Et que le bon succez de toutes choses deppend de ce dernier, sans lequel il semble que le premier ne sera essayé, non que miz à exécution; car le dict duc de Norfolc ne veult rien mouvoir de luy mesmes de peur d'empyrer sa cause.]

XCVIIIe DÉPESCHE

—du dernier jour de mars 1570.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par le nepveu du Sr Acerbo.)

Modération des mesures adoptées par la reine d'Angleterre.—Mise en liberté du comte d'Arundel, qui est reçu en grâce par Élisabeth.—Promesse faite à l'évêque de Ross que sa détention va cesser.—Préparatifs d'une expédition qui doit être dirigée vers le Nord.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.

Sire, les dernières lettres que je vous ay escriptes et l'instruction que j'ay baillée au Sr de Vassal, qui les vous a aportées, vous auront donné assés ample notice de ce qui estoit advenu de plus principal en ce royaulme, jusques à la datte d'icelles, laquelle est du lendemain de Pasques. Meintennant j'ay à dire à Vostre Majesté que les festes se sont passées bien paysiblement en ceste court, sans qu'il y soit survenu aulcune chose de nouveau, par où ceste Royne et les siens ayent monstré d'en estre esmeuz davantaige; et toute expédition d'affères a cessé, s'estans la pluspart des seigneurs de ce conseil absentez en leurs maysons pour y fère la solempnité; et a l'on espéré que les choses, desquelles l'on craignoit debvoir le plus advenir de mouvement en ce royaulme, comme sont celles de ces seigneurs mal contantz, celles de la Royne d'Escoce et celles de la religion, seroient bientost réduictes à quelque modération, ayant la dicte Dame faict une soubdaine faveur au comte d'Arondel de l'admettre à luy venir bayser les mains, le jour du Jeudy sainct, avec une gracieuse satisfaction de ce qu'elle luy avoit faict sentyr son courroux sur le faict du mariage du duc de Norfolc avecques la Royne d'Escoce, parce qu'on l'avoit asseurée que c'estoit luy qui en estoit l'autheur: de quoy il s'est excusé, et qu'il n'avoit esté que en la compaignie de ceulx qui en avoient parlé comme de chose qu'ilz estimoient convenable au service d'elle, et au bien et repoz de son royaulme, et en laquelle ilz n'avoient jamais entendu qu'on y deubt procéder, sinon avec son bon congé et consentement; et que, de sa part, il ne seroit jamais trouvé aultre que son très fidelle subject et très loyal à sa couronne. Et ainsy luy ayant dès lors randue sa pleyne liberté, il s'en retourna pour quelques jours en sa mayson de Noncich, avec promesse de revenir en brief trouver la dicte Dame pour résider près d'elle, autant qu'il luy plairoit le commander; et à l'évesque de Roz fut donnée parolle qu'il seroit eslargy dans trois jours, mais despuys luy fut mandé que par ung mesmes moyen, après les festes, la dicte Dame le feroit mettre en liberté, et luy permettroit de venir tretter avec elle des affères de sa Mestresse; et aulx Catholiques n'a esté usé d'aulcune rigueur ny recerche à ces Pasques; mais aulcuns pensent que toute ceste gracieuse démonstration se faict pour gaigner le temps, et pour amortyr les entreprinses qu'on crainct devoir estre cest esté.

Aultres ont opinion que, à bon escient, l'on veult accommoder les affères, et plustost plyer ung peu que venir au dangier de rompre, dont le temps nous fera veoir ce qui en sera; tant y a que le comte de Sussex marche toutjours vers le North, avec quatre mil hommes de pied et douze centz chevaulx, et que l'admyral Clinton est après à lever encores (à ce qu'on dict) des gens de pied et de cheval vers son pays de Linconscher pour s'aller joindre à luy; et a l'on tiré, ces jours passez, de la Tour trente chariotz d'armes et de monitions, et créé des cappitaines de pionnyers pour leur envoyer; ce qui donne à penser, avec d'aultres adviz précédans, qu'on a intention de dresser camp, et d'entrer en Escoce; vray est que la sayson ne semble propre pour commencer encores ceste guerre, jusques à la fin d'aoust, car jusques alors ne se trouvera vivres au dict pays du North ny en toute la frontière d'Escoce.

L'on continue de dire que les seigneurs Escouçoys font aller toutes choses dans leur pays à l'advantaige de la Royne, leur Mestresse, et qu'ilz ont faict proclamer son auctorité, et qu'il ne reste des grands du royaulme que quatre que toutz ne soyent pour elle. L'on dict qu'ilz ont encores remiz jusques au premier jour de may la tenue de leurs Estatz. Sur ce, etc.

Ce xxxıe jour de mars 1570.