Mais, qu'après que j'en auroys encores une foys parlé à la Royne, sa Mestresse, si elle venoit à luy en toucher ung seul mot, il s'ingèreroit de luy représenter franchement le debvoir à quoy, l'honneur, la foy et la conscience la tiènent obligée envers le Roy et envers la Royne d'Escoce pour l'entretennement des trettez; et comme, en leur satisfaisant en ce qui seroit de rayson, et s'asseurant par ce moyen de la paix de France et d'Escoce, elle demeureroit très asseurée et establye contre les dangiers et entreprinses de toutes les aultres partz du monde; et, au contraire, si, pour ne se porter bien envers le Roy sur ceste paix, ny envers la Royne d'Escoce sur sa restitution, elle venoit à tumber en guerre de ces deux costez, à ceste heure qu'elle ne sçavoit comme elle estoit avec le Roy d'Espaigne, et que ses subjectz estoient divisez, dont possible une partie seroit contre elle, il est sans doute qu'elle seroit en ung très grand dangier.

Et ne craindroit de luy remonstrer que, nonobstant le mal qu'elle pouvoit vouloir au cardinal de Lorrayne, elle avoit à considérer qu'il estoit d'une mayson grande, et de nouveau plus allyée que jamais à celle de France, et qu'en estant yssue la Royne d'Escoce de par sa mère, monsieur et madame de Lorrayne ne permettroient qu'elle fût habandonnée du Roy, oultre les aultres notoires obligations d'entre les couronnes de France et d'Escoce:

Qu'il n'eust tant tardé de remonstrer cecy à sa Mestresse, sans ce que Cecille le guettoit pour le désarçonner, ainsy qu'il avoit désarçonné les aultres principaulx du conseil, par prétexte de la Royne d'Escoce; et qu'il tenoit ceulx qui y estoient de reste encores toutz bandez contre luy, ne se souscyant de hasarder sa Mestresse, son estat et toutes aultres choses, pour establyr la fortune des dicts de Erfort, et qu'ayant luy à suyvre celle de sa Mestresse, il luy vouloit remonstrer le dangier où elle estoit, encore qu'il en deubt estre ruyné.

Despuys, trouvant que l'intention du Roy estoit conforme à celle du dict comte, j'ay parlé à la Royne d'Angleterre en la forme que je le mande à Sa Majesté, et le dict comte monstre à présent d'estre si affectionné à la matière qu'il désire fère luy mesmes le voyage devers le Roy avec grand opinion, voyre asseurance, qu'il ne s'en retournera sans que la paix soit conclue; sans que les affères de la Royne d'Escoce soyent accommodez; et sans que l'amytié d'entre le Roy et sa Mestresse soit bien estroictement confirmée.

Ainsy, par les propos de ces deux, se peult conjecturer la division qui est entre ceulx de ce conseil, et comme, en ce qui concerne la France, encor que toutz monstrent d'y désirer la paix et de vouloir que leur Mestresse s'y employe de si bonne façon que le Roy luy en sache gré, c'est néantmoins diversement; car Cecille et les siens ne veulent qu'il se parle des affères de la Royne d'Escoce, et le dict comte et ceulx de son party desirent qu'ilz soient par mesmes moyen accommodez, dont, pour avoir quelcun qui luy fasse espaule au dict conseil pour fortiffier son opinion, il est fort après à solliciter le retour du comte d'Arondel, qui n'est amy du dict Cecille, et tout contraire à ceulx de Erfort.

Chiffre. [Et à propos du dict comte d'Arondel, luy et millord de Lomellé m'ont envoyé remercyer de mes bons offices et démonstrations envers eulx, et que, si les choses ne prennent icy meilleur trein pour eulx, ilz sont pour accepter la faveur du Roy à se retirer soubs sa protection en France, et le dict de Lomellé y mener sa femme;

Que, pour le présent, il faut qu'ilz attendent veoir que deviendront les promesses de leurs amys, et leurs moyens et espérances de court; car l'on leur a mandé qu'ilz sont sur le poinct d'estre rappelez en leur auctorité accoustumé, laquelle s'ilz ont une foys reprinse, ilz jurent de ne s'en laysser plus dépossèder et de la retenir, ou par leur droict, ou par la force, contre quiconque leur y vouldra fère tort;

Et, si ce paysible moyen d'y retourner ne leur succède dans peu de jours, qu'ilz en essayeront quelque aultre plus viollent, car desirent, comment que soit, pourvoir aulx désordres de ce royaulme, et au faict de la Royne d'Escoce, et aulx affères du duc de Norfolc, et encores plus expressément s'ilz peuvent, quant ilz en auront le moyen, au restablissement de la religion catholique; pour lesquelles quatre choses ilz veulent tout hazarder.

Et disent que l'importance de cecy gyt principalement en deux poinctz; l'ung est que le dict duc veuille bien employer les moyens, qu'il a dans ce royaulme, pour se mettre en liberté, pour fère prendre les armes à ceulx de son party, et pour empescher au conseil les dellibérations de ses adversayres:

L'aultre poinct, que ceulx du North, qui se sont retirés en Escoce, soyent secouruz; car est sans doubte, s'ilz se peuvent remettre en campaigne, et marcher en çà, que ceulx de leur intelligence se déclaireront et les repcevront avecques faveur aux meilleurs endroictz d'Angleterre, et se joindront à eulx en grand nombre;