luy mander leurs actions et dellibérations, ainsi clairement et par le menu, comme, jour par jour, je les puys aprendre et descouvrir. Il n'y a que huict jours que ceste princesse se monstroit bien disposée envers Voz Très Chrestiennes Majestez, et de ne cercher rien tant que de vous contenter et complaire en ce qui luy estoit proposé de vostre part, et de vouloir vivre en grand paix et repos en son royaulme, chose fort sellon sa naturelle inclination; mais, aussitost qu'on luy a raporté qu'il se préparoit en France des gens de guerre pour passer en Escoce, il n'est pas à croyre combien la grande jalousie de sa cousine, laquelle s'est représentée en cella, luy a soubdain faict changer son premier bon propos; et comme, en lieu d'aller par moyens paysibles, ainsy qu'elle disoit, ez choses d'Escoce, elle a proposé meintennant d'y procéder par les armes. La dicte Dame estoit lors après à espargner l'argent, meintennant elle ne parle que d'en despendre; elle cerchoit de payer et à ceste heure d'emprumpter; elle disoit vouloir regaigner par douceur ses subjectz, meintennant elle faict resserrer plus que auparavant ceulx qui sont en prison; et crainctz assés, Madame, que l'affection, qu'elle disoit avoir à la pacification de vostre royaulme, se soit desjà changée à ung contraire désir de vous y nourryr les troubles, si elle peult, comme desjà l'on m'a dict qu'elle est pour se monstrer plus libéralle à promettre secours et assistance à ceulx de la Rochelle, qu'elle n'a faict jusques icy. Je la verray sur la première occasion de quelque dépesche de Voz Majestez, et mettray peyne de notter les particullaritez de ses propos, affin de fère quelque jugement de ses dellibérations. Sur ce, etc.

Ce ıve jour de mars 1570.

Instruction pour satisfère Leurs Majestez sur le contenu de la dépesche, comme s'ensuyt:

Que, le xxe du passé, la Royne d'Angleterre se monstroit bien disposée envers Leurs Très Chrestiennes Majestez et envers leurs présens affères, avec bonne affection à la paix de leur royaume, et d'estre preste, pour l'amour d'eulx, de condescendre à des expédiens gracieulx avec la Royne d'Escoce, et me dict l'ung des seigneurs de son conseil qu'elle avoit ung grand contantement de veoir que Leurs dictes Majestez, ny nul de leurs ministres, n'estoient meslez en ces choses du North.

Ung autre des seigneurs du dict conseil, me parlant en affection d'aulcuns aprestz, qu'on faisoit contre la dicte Dame, en un endroict qui, sellon qu'il me le désigna, ne pouvoit estre sinon Flandres, me dict qu'ilz estoient après, de leur costé, à préparer en dilligence ung des plus grandz et des plus braves armemens qu'ilz eussent, longtemps y a, miz en mer, et qu'on cognoistroit que, si l'Angleterre n'estoit pour assaillir ung aultre estat, qu'elle estoit suffisante pour deffandre le sien, et que, continuant ainsy la bonne paix, comme elle faisoit, avecques le Roy et la France, ilz n'avoient que bien peu à craindre le reste de leurs voysins.

Le troisiesme jour après, estantz deux pacquetz, l'un de Mr Norrys et l'aultre du Sr Randolf, arrivez de France et d'Escoce, quasi en mesmes heure, et avec conformité d'ung mesmes advis de certain nombre de gens de guerre, qu'ilz ont mandé que le Roy préparoit d'envoyer en Escoce, qui se debvoient embarquer en Bretaigne, le ıııe de may, et estre conduicts par le Sr Estrocy, la dicte Dame fit incontinent assembler là dessus son conseil, où, du bon estat que les choses monstroient estre deux jours auparavant, elles furent, par la contention des mal affectionnez, soubdain converties en une présente aygreur; et voicy ce que j'entendz qui fut là arresté:

Que Mr Bach, pourvoyeur de la marine, seroit promptement mandé pour lui enjoindre de mettre en ordre et en bon équipage toutz les grandz navyres de guerre de la dicte Dame, affin d'estre prestz dans la fin de mars ou au commencement d'avril, avec trois mil bons hommes dessus, avytaillez pour un moys, affin de servir aulx deux effects; l'ung, de résister aux entreprinses de Flandres, et l'aultre, pour empescher le passaige et la descente des Françoys en Escoce;