Cependant la Royne d'Angleterre est entrée en grand deffiance sur ce que Mr Norrys son ambassadeur luy a escript que Voz Majestez Très Chrestiennes luy ont tenu quelque propos fort exprès sur les affères de la Royne d'Escoce et de son royaulme; duquel je n'ay encores entendu le particullier, sinon qu'on m'a dict que la dicte Dame en est fort fâchée, joinct que, par le mesmes pacquet, le dict ambassadeur luy a envoyé ung discours, imprimé à Paris, sur les troubles de son royaulme, qui ne parle à l'advantaige d'elle ny de ceulx qui gouvernent ses affères; et d'abondant elle a sceu qu'un homme de son dict ambassadeur a esté naguyères arresté à Amiens, et que son pacquet, qu'elle luy avoit baillé à porter, luy a esté osté; desquelles choses il n'est pas à croyre combien elle s'en trouve offancée, et combien les siens en sont mutinez, jusques à dire qu'il vauldroit mieulx venir à une guerre déclairée, et que leur ambassadeur s'en retornât, et que je me retirasse, que d'user de tels déportemens; dont, de tant que je les ay fort asseurez que la publication du dict discours, ny la détention du pacquet ny du messagier, ne sont aulcunement procédées du vouloir ny commandement de Voz Majestez, je vous suplie très humblement, Sire, qu'il vous playse luy en fère donner quelque satisfaction, comme d'accidens que vous n'aviez ny préveuz, ny pensez, et luy fère aussi satisfère sur une pleinte, qu'elle m'a faicte renouveller, de certains pescheurs de Dièpe et aultres de dellà, qui abusent en la coste de deçà de leur forme de pescher et de leurs filetz contre l'ordonnance du pays, affin de ne mesler si petites choses avec les plus grandes, qu'avez à démesler ensemble.
Le Sr de Garteley s'en est revenu très contant en toutes sortes de Voz Majestez; il a heu congé de passer en Escoce, mais non d'aller veoir la Royne sa Mestresse, à laquelle toutesfoys nous avons trouvé moyen de fère entendre tout l'effect de son voyage, de quoy je m'asseure qu'elle aura receu grande consolation.
Millord de Lomellé a heu ampliation de son arrest, luy ayant esté permiz d'aller demeurer avec le comte d'Arondel son beau père à Noncich, et de pouvoir jouyr de l'air et de l'esbat des champs deux mil à l'entour, ce qui donne espérance de veoir bientost quelque modération ez affères de ces seigneurs.
Les depputez de Flandres, estantz prestz à partir, ont trouvé quelque deffectuosité en leurs charges et pouvoirs qui les a retardez huict jours, mais j'entendz qu'ilz s'acheminent demain, et le Sr Thomas Fiesque avec eulx, avec opinion de pouvoir accorder facilement le faict des merchandises, mais difficilement celluy des deniers. Sur ce, etc.
Ce ıxe jour de mars 1570.
XCVe DÉPESCHE
—duXIIIIe jour de mars 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)
Contentement de la reine d'Angleterre au sujet de la satisfaction qui lui a été donnée sur l'une de ses plaintes.—Impossibilité de connaître quelles sont ses véritables intentions à l'égard de la France.—Continuation des apprêts maritimes et des préparatifs contre l'Écosse.—Nécessité de prendre des mesures pour empêcher le capitaine Sores de continuer ses courses sur mer.—Départ des députés envoyés dans le Pays-Bas pour traiter des différends de l'Angleterre avec l'Espagne.