Elle a répliqué que la Royne d'Escoce n'avoit jamais parlé que en général, et qu'il failloit venir aulx choses particullières, dont, s'il luy en estoit miz en avant quelques unes, que pour l'honneur de Vostre Majesté elle les suyvroit; ayant néantmoins à se pleindre encores de nouveau de la dicte Royne d'Escoce, qu'estant, ainsy qu'elle est, entre ses mains, elle n'avoit toutesfoys layssé, par ceulx qui tiennent son party en Escoce, de fère retirer ses fuytifz; et que, en toutes sortes, elle estoit résolue de chastier et poursuyvre ses dicts fuytifz, et ceulx qui les soubstiennent, me signiffiant aulcunement qu'elle entreprendroit de fère entrer des forces dans le pays.

Je luy ay respondu qu'elle advisât de ne contrevenir aulx trettez, et que, s'il luy plaisoit de mettre en liberté l'évesque de Roz, luy et moy adviserions de luy ouvrir des moyens pour esteindre toutz ces différantz d'entre elles deux et leurs deux royaulmes.

«Il n'est pas, dict elle, tant prisonnier qu'il ne puysse tretter par lettres avecques sa Mestresse, et n'est retenu que pro formâ pour quelque démonstration contre la pratique qu'il a meue avec ceulx du North; mais bientost il sera en liberté.» Et ainsy gracieusement s'est achevée ceste audience, laquelle je vous ay bien vollu ainsy au long réciter, Sire, affin que l'intention de la dicte Dame vous soit mieulx cogneue, et remectz les aultres choses au Sr de Vassal, présent porteur, auquel je vous supplie très humblement donner foy: et sur ce, etc.

Ce xxvııe jour de mars 1570.

A la Royne.

Chiffre.—[Madame, je n'ay peu contanter l'homme, duquel je vous ay naguière escript par mon secrétaire, de la responce que mon dict secrétaire m'a raportée, bien que je la lui aye baillée en la façon que ce mien gentilhomme vous dira; par lequel il vous plairra, Madame, me mander comment je l'en debvray résouldre, car il me presse bien fort de le fère, et si, a des considérations telles qu'il ne peult penser que ne le debviez accepter. Au reste, Madame, la Royne d'Angleterre, pour me tenir la promesse qu'elle m'avoit faicte de m'advertyr des choses qu'elle entendroit se fère en Allemaigne contre Voz Majestez, m'a dict que, dans trois sepmaines, ceulx de la religion doibvent envoyer gens exprès devers les princes protestans pour résouldre l'entreprinse de France, si la paix ne sort à effect; et que pourtant elle seroit bien ayse de pouvoir ayder à la conclurre bientost; de quoy je vous ay bien vollu fère ce mot et le vous escripre ainsy à part, parce que la dicte Dame m'a dict qu'elle m'en advertissoit soubz sacrement de confession, en ce temps de caresme, affin que je ne la nommasse pas; car, si les aultres se plaignoient qu'elle m'eust donné cest adviz, elle serait contraincte de dire qu'elle ne m'en avoit point parlé; et bien que ce ne soit ung faict de grand importance, je ne vouldrois toutesfoys l'avoir mise en peyne de me désadvouher.] Sur ce, etc.

Ce xxvııe jour de mars 1570.

Oultre les susdictes lettres, le dict Sr de Vassal pourra dire à Leurs Majestez:

Qu'il a esté naguières remonstré à la Royne d'Angleterre qu'elle et son royaulme estoient pour tumber en ung prochain inconvéniant, pour la multitude des difficultez, ès quelles elle se trouvoit embroillée avecques le Roy, avecques le Roy d'Espaigne, avecques la Royne d'Escoce, avec les Irlandoys, et avec les naturelz de ce royaulme, qui sont prisonniers, fuytifz, ou mal contantz, si elle s'opinyastroit de les vouloir toutes en ung temps surmonter par la force ou par la despence; dont, induicte par le conseil des plus modérez d'auprès d'elle, avoit advisé d'y procéder par les gracieux expédians qui s'ensuyvent:

En premier lieu, pour le regard du Roy, que, pour effacer la mémoire des choses qui pourroient avoir mal passé contre luy du costé de ce royaulme, despuys ses derniers troubles, elle s'employeroit tout ouvertement de luy procurer une paix tant advantaigeuse et honnorable avecques ses subjectz, qu'elle le se randroit bienveuillant, et luy offriroit au reste quelque honneste accommodement ez affères de la Royne d'Escoce; dont, par ces deux poinctz, elle se conserveroit la paix avecques luy;