Ce ıxe jour d'apvril 1570.
CIe DÉPESCHE
—du XIIIe jour d'apvril 1570.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Le Tourne.)
Continuation des préparatifs militaires contre l'Écosse.—Inquiétude des Anglais sur la négociation des affaires de Flandre.—Détail des nouvelles arrivées en Angleterre sur l'état de la guerre civile en France, et les entreprises faites par les protestans.
Au Roy.
Sire, ce que j'ay aprins de l'expédition de l'armée que la Royne d'Angleterre envoye vers le North, despuys les dernières nouvelles que j'en ay escriptes à Vostre Majesté du ıxe du présent, est que le comte de Sussex, en marchant en là, a assemblé six mil hommes, tant de pied que de cheval, à Duram, dont il en eust heu davantaige, s'il n'eut renvoyé ceux des gens de cheval qui n'estoient protestans; mais n'a regardé de si près aulx gens de pied, et, avec ceste troupe, il dellibère s'acheminer vers Barvyc, non qu'il ayt encores toutes choses si bien prestes qu'il s'y puisse randre le dernier de ce moys, comme il luy a esté mandé, ny qu'il puisse, devant le xve du prochain, entrer en Escoce. Et de tant qu'on publyoit par dellà que la dicte armée seroit de dix mil hommes de pied et cinq mil chevaulx, quelcun m'a dict que ceulx du party contraire de la Royne d'Escoce ont mandé qu'il suffiroit, pour ceste heure, de fère entrer la moictié des dictes forces dans le pays, à cause qu'on ne trouverait assés de vivres pour tant de gens et de chevaulx; et qu'avec cella le petit prince pourroit estre facilement enlevé sans aulcun empeschement, pourveu que le reste se tînt sur la frontière pour venir au secours, si besoing estoit. L'on m'a confirmé qu'il est venu adviz bien certain à ceste Royne de l'arrivée d'ung ambassadeur de Vostre Majesté par dellà, et adjouxte l'on qu'il a conduict dans Dombertran six mil harquebouzes et trois mil corseletz, et qu'il faict une grande dilligence de réunyr et mettre les seigneurs du pays en bon accord, leur promettant l'assistance et secours de Vostre Majesté; et que les fuytifz d'Angleterre qui estoient près de s'en aller par mer, se sont arrestez; bien que quelcun m'a dict que le comte de Northomberland a trouvé moyen d'eschapper de Lochlevyn, et qu'il s'est retiré en Flandres. Il est vray, Sire, que jamais nouvelles ne furent baillées plus diverses que celles qui viennent de ce quartier là, parce que la matière est affectée de plusieurs, qui les publient sellon qu'ilz y ont différante affection. L'abbé de Domfermelin n'est encores arrivé. Le comte de Lenoz poursuyt son voyage, et la liberté est promise dans trois jours à l'évesque de Roz.
Ceulx cy ont si grand désir que les depputez, qu'ilz ont envoyé en Flandres, facent quelque bon accord, que, pour garder que l'ambassadeur d'Espaigne ou aultres de deçà n'escripvent chose qui y puisse donner empeschement, ilz ont ung grand aguet sur toutes les dépesches qu'on y faict, et n'en layssent passer une seulle qui ne soit visitée. J'entendz qu'il est arrivé quelcun, assés freschement, de la Rochelle qui publie que les princes de Navarre et de Condé sont en Languedoc ez envyrons de Thoulouze, qui pillent, brullent et ruynent tout ce qui deppend des habitans de la dicte ville et non d'ailleurs; qu'ilz ont leur armée plus forte et en meilleur équipaige que jamais; qu'ilz font toutz les jours amaz d'argent et de gens, et mesmes de bandolliers, desquelz ilz ont desjà ung bon nombre, des plus mauvais garçons de la montaigne; que Mr de Biron est encores avec eulx pour tretter de la paix, mais parce qu'il ne propose nulles condicions raysonnables, l'on commence à souspeçonner qu'il n'a esté envoyé pour dire rien de particullier, mais pour espyer leurs forces et recognoistre l'estat de leur armée; qu'ilz ont d'aultres forces bien gaillardes à la Charité, qui courent ordinairement jusques à Bourges et à Orléans, et deux mil hommes de pied et cinq centz chevaulx à la Rochelle, avec lesquelles le Sr de La Noue tient tout le pays subject; qu'ilz ont reprins Maran et aultres lieux, nomméement Oulonne qui leur tenoit les vivres serrez, et qu'à présent ilz en recouvrent abondantment de toutes partz; et que Vostre Majesté estoit toujours à Angiers, sans argent et sans grand moyen d'en recouvrer. Lesquelles nouvelles aulcuns de ce conseil les magniffient, et les font encores courir plus amples affin d'intimider davantaige les Catholiques de ce pays. Néantmoins l'on m'a dict que la Royne, leur Mestresse, continue toutjour au mesmes désir que je vous ay cy devant mandé de la paix de vostre royaulme. Sur ce, etc.
Ce xıııe jour d'apvril 1570.