En la dépesche d'Espaigne, dont, en l'aultre mémoire, est faicte mention, qui a esté intercepté, j'entendz que Mr de Forquevaulx escripvoit à la Royne que l'ambassadeur de l'Empereur l'avoit prié de fère entendre au Roy comme son Maistre, pour l'affection qu'il avoit de veoir effectuer les mariages de ses filles avec les deux Roys, desiroit que, du premier jour, il y fût procédé sans plus le dilayer;
Qu'il avoit dellibéré d'envoyer les deux Roynes ensemble, par la mer, de Gênes à Marseille, avec la moindre compaignie et le moins d'officiers qu'il pourroit, s'asseurant qu'elles en amasseroient assés en chemyn;
Que l'ambassadeur de Portugal l'avoit asseuré que le party de Madame, sœur du Roy, playsoit grandement au jeune Roy, son Maistre, et aulx deux douarières ses mère et ayeulle, et n'y avoit que ce seul différant, qu'elles vouloient que le tout se fît par le bon adviz et conseil du Roy d'Espaigne; et les Estatz de Portugal, au contraire, s'estimoient assés suffizans pour cella, sans y embesoigner aulcunement le dict Roy:
Mandoit avoir entendu que le dict Roy de Portugal estoit subject à ses opinions, et ne vouloit guières croyre conseil et qu'il n'avoit près de luy que jeunes gens;
Que les médecins et phisiciens ne l'estimoient de longue vie, pour quelque defflussion de cerveau qu'il avoit, et que les ungs conseilloient qu'on le maryât bientost affin de la divertyr et pour avoir lignée; les aultres que le mariage luy abrègeroit ses jours;
Que, quoy que ce fût, venant le dict jeune Roy à mourir, celluy qui luy debvoit succéder, par le commun consentement des Estatz, espouseroit la veufve; par ainsy que, en toutes sortes, Madame seroit longuement Royne:
Que le Roy d'Espaigne s'estoit acheminé à Courdova pour aller tenir ses cours de Castille, et pour s'aprocher de l'entreprinse contre les Mores, priant icelluy ambassadeur Leurs Majestez Très Chrestiennes de luy donner moyen de le pouvoir suyvre, et leur touchoit ung mot de sa révocation;
Que le Roy d'Espaigne faisoit tel amaz de gens et d'argent, et ung si grand aprest par mer et par terre, qu'il estoit aysé à veoir qu'il tendoit à de plus grandes entreprinses que de se deffandre des Mores;
Que s'il playsoit à la Royne d'avoir une entrevue avecques luy à Marseille; que le dict ambassadeur espéroit de l'y pouvoir facillement induyre, parce qu'il l'y trouvoit fort bien disposé, pourveu que cella fût tenu fort secrect, et quasi communiqué à nul, de peur des traverses qu'on y mettroit pour la jalouzie que plusieurs en auroient.
De laquelle lettre ceste Royne et les siens ont prins beaucoup de souspeçon, et sont, à ceste heure, tant plus desireux de raccommoder leur différans avec le Roy d'Espaigne, comme ilz en poursuyvent dilligentment l'accord, par leur depputez, qu'ilz ont à cest effect envoyé en Flandres; lesquelz, à ce que j'entendz, ont mandé qu'ilz en espèrent une bonne yssue.