Que, du costé du Roy d'Espaigne, elle envoyeroit des depputez en Flandres, ainsi qu'on luy en faisoit encores lors grande instance, affin d'accorder les différans des prinses, et que ces mesmes depputez essayeroient d'entrer plus avant en matière pour voir s'ilz pourroient parvenir à ung général accord de toutes aultres choses.
Au regard de la Royne d'Escoce, qu'elle luy escriproit une bonne lettre, et que, jouxte ce qu'elle m'avoit naguières promis, elle l'exorteroit de mettre en avant quelques bons et honnestes expédians entre elles deux, et luy promettroit d'y entendre et les recepvoir de bon cueur.
Quant aulx choses d'Irlande et de ce royaulme, qu'elle rapelleroit gracieusement aulcuns des seigneurs qui sont les moins offancez, et par le moyen de ceulx là, elle essayeroit de radoulcyr les aultres et les remettre en leurs degrez et estatz; et puys, avec l'unyon et conformité de leurs bons conseilz, et de leur ayde, elle pourroit ayséement remettre les choses en ung paysible et bien asseuré estat; dont luy fut sur ce proposé une forme de rémission pour les fuytifz, et la comtesse de Vuesmerland s'aprocha en ceste ville pour poursuyvre le rapel de son mary.
Suyvant laquelle délibération, parce que ceulx qui vouldroient le trouble n'eurent de quoy suffizamment la débattre, aulcunes des dictes choses ont esté despuys commencées, aultres ont esté en aparance accomplyes, mais nulles n'ont sorty à bon effect; ains les ont ces gens là tornées en aultre et quasi contraire sens de ce qu'on espéroit.
Car, touchant la paix de France, estant la dicte Dame sur le poinct d'envoyer ung personnaige de grande qualité devers le Roy pour ayder à la conclurre, ilz ne luy ont pas ozé oster ce sien honneste desir, parce qu'ilz ont pensé que la dicte paix se pourroit conclurre de deçà comme dellà, et possible à leur dommaige; mais ilz luy ont bien persuadé, qu'ayant la dicte Dame esté mal ouye, la première foys qu'elle s'est offerte d'en parler, qu'elle debvoit meintennant attendre que le Roy l'en pryât, ce qui se raporte au propos qu'elle m'en a tenu en ceste audience.
Et des choses de Flandres, ilz luy ont persuadé de deffandre aulx depputez, qui alloient par dellà, de ne s'ingérer à rien davantaige qu'au simple faict, duquel la dicte Dame estoit maintennant recerchée, qui estoit des merchandises; aultrement ce seroit faire amande honnorable au duc d'Alve; et que pourtant leur commission debvoit estre leue publicquement en présence du Sr Thomas de Fiesque; et à icelle adjouxté la restriction de ne parler ny tretter d'aultre chose que des merchandises d'Angleterre, et de pouvoir simplement accorder que personnaiges de semblable qualité puissent venir par deçà pour tretter de celles d'Espaigne, ce qui a esté ainsy faict.
Et pour l'importance des affères d'Escoce, affin que la dicte Dame ne s'obligeât trop par ses lettres à la Royne d'Escoce sa cousine, le secrétaire Cecille les a escriptes et a contrefaict la main de sa Mestresse, avec plusieurs parolles de consolation et de commémoration des bénéfices passez, mais tellement couchées qu'on ne peut comprendre où va son intention; toutesfoys la Royne d'Escoce ne laysse d'y respondre.
Quant à radoulcyr et rappeller les seigneurs mal contantz, l'on a, à la vérité, miz en plus grande mais non en entière liberté millord de Lomellé; et le comte d'Arondel, qui estoit, plus de six sepmaines a, sur le poinct d'estre rappelé, demeure encores confiné en sa mayson de Noncich, et n'y a nulle apparance de la liberté du duc. Par ainsy la noblesse reste aussi mal satisfaicte que auparavant, et le comte de Pembroc, qui estoit ung médiateur en cella, est naguières trespassé.
Or, sur la grande instance que le sir Randolf, despuys qu'il est en Escoce, a toutjours faicte à la dicte Dame, de vouloir, par les meilleurs et plus promptz moyens qu'elle pourroit, assister ces seigneurs de dellà, qui veulent dépendre d'elle, lesquelz, pour establyr l'authorité du petit prince, et oster celle de la Royne d'Escoce, demandent avoir le comte de Lenoz pour régent, ou aultrement, que la part de la Royne d'Escoce va prévaloir dans le pays; la matière en a esté avec grande contention débattue entre ceulx de ce conseil, qui enfin ont miz en considération que le dict comte de Lenoz estoit suspect de la religion catholique, et qu'il n'estoit de suffisance ny d'expériance pour conduyre, à l'intention de la dicte Dame, les grandz affères qui se présentent meintenant en Escoce; ains seroit pour y aporter plus de retardement que d'advancement: par ainsy, ont résolu qu'on se déporteroit de plus luy pourchasser la charge ny la régence du dict pays, et que, estant le comte de Sussex desjà dépesché, avec tout ample pouvoir, au pays du North, il luy seroit encores commis cest affère d'Escoce, car c'estoit tout vers ung mesmes quartier.
Dont, à sa commission des choses du dict pays du North, laquelle portoit de marcher seulement jusques à la frontière d'Escoce, avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx; et de faire procéder au jugement des coulpables de la première ellévation et exécuter les condampnez, et poursuyvre par deffault les absentz, confisquer leurs biens et prendre possession d'iceulx au nom de la dicte Dame, et en vendre ce qu'il pourroit; a esté adjouxté qu'il pourra lever jusques à dix mil hommes, et qu'il procèdera aulx affères d'Escoce tant contre les rebelles qui s'y sont retirez que au faict de l'estat; qu'il marchera en pays, s'il est besoing, et ainsy que l'occasion s'en présentera; et qu'il pourvoirra surtout que nulz Françoys ny Espaignolz, ny aultres estrangiers preignent pied par dellà; et, pour cest effect, ordonné luy estre forny contant xx mil lt d'esterlin, c'est lxvıı mil trois centz escuz, et que, dans six sepmaines, il luy en sera envoyé aultant. Despuys, la dicte Dame m'a résoluement déclaré qu'elle envoyera poursuyvre et chastier ses fuytifz et ceulx qui les soubstiennent, jusques dans l'Escoce.