Au Roy.
Sire, au fondz de la lettre que j'ay escripte, le xxvıe du présent à Vostre Majesté, j'ay faict mention d'ung rencontre naguières advenu vers la frontière du North, du costé d'Escoce, entre millord Dacres et millord de Housdon, subjectz de ce royaulme, de quoy la confirmation est despuys arrivée, qui se racompte ainsy: c'est que ayant la Royne d'Angleterre, pour aulcuns soupeçons du dict millord Dacres, et parce qu'il différoit de venir devers elle, mandé à millord Housdon de l'aller surprendre, le plus secrectement qu'il le pourroit fère, en une sienne mayson, où il s'estoit retiré douze mil près l'Escoce; icelluy Dacres, ayant descouvert l'entreprinse, le jour auparavant qu'elle deust estre exécutée, par l'interception d'aulcunes lettres, où il vit que desjà le dict de Housdon avoit mandé à millord Scrup se trouver en certain lieu avec deux mil hommes, et qu'il s'y rendroit à heure déterminée avec mil chevaulx et cinq centz harquebouziers de la garnyson de Barvich, pour l'aller assiéger, il fit dilligence d'en advertyr incontinent ceux qui estoient en la frontière d'Escoce; et, de sa part, il déliberra d'assembler ce qu'il pourroit des siens pour aller combattre l'une des deux troupes, avant qu'elles se peussent joindre. Et ainsy, en une nuict, il mict ensemble trois mil hommes, et, le matin, alla rencontrer ceulx qui estoient sortys de Barvich, et présenta la bataille au susdict de Housdon; lequel, se trouvant avoir de meilleures gens et mieulx équipés que luy, bien que en moindre nombre, se résolut de le combattre, et néantmoins fit semblant de se retirer, affin d'attirer l'autre en ung lieu estroict, où avec l'harquebouzerye il le deffyt, et luy tua quatre centz des siens, et en print cent ou six vingtz de prisonniers. Et à peine se fût saulvé le dict Dacres mesmes, sans ce qu'il se descouvrit quelques gens de cheval, en compaignie, qui lui venoient au secours, à la faveur desquelz il se retira, avec tout le reste, en Escoce. Quoy qu'il y ayt, Sire, et que ce récit, qui vient de la court, soit à l'advantaige de ceste Royne, elle et ceulx de son conseil sont bien fort marrys de la retrette du dict Dacres, qui est, après le duc de Norfolc, ung des plus principaulz hommes de ce royaulme. Et sur ce, etc.
Du dernier jour de febvrier 1570.
XCIIIe DÉPESCHE
—du IIIIe jour de mars 1570.—
(Envoyée jusques à la court, par le Sr de Sabran.)
Irritation causée à Londres par la nouvelle de l'expédition préparée en France pour porter des secours en Écosse.—Effet produit par cette nouvelle sur la reine d'Angleterre, dont elle change tout-à-coup les dispositions à l'égard de la France.—Résolution d'Élisabeth de porter ses armes en Écosse, et de secourir ouvertement les protestants de la Rochelle.—Mémoire: détails des préparatifs faits sur mer en Angleterre pour empêcher le secours de France d'arriver en Écosse.—Affaires de l'Écosse et des Pays-Bas.—Demande faite par l'Espagne que le commerce avec l'Angleterre soit interdit en France.—Mémoire secret: dispositions des seigneurs anglais, qui sont poursuivis en justice, à soutenir les efforts de la France.—Vives instances du duc de Norfolk pour que la reine d'Écosse soit promptement secourue.—Proposition faite par l'ambassadeur à Leicester d'appuyer de tout le crédit de la France son mariage avec Élisabeth; sous la condition de la restitution de Marie Stuart.
Au Roy.
Sire, je n'avois poinct esté encore plus favorablement ouy de la Royne d'Angleterre, et n'avois point receu d'elle meilleures responces sur les choses, que je luy ay ordinairement proposées de vostre part, despuys que suys par deçà, que en ceste dernière audience du xxe du passé, ny les seigneurs de son conseil ne m'avoient plus privéement traicté, ny ne s'estoient monstrez plus favorables à me parler des affères de ce royaulme que ceste dernière foys; de sorte que je m'en retournay assés satisfaict, et au moins avec quelque opinion que les choses seroient pour aller de bien en mieulx entre Voz Majestez et voz deux royaulmes; mesmes qu'ung du dict conseil passa si avant de me dire que, pour quelques occasions ès quelles la France n'estoit poinct meslée, j'entendrois bientost parler d'ung armement que, longtemps y a, l'Angleterre n'en avoit gecté ny de plus grand, ny de plus brave sur mer; et qu'il ne failloit que j'en prinsse aulcun souspeçon, car tant s'en failloit que ce fût contre Vostre Majesté, qu'il n'y auroit rien qui ne fût à vostre bon commandement: et oultre cella, la dicte Dame me tint lors toutz propos fort bons sur les affères de la Royne d'Escoce, et sur la bonne disposition, en quoy elle estoit, d'entendre à quelque bon expédiant avec elle, s'il playsoit à Vostre Majesté de le mettre en avant.