L'on faict aller fort secrètes et fort déguysées les nouvelles qui viennent du dict pays d'Escoce; néantmoins l'on m'a dict que le duc de Chastellerault, et les comtes d'Arguil, d'Honteley, d'Atil et toutz les principaulx du pays estoient à l'Islebourg au commencement de mars, et les comtes de Northomberland, de Vuesmerland et aultres fuytifz d'Angleterre avec eulx; qu'ilz estoient après à tenir une assemblée d'Estatz, remise du ıııȷe au xe du dict moys, pour regarder à ce qu'ilz auroient à fère pour la restitution de leur Royne; que cependant ilz avoient faict proclamer par tout le pays l'authorité de la dicte Dame; que, parce que le comte de Mar faisoit difficulté de se joindre à eulx, ilz avoient proposé de marcher en armes vers Esterlin pour le dessaysir du gouvernement du petit prince; que despuys il s'estoit rallyé avecques eulx; qu'on ne sçavoit qu'estoit devenu le comte de Morthon, et sembloit qu'il se fût retiré en Angleterre; que quelques navyres, avec gens de guerre, avoient apparu au North d'Escoce, dont aulcuns disoient que c'estoit le secours de Flandres, que le frère du comte d'Honteley admenoit, les aultres disoient que c'estoit le comte de Bodouel qui venoit de Danemarc, avec quelques gens qu'il avoit ramassez.

Seconde Instruction a Part Au Dict Sieur de Vassal.

L'ambassadeur d'Espaigne m'a dict, despuys huict jours, que le duc d'Alve luy avoit escript deux notables considérations qu'il avoit mandées au Roy par le mesmes gentilhomme, que Sa Majesté luy avoit expressément dépesché pour avoir son conseil sur la paix de son royaulme; la première, que d'octroyer liberté de conscience ou exercisse de religion à ses subjectz, de tant que c'estoit pure matière éclésiastique, il ne s'en debvoit entremettre aulcunement, ains le remettre du tout au Pape; la seconde, que de pardonner aulx ellevez, il le trouvoit bon, pour le désir qu'il avoit à la paix de France, si cella en estoit le moyen, mais en lieu d'establyr ses affères, ce seroient eulx qui les establyroient et se fortiffieroient par la dicte paix, et guetteroient le temps de reprendre les armes à leur advantaige, lorsqu'ilz cuyderont mieux emporter la couronne; par ainsy qu'il estoit nécessaire qu'il y mit meintennant une entière fin:

Que le dict ambassadeur trouvoit ce conseil fort prudent, et que le Roy, suyvant icelluy, se debvoit résouldre à la guerre, non de donner souvant des batailles, car c'estoit trop hazarder l'estat, mais de myner les ennemys à la longue, et qu'aussi bien la paix n'estoit près d'estre faicte, parce qu'ung de ses amys de ce conseil l'avoit adverty que la Royne d'Angleterre avoit promiz au cardinal de Chatillon de secourir l'Admyral, son frère, de deux centz mil escuz; et que le dict cardinal luy avoit obligé sa foy, et celle de son dict frère, qu'ilz ne permettroient qu'en nulles conditions la dicte paix se conclûd.

Je luy ay respondu, quant au premier, que le duc d'Alve estoit ung si prudent et si entier et modéré seigneur qu'il ne faudroit de conformer toutjours ses adviz sur les affères de France à celluy de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et des saiges seigneurs de leur sang, et de leur conseil, qui les entendoient très bien et sçavoient comme il les failloit manyer, et qui auroient toutjours le soing qu'il ne s'y fît, pour paix ny pour guerre, rien qui ne fût sellon Dieu, à l'honneur du Roy et repos de la Chrestienté:

Et quant à l'aultre, de l'obligation du cardinal à la Royne d'Angleterre, que je le prioys de vériffier davantaige ce qu'on luy en avoit dict, et où, et commant se feroit le payement des deux centz mil escuz.

Mais voulant, de ma part, descouvrir si cella estoit vray, car, quant à la promesse des deniers, j'en avois desjà quelque adviz, mais non de ceste obligation du cardinal, ny d'une si malle volonté de ceste Royne, j'ay, par une interposée personne, faict toucher la matière au comte de Lestre et au secrétaire Cecille, desquelz deux se comprend toute l'intention de la dicte Dame, et l'ung et l'aultre ont monstré que eulx et leur Mestresse desiroient la paix; dont, oultre la conjecture des propos, que je sçay qu'ilz en ont tenu à celluy par qui je les ay faictz sonder et à d'aultres, voycy ceulx que Cecille a dictz à ung mien gentilhomme tout exprès pour me les raporter:

Que, par les adviz de Mr Norrys et par aultres conjectures, il cognoissoit que la paix demeurait d'estre faicte en France, parce que le Roy n'y vouloit permettre l'exercisse de la religion, et que ceulx de la Rochelle ne combattoient ny pour terres, ny pour empyres, ny pour aultre chose quelconque que pour cella; dont il s'advanceroit de dire un mot, que possible l'on ne l'estimeroit sage de me l'avoir mandé, que, s'il plaisoit au Roy leur ottroyer le dict exercisse en leurs maysons, il pensoit fermement qu'il conclurroit quant au reste la paix, tout ainsy qu'il la vouldroit; et que, s'il avoit agréable que la Royne, sa Mestresse, s'y employât, laquelle y pouvoit possible aultant que prince ny princesse de la terre, qu'elle le feroit aultant à l'honneur et advantaige de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et à la tranquillité de leur royaulme, comme si c'estoit pour elle mesmes.

Le comte de Lestre, par ung gentilhomme italien catholique, qui est commun amy entre luy et moy, m'a mandé que la dicte Dame estoit bien disposée à la dicte paix, et qu'il estoit d'adviz que, comme de moy mesmes, je l'en misse en propos, la première foys que je parleroys à elle, pour l'exorter de tenir la main à ce qu'on la pût conclurre à l'advantaige du Roy, et que les subjectz eussent à se contenter de ce que leur prince leur pourrait, avec son honneur, ottroyer, sans en vouloir tirer davantaige par la force; et que je luy remonstrasse que la paix de France serait la paix d'Angleterre, voyre de toute la Chrestienté, et luy toucher à ce propos le restablissement de la Royne d'Escoce; et comme, par l'accomplissement de ces deux choses, si elle s'y vouloit bien employer, elle pourrait régner très paysiblement en son royaulme:

Que, de sa part, il y tiendrait la main, comme très obligé de desirer le bien du Roy et de son royaulme, et que, touchant la dicte paix, il sçavoit que le cardinal de Chatillon y avoit une extrême affection, et que la noblesse de ce royaulme la desiroit, et desiroit tout ensemble l'accommodement des affères de la Royne d'Escoce, comme deux choses d'où dépendoit le repos et la seurté de leur Royne et de son royaulme; et que Cecille, pour estre ennemy conjuré de la Royne d'Escoce, et pour la frustrer de la légitime succession qu'elle prétend à ce royaulme, affin d'y establyr ung roy de sa main, et ellever ceulx de Erfort à la couronne, lesquelz il nourryt en ceste espérance, comme ses pupilles, en sa mayson, empeschoit que la dicte Dame ne peult bien user de sa bonne intention en nulle de ces deux choses, la tenant comme enchantée sur l'éguillon de la jalouzie, qu'il luy propose toutjours de la dicte Royne d'Escoce.